Sécurité

[Chronique] État islamique au Mali : vers un procès pour Abou Dardar ?

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Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez

© Damien Glez

À la « neutralisation » d’Abou Dardar, cadre du groupe État islamique au grand Sahara (EIGS), la France a préféré l’arrestation. Espère-t-elle voir jugé ce jihadiste, déjà libéré une première fois en échange de la libération des otages Soumaïla Cissé et Sophie Pétronin ?

Les dents grincent lorsque s’opposent les partisans d’une « neutralisation » létale des terroristes du Sahel et ceux d’une négociation, avec l’hypothétique légitimité de la violence fanatique. « Si tu n’as pas la force de ton voleur, aide-le à porter le butin » : la petite musique du dialogue avec les jihadistes se distille dans les pays sahéliens.

Mais Emmanuel Macron a tenu à être explicite, le 10 juin dernier. Alors que le président français annonçait la mue de l’opération Barkhane au Sahel, il a réclamé des engagements « clairs » des autorités de transition à ne pas négocier avec les tueurs de 8 officiers français, 3 officiers mariniers, 17 sous-officiers et 27 militaires du rang.

Procès et monnaie d’échange

Si la « neutralisation » définitive d’un combattant islamiste peut souvent être classée au rang de la légitime défense, la « patrie des droits de l’homme » ne peut verser dans cet accommodement décomplexé qui permit aux Américains des entorses aux principes légalistes, de la prison irakienne d’Abou Ghraib au camp de Guantánamo, en passant par des assassinats ciblés. À la neutralisation fatale et à la négociation, la France préfère donc toujours une interpellation qui rime avec procès édifiant pour l’opinion et les jihadistes en herbe, mais aussi, de façon moins avouée, avec « monnaie d’échange ».

Arrêté le 11 juin par Barkhane, dans la zone « Trois frontières », Dadi Ould Chouaïb, alias Abou Dardar, faisait d’ailleurs partie des quelque 200 jihadistes élargis par le Mali en octobre 2020 en échange de quatre otages, dont… la Française Sophie Pétronin.

Arrêté une première fois en 2014, ce « cadre » de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et ancien membre du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), est notamment « suspecté d’avoir mutilé trois hommes le 2 mai dernier lors du marché hebdomadaire de Tin Hama », selon un communiqué de l’état-major français.

Iyad Ag Ghaly, objectif prioritaire

Le glaive de la justice a-t-il pour autant de vrais retentissements ? L’opinion publique ou les jihadistes ont-ils suivi de prêt la condamnation à neuf ans d’emprisonnement, devant la Cour pénale internationale (CPI), d’Ahmad al-Faqi al-Mahdi, reconnu coupable d’avoir détruit neuf mausolées et une mosquée à Tombouctou ? Ont-ils été rassérénés ou intimidés, quand débuta le procès d’Al Hassan Ag Abdoul-Aziz, ancien chef de la police islamique de Tombouctou accusé, lui, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité – torture, viol, esclavage sexuel ?

Peut-être la CPI ne suscite-t-elle qu’une attention distraite, voire critique. Peut-être les médias n’y accordent-ils qu’une couverture rabougrie. Peut-être le casting des jihadistes incarcérés n’est-il pas encore « bankable« . Le commandant des opérations spéciales françaises, le général Éric Vidaud, avouait, début juin, que l’objectif prioritaire de Barkhane était le chef du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), la « star » Iyad Ag Ghaly…

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