Politique économique

Franc CFA : Kako Nubukpo-Lionel Zinsou, la paix des braves ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Lomé
Mis à jour le 17 juin 2021 à 16h46
Kako Nubukpo et Lionel Zinsou

Kako Nubukpo et Lionel Zinsou © V. FOURNIER/JA

Accès au crédit, passage graduel à la nouvelle monnaie eco… Frères ennemis sur la question du franc CFA, les deux économistes ouest-africains ont aussi des analyses communes.

En septembre 2017, le premier avait qualifié le second de « symbole de la servitude volontaire », après que ce dernier avait estimé que les pourfendeurs du F CFA étaient des « populistes ».

Il s’ensuivit deux ans de « guerre froide » entre Kako Nubukpo et Lionel Zinsou, durant lesquelles les deux protagonistes ne furent jamais présents aux mêmes tribunes, malgré les invitations répétées, que ce soit dans les médias ou les milieux associatifs panafricains.

Les deux hommes avaient toutefois peu à peu renoué le dialogue, y compris publiquement : en octobre 2019, tous deux avaient participé à la conférence-débat sur le franc CFA organisée par l’Association de Sciences Po pour l’Afrique (Aspa) en partenariat avec le Conseil présidentiel pour l’Afrique. En avril 2020, leurs deux noms apparaissaient côte à côte parmi les signataires d’un appel face à la pandémie de Covid-19, publié par Jeune Afrique.

Les deux experts ouest-africains, qui ont « une relation cordiale, mais parfois asymétrique », selon les mots de Lionel Zinsou, se sont à nouveau retrouvés le 26 mai dernier à Lomé lors des états généraux de la future monnaie de la Cedeao, l’eco.

Respect mutuel

« J’ai beaucoup de respect pour le niveau académique du professeur Nubukpo, c’est l’un des meilleurs économistes de notre région. On peut avoir des analyses différentes et respecter chacun celle de l’autre », assure ainsi l’ex-Premier ministre béninois, cependant soulagé d’avoir vu l’expression « un peu désagréable » de « servitude volontaire » disparaître du vocabulaire de son confrère – même si l’image l’a surtout « amusé », confesse-t-il.

Lionel Zinsou assure en outre ne pas assimiler l’économiste togolais « à ces gens qui campent sur des positions par idéologie, tout en ignorant les enjeux macroéconomiques du débat monétaire » – autrement dit, ceux qu’il qualifiait de « populistes » en 2017.

« La science avance à coups de controverses, je comprends que Lionel Zinsou puisse avoir une lecture autre que la mienne sur le franc CFA. L’essentiel est d’être de bonne foi et ne pas se réfugier dans des postures commodes », assure de son côté Kako Nubukpo.

En accord sur les besoins de financement des entreprises

De fait, les deux hommes ne s’opposent pas sur tous les plans. Si leurs analyses divergent sur l’histoire de la monnaie commune à leurs pays, sur son impact sur le développement et la croissance des pays de la zone ou encore sur son influence comme instrument de favoritisme des entreprises françaises, elles convergent en revanche sur la question plus générale du financement des économies africaines.

« Nous sommes d’accord sur le fait qu’il y a un vrai problème d’accès pour les entreprises africaines aux crédits de moyenne et longue maturité, ce qui bloque les investissements. À part quelques exceptions – le Maroc, l’Égypte ou l’Afrique du Sud – nous avons en Afrique les plus bas niveaux de crédits aux entreprises du monde entier », explique ainsi le financier, co-fondateur par ailleurs de la banque d’affaires SouthBridge.

Selon ce dernier, les priorités doivent être mises sur la bancarisation, sur le développement et le refinancement de la micro-finance, ainsi que sur l’octroi de crédits au logement.

Changement de monnaie, changement de dimension

Même sur la future monnaie eco, objet du colloque de Lomé, Kako Nubukpo et Lionel Zinsou partagent leur vision d’une homogénéité des économies des pays de la Cedeao, qui devrait favoriser le passage de l’eco de l’Uemoa à l’eco de la Cedeao.

« L’économie du Nigeria va finir par ressembler à celle des autres pays de la Cedeao parce que le pétrole aura de moins en moins de valeur, tandis que l’agriculture et les services, qui dominent tous les autres pays, vont monter en puissance », analyse l’ex-Premier ministre béninois, qui fut, par ailleurs, durant plusieurs années un haut cadre du géant mondial de l’agro-industrie Danone.

Selon Lionel Zinsou, au bout des cinq à dix années nécessaires pour que cette convergence monétaire se réalise de manière graduelle – comme cela s’est passé pour l’euro – la nouvelle assise de la monnaie, ce marché unique de plus de 300 millions de consommateurs, « permet d’espérer pour l’Afrique de l’Ouest les mêmes progrès économiques que dans les autres régions du monde ».

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