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Du pétrole iranien au Sénégal

Le rapprochement avec Téhéran est censé mettre fin aux difficultés de la Société africaine de raffinage. Faut-il y croire ?

Le gouvernement sénégalais en est persuadé. Le protocole d’accord conclu à Téhéran avec la National Iranian Oil Refining and Distribution Company (NIORDC), lors de la visite en août dernier du ministre sénégalais de l’Énergie, Samuel Sarr, doit relancer la Société africaine de raffinage (SAR). Depuis 2005, la flambée des prix du brut, le retard des subventions de l’État sur le gaz butane et une tarification inadaptée des carburants ont poussé la SAR dans le gouffre. À la clé, l’arrêt des opérations de raffinage, la suspension de l’activité commerciale et de graves difficultés financières. En contrecoup, la Société nationale d’électricité (Sénélec), déjà en sous-capacité de production, a connu de graves pénuries de combustibles pour alimenter ses centrales et a dû procéder à de nombreux délestages. Après onze mois d’inactivité, le redémarrage de la SAR a été seulement rendu possible, en avril 2007, par la signature d’un contrat de processing avec la société Trafigura, qui a assuré trois cargaisons successives de pétrole.
Dans un tel contexte, l’arrivée de l’Iran dans le capital de la SAR, détenue par l’État sénégalais (57 %) et le groupe français Total (43 %), semble donc être une bonne opportunité. D’autant plus que, selon le ministère de l’Énergie, les premiers investissements iraniens concerneront le renforcement des capacités de raffinage – qui devraient passer de 1,2 million de tonnes par an à 3 millions – ainsi que le développement du parc de stockage d’hydrocarbures. La fourniture régulière de brut pendant un an avec des délais de paiement de trois mois est également prévue. Cependant, malgré la signature de cet accord prometteur entre Téhéran et Dakar, l’arrivée du nouvel actionnaire ne pourra être confirmée qu’après la mise sur pied d’un comité de pilotage comprenant des représentants des parties concernées. Et ce, après la prochaine réunion du conseil d’administration de la SAR, prévue le 12 septembre à Dakar. La NIORDC pourra alors entrer en possession d’un tiers du capital, tandis que l’État deviendrait minoritaire.
Mais si l’on en croit des sources proches du dossier, l’avenir de la société n’est plus réellement soumis à l’arrivée de nouveaux partenaires. La signature, fin avril, d’une convention de financement avec la banque française BNP s’élevant à 100 milliards de F CFA va permettre à la SAR d’acquérir régulièrement du brut jusqu’à la fin de 2008. Après une première cargaison de 900 000 barils d’une valeur de près de 40 milliards de F CFA attendue le 6 septembre, le programme d’importation prévoit des déchargements environ tous les trente-cinq jours. « La société retrouvera d’ici un an une certaine autonomie financière », estiment plusieurs responsables de l’entreprise, malgré des dettes évaluées à 163 milliards de F CFA. Il n’empêche, la pérennité et la rentabilité à terme de la société dépendront surtout de sa capacité à répondre aux besoins du marché, non pas en important plus de produits finis car ce n’est pas sa vocation, mais en raffinant plus. Pour cela, les engagements de la NIORDC vont devoir être tenus.

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