Économie

Côte d’Ivoire : les coulisses du bras de fer entre les chaînes privées de la TNT et la RTI

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Mis à jour le 22 juin 2021 à 13:01

Le ministre ivoirien de la Communication, Amadou Coulibaly, le 7 avril 2021 à Abidjan. © CYRILLE BAH/AFP

Le financement des nouvelles chaînes de la TNT sera au cœur d’une rencontre entre les opérateurs et les autorités, le 24 juin à Abidjan.

Selon nos informations, la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), présidée par René Bourgoin, réunira les acteurs de la TNT ivoirienne le 24 juin à l’hôtel Tiama, dans le quartier du Plateau. En plus des éditeurs, publics et privés, les opérateurs de multiplex payants (le Chinois Startimes Media Côte d’Ivoire et Télénum Côte d’Ivoire ) et gratuits (Société ivoirienne de télédiffusion -IDT-), les ministères de la Communication, de l’Économie et du Budget sont conviés à cette rencontre.

L’épineuse question de la viabilité économique des nouvelles chaînes, créées après la libéralisation du secteur en 2019, sera au cœur des discussions.

Concurrence déloyale

En plus des trois chaînes du service public, RTI 1, RTI 2 et RTI 3, trois autres télévisions privées ont fait leur apparition sur les écrans : Life TV de Fabrice Sawegnon, fondateur du groupe Voodoo ; A+ Ivoire du groupe Canal + et enfin, la Nouvelle chaîne ivoirienne (NCI) éditée par la Société des Grands Médias – et lancée par Cheick Yvhane, le directeur général de Radio Nostalgie, dont Loïc Folloroux, le fils de la Première dame Dominique Ouattara, est actionnaire. Une quatrième chaîne d’information en continue, 7 Infos, a également reçu le feu vert et devrait se lancer d’ici à la fin de l’année. Son PDG est Jean-Philippe Kaboré, le fils d’Henriette Diabaté.

Ces nouvelles chaînes, dont le revenu principal est basé sur la publicité, font face à des difficultés financières. La crise liée au Covid-19 a poussé de nombreux annonceurs à revoir leurs budgets de communication et beaucoup d’événements ont été annulés. Les télés privées se plaignent également de ce qu’elles qualifient de concurrence déloyale de la RTI, qui conserve, selon elles, une grosse part de la publicité, en plus de la redevance.

Elles ont ainsi demandé à la HACA que la redevance soit partagée entre toutes les chaînes et que la télévision publique ait interdiction de diffuser de la publicité en prime time. Pour la RTI qui pourrait déjà se voir privée d’une partie de la redevance audiovisuelle, au profit d’IDT, qui assure désormais le volet diffusion de la TNT, cela pourrait avoir de lourdes conséquences financières. Des spécialistes du domaine estiment le marché publicitaire audiovisuel à près de 10 milliards de francs CFA.

D’autres pistes à l’étude

Pour plusieurs sources proches du dossier, ces demandes sont disproportionnées. Le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly, a confié à Jeune Afrique l’impossibilité de partager la redevance, qui constitue de la parafiscalité. Celle-ci ne peut profiter à des intérêts privés. D’autres pistes, encore à l’étude, pourraient être proposées au cours de la rencontre, notamment la création d’un fonds de développement de la production audiovisuelle ou la défiscalisation de l’achat de matériel pendant une période donnée.

Les multiplex et les chaînes avaient déjà obtenu de la part des autorités ivoiriennes la baisse de certaines de leurs charges. Alors que les droits de diffusion des télés avaient été fixés à 300 millions de F CFA en décembre 2018, ceux-ci ont été réduits de moitié, et s’élèvent à 150 millions de francs CFA depuis mars 2020. Les coûts pour les multiplex privés sont également passés de 1 milliard 600 millions à 810 millions de francs CFA.