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Abdallah Azzam, le mentor

Au cours de l’ascension qui a fait de lui ce qu’il est depuis le 11 Septembre, à savoir l’inspirateur légendaire du djihad planétaire, deux hommes ont réellement influencé Oussama Ben Laden : le Palestinien Abdallah Azzam et l’Égyptien Ayman al-Zawahiri. Le parcours de ce dernier est assez connu : chirurgien, il a milité dès l’adolescence dans les groupes islamistes sur les bords du Nil, participé au complot qui a abouti à l’assassinat de Sadate en 1981 et apparaît aujourd’hui comme le numéro deux d’Al-Qaïda. On le tient même pour le chef opérationnel des réseaux terroristes, Ben Laden n’exerçant plus qu’un rôle de leader spirituel.
En revanche, on ne sait pas grand-chose du Palestinien, surtout en Occident. Très célèbre dans les milieux islamistes depuis l’épopée afghane et la résistance à l’occupation soviétique, il a guidé les premiers pas de Ben Laden sur le chemin du djihad.
Le cheikh Mohamed Ben Laden, père d’Oussama, avait instauré une tradition que ses enfants ont perpétrée. Lors du pèlerinage annuel à La Mecque, il offrait l’hospitalité à des oulémas, des notables venus des quatre coins du monde musulman pour accomplir leurs dévotions. Le jeune Oussama appréciait beaucoup ces assemblées qui comptaient des théologiens de renom. Il aimait écouter en particulier le cheikh Abdallah Azzam, Palestinien originaire de Cisjordanie qui a dû se réfugier en Jordanie après la guerre de juin 1967. Homme de vaste savoir et d’action, il avait des idées précises sur la manière de rendre à l’islam sa splendeur d’antan. Ben Laden le retrouvera à l’université de Djeddah, où il enseignait la théologie. Après l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979, le cheikh palestinien apparaît comme l’idéologue du djihad contre les infidèles en émettant une fatwa qui fera date. Intitulée « La défense des terres musulmanes, premier devoir après la foi », elle érige la guerre sainte au rang de fardh aïn, c’est-à-dire d’un devoir absolu qui s’impose à tous les musulmans. La fatwa reçoit la bénédiction du grand mufti du royaume, le fameux cheikh Abdelaziz Ibn Baz. Joignant le geste à la parole, il s’installe dès 1980 à Peshawar, au Pakistan, où il organise la mobilisation de ceux qu’on appellera les « Afghans arabes ». Il participe aussi aux combats contre les Soviétiques pour devenir une figure emblématique de la résistance contre l’occupation. Professant une « vision globale de l’islam », il invitait les fidèles à « dépasser les frontières dessinées par nos adversaires ». Che Guevara de l’islam, il a jeté les bases de ce qui va devenir, avec Al-Qaïda, l’internationale djihadiste ou le djihad à l’échelon mondial.
C’est Azzam qui a organisé le premier voyage, incognito, de Ben Laden au Pakistan, qui lui a permis de nouer des contacts avec les chefs islamistes afghans. Sur les instances de son mentor, il effectuera plusieurs séjours discrets avant de s’installer en 1982.
Azzam n’est pas seulement l’idéologue du djihad planétaire, on lui doit l’introduction des technologies sophistiquées de l’information. Hamid Mir, le journaliste pakistanais, a noté en novembre 2001, lors du bombardement d’un camp d’Al-Qaïda en Afghanistan, que les maquisards emportaient dans leur fuite leurs deux armes de prédilection : un kalachnikov et un ordinateur portable. L’utilisation massive de la cybernétique et d’Internet ne s’est pas imposée sans difficulté. La question était l’objet d’âpres débats au sein de la mouvance djihadiste au milieu des années 1980 et rencontrait l’hostilité des groupes wahhabites. Azzam a perçu très tôt tout le bénéfice que l’internationale djihadiste pouvait tirer des innovations technologiques et a encouragé, dans les années 1990, leur adoption systématique. C’est grâce à lui qu’Al-Qaïda apparaît aujourd’hui comme le « premier réseau de guérilla cybernétique ».
Azzam fut assassiné avec ses deux fils à Peshawar en novembre 1989 dans des conditions obscures. Il avait 48 ans. On a accusé l’ISI (les services pakistanais), la CIA, le Mossad… Parce que le drame est intervenu après la rupture avec lui, on a incriminé également Ben Laden, mais rien ne permet d’étayer cette hypothèse.

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