Culture

Streaming : Nix, le rappeur défenseur des musiques panafricaines

Mis à jour le 22 juin 2021 à 09:49

Le rappeur et entrepreneur sénégalais Nix. © Facebook

Après avoir cofondé la plateforme de streaming africaine Deedo, le rappeur et entrepreneur sénégalais compte bien continuer à promouvoir les talents du continent.

Avec plus de vingt-cinq ans de carrière et huit projets musicaux à son actif, Nix, 42 ans, n’est pas un inconnu. Son expérience lui permet de creuser aujourd’hui son sillon dans l’industrie en pariant sur l’économie du streaming et de la distribution digitale. À l’heure où l’afrobeat résonne partout sur les ondes, Nicolas Omar Diop, de son vrai nom, se gausse des tendances.

Les samples sont l’essence même du hip-hop

Trap américaine, rap francophone, influences anglo-saxonnes, rythmiques congolaises et nigérianes… Un métissage sonore qui résume bien le parcours de celui qui a su traverser toutes les époques et les frontières du rap. « Je défends une musique fusion, revendique l’ex-gamin du groupe de rap Kantiolis, fondé à Dakar alors qu’il n’a que de 13 ans. Les samples sont l’essence même du hip-hop. C’est ce mélange des genres qui fait que cette scène a su tenir dans la durée. »

À l’aube des années 1990, le Sénégal vibre au son de Positive Black Soul, groupe de rap culte de l’époque. Le jeune artiste contribue à l’une de ses mixtapes et ne tarde pas à se faire repérer par un journaliste français spécialiste des musiques urbaines. Direction Paris pour celui qui n’est encore qu’un parfait inconnu dans le game hexagonal, mais qui rencontrera bientôt la fine fleur du genre, comme Oxmo Puccino et Disiz la Peste, sur plusieurs plateaux. « Disiz, qui est sénégalais d’origine, préparait un album en hommage au pays [Itinéraire d’un enfant bronzé, NDLR]. Collaborer avec lui faisait sens, analyse ce défenseur de la francophonie.

Mc Solaar et Assassin

Élevé par sa grand-mère professeure de français, Nix commence à écrire ses premiers textes dans la langue de Molière en s’inspirant de Mc Solaar ou encore d’Assassin. « C’est le Français qui m’a permis d’être écouté au Sénégal, puis un peu partout en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale », assure-t-il.

Il fallait que j’écrive en wolof. Le Sénégal m’a toujours soutenu

Après un premier album solo en 2003, Black Crystal – récompensé aux Hip Hop Awards de Dakar –, quelques mixtapes et la sortie d’un deuxième opus, Rimes de vie, en 2010, toujours écrit en français, il est pourtant temps pour le compositeur de proposer une autre forme de narration. « Il fallait que j’écrive en wolof. Le Sénégal m’a toujours soutenu depuis mes débuts, je me devais de lui rendre la pareille en publiant un projet dans notre langue. » Et ce sera Excuse my wolof, en 2016.

Le potentiel des diasporas

Jamais là où on l’attend, c’est ensuite avec le chanteur haïtien des Fugees, Wyclef, qu’il enregistre un morceau pour l’album Art de vivre (2016). Autant de collaborations qui prouvent qu’un réel potentiel créatif existe entre diasporas. C’est cette dynamique que Nix a flairée depuis le début de sa carrière et qu’il tente aujourd’hui de structurer via la plateforme de streaming panafricaine Deedo, cofondée avec Awa Diop Girard en 2017.

« Il y a quatre ans, c’était totalement avant-gardiste de lancer un tel projet, réalise-t-il. On a senti qu’on pouvait rattraper le retard du physique sur le numérique en centralisant tous les mélomanes de musiques afro sur une même plateforme. »

Aujourd’hui, le service – principalement soutenu par des banques – est proposé sur huit territoires (Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Gabon, Cameroun, Nigeria, France et Royaume-Uni) et compte 60 000 abonnés. Pas de quoi faire pâlir Apple Music (qui a élargi son offre à trente pays d’Afrique), ni de quoi rougir non plus.

Parmi ses artistes, quelques poids lourds comme Dj Arafat et Sidiki Diabaté

Pour les artistes africains, soumis à la loi des algorithmes et à la concurrence internationale, Deedo offre l’occasion de bénéficier d’une plus grande visibilité. Au menu : rumba, afrobeat, hip-hop, blues, reggae… « On a négocié le catalogue d’Universal’, s’enorgueillit l’entrepreneur, qui compte parmi ses artistes quelques poids lourds comme Dj Arafat et Sidiki Diabaté.

Nouveaux talents

Au total, sa plateforme recense quelque 14 millions de morceaux d’artistes africains et de la diaspora. Mais ce service n’est que le début de l’aventure Deedoo. Nix vient d’inaugurer un studio d’enregistrement et de signer une licence avec Def Jam Africa (branche d’Universal) pour lancer le label Deedo Records, sur lequel il a publié son dernier EP, Virgo. Le moyen surtout pour lui de soutenir et de signer de nouveaux talents sénégalais comme Coco Cissoko, « fille d’un grand joueur de kora », et Obree – tous les deux en featuring sur l’album. « Deedoo distribue aussi les artistes qu’il signe. On veut vraiment maîtriser l’ensemble de la chaîne : production, distribution et diffusion », ambitionne-t-il.