Politique

Tunisie : qu’est-ce qui fait tenir Hichem Mechichi ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Tunis
Hichem Mechichi (à gauche) est désigné par la président Kaïs Saïed, le 25 juillet 2020, comme chef de gouvernement et chargé de former un cabinet en un mois.

Hichem Mechichi (à gauche) est désigné par la président Kaïs Saïed, le 25 juillet 2020, comme chef de gouvernement et chargé de former un cabinet en un mois. © AFP

Après plusieurs mois de tension entre le chef du gouvernement et le président tunisien, les deux hommes ont discuté d’une sortie de crise. L’occasion de revenir sur une période compliquée pour Hichem Mechichi, qui a toutefois su déjouer les nombreux pronostics sur son départ imminent.

L’entretien du 15 juin entre le président de la République, Kaïs Saïed, et le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, en présence d’anciens locataires de la Kasbah devrait être un premier signe d’apaisement entre les deux patrons de l’exécutif, en froid depuis plusieurs mois.

Selon les dires, suite à la rencontre, Kaïs Saïed accepterait de lever son véto sur le remaniement ministériel, sous réserve d’écarter des ministres qu’il estime corrompus. Mais pour les observateurs de la scène politique tunisienne, rien n’est acquis et un revirement est toujours possible.

Sous ses dehors débonnaires et décontractés, le chef du gouvernement tunisien a résisté, à la tempête politique qui souffle sur son pays depuis début janvier. Date à laquelle il a recomposé le gouvernement sans en aviser le président de la République Kaïs Saïed. Mais, malgré toutes les dénégations de Mechichi, les deux hommes sont en froid depuis le premier jour.

L’appui des « fils de l’administration »

La veille de l’investiture de Mechichi le 2 septembre 2020,  le cabinet présidentiel effectue en dernière minute des changements dans l’équipe gouvernementale sans en aviser le chef de l’exécutif. Une façon de faire qui soulignait déjà une divergence et surtout une tentative d’instaurer un rapport de force du président, dont le souhait était d’instaurer un régime présidentiel fort.

Certains pensaient que c’était de l’inertie. C’était plutôt de l’attentisme

Ces nominations imposées alertent Mechichi, si bien qu’il met en place un système de défense passive. Il s’entoure d’abord de proches, notamment des énarques comme lui, dont son directeur de cabinet, Moez Lidinallah Mokaddem, et Walid Dhahbi, secrétaire général du gouvernement.

Mechichi compte également sur la fidélité de ses pairs dans les autres institutions. L’appui de ces « fils de l’administration », comme le répète Mechichi pour signifier que ce corps structure l’État, lui permettra de jouer la patience et de voir les coups venir. « Certains pensaient que c’était de l’inertie. C’était plutôt de l’attentisme faute d’avoir de nombreux atouts en mains », décrypte un ancien ministre.

Mechichi, propulsé en terrain inconnu, trouve vite ses repères. Il est immédiatement courtisé par les dirigeants de partis, principalement Ennahdha et Qalb Tounes, tandis que la coalition de Tahya Tounes lui accorde son appui sans participer au gouvernement. En misant sur l’assemblée, Mechichi fait d’une pierre deux coups : il facilite la tâche à son gouvernement et met à distance les menées de Carthage.

Rupture

Trois mois plus tard, dans un contexte plombé par les ravages sanitaires et socio-économiques de la pandémie de Covid-19, Mechichi évalue les points faibles de son équipe et lance un remaniement portant sur pas moins de onze portefeuilles. S’il voulait améliorer la productivité du gouvernement, il va surtout être au cœur d’une crise sans précédent.

Le président Kaïs Saïed bloque la refonte de l’exécutif en estimant que certains nominés ont des affaires en cours et en refusant que quiconque prête serment. Pour avoir le dernier mot et surtout ne pas être contraint de rendre son tablier faute d’avoir une équipe, Mechichi désigne des intérimaires, un cumul de fonctions que l’opinion voit d’un mauvais œil d’autant qu’il s’octroie le portefeuille de l’Intérieur en plus de celui de chef du gouvernement.

Le bilan de Mechichi, conséquence de ces mois politiquement tourmentés, est très mince

La rupture entre Carthage et la Kasbah durera cinq mois mais Mechichi a résisté aux pressions exercées par les partis proches de Kaïs Saïed qui réclament son départ. Un souhait qui n’aboutira pas : la démission du chef du gouvernement aurait donné la main au président pour lui désigner un successeur avec le risque de dissolution de l’assemblée, le cauchemar de l’hémicycle du Bardo.

Les députés auraient pu retirer leur confiance mais pour cela il aurait fallu qu’ils s’accordent sur un remplaçant, une personnalité non refusée par le président. Ces contraintes constitutionnelles ont permis à Mechichi de se maintenir en place même si son bilan, conséquence de ces mois politiquement tourmentés, est très mince. Mais tout laisse entendre qu’un éventuel dialogue national, réclamé par les organisations nationales et par certains partis, remettrait en jeu la gouvernance de Hichem Mechichi.

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