Économie

Les énergies renouvelables, le pari « résilient » de Herbert Smith Freehills en Afrique

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Mis à jour le 17 juin 2021 à 16:24

Les équipes de HSF à Paris. De g. à dr. : Rebecca Major, Frédéric Bouvet, Christophe Lefort, Paul Morton, Nina Bowyer, Bertrand Montembault, Sharif Abousaada et Mathias Dantin. © Studio Puyfontaine

Solaire, éolien, hydraulique, géothermie… Le cabinet d’avocats veut accélérer sur le segment des énergies propres sur le continent, marché prometteur mais semé d’embûches.

« La bonne nouvelle, c’est que les arguments en faveur de l’énergie propre en Afrique n’ont jamais été aussi convaincants qu’aujourd’hui », expliquait début 2021 Vera Songwe, secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU, citant la hausse de la demande d’énergie due à la « croissance démographique, à l’urbanisation croissante, à l’industrialisation et au commerce, ainsi qu’au changement climatique ».

Une étude du Fonds monétaire international, publiée en 2020, anticipait une consommation d’environ 100 exajoules (28 milliards de mégawattheures) d’énergie solaire en Afrique à l’horizon 2100, soit cinq fois la consommation électrique totale du continent en 2020. Et ce sans compter les contributions de l’éolien, du géothermique et de l’hydroélectricité.

Transition énergétique

C’est justement sur ce créneau prometteur mais complexe des énergies renouvelables que le pôle parisien du cabinet d’avocats international Herbert Smith Freehills (HSF) compte désormais accroître la voilure.

Au début de mai, la pratique « énergie et infrastructures » du bureau parisien a crû d’un nouvel associé, Mathias Dantin, diplômé de Lyon III et de l’Université du Minnesota aux États-Unis, avocat aux barreaux de Paris et de l’État de New York.


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Une promotion qui porte à dix-neuf avocats dont six associés la composition de cette pratique et qui a été saluée entre autres pour la contribution de l’avocat de 37 ans (dont dix au sein des équipes de HSF) à son « positionnement de leader en matière de transition énergétique », selon Frédéric Bouvet, responsable du bureau de Paris.

« Parmi les principales tendances qu’on observe en Afrique, il y a une focalisation accrue sur les énergies renouvelables et la lutte contre le changement climatique », complète Rebecca Major, associée et responsable de la pratique énergie et ressources naturelles du cabinet, qui pointe l’expertise désormais renforcée des équipes en ce qui concerne le développement des centrales d’énergies renouvelables, autant que sur les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ou « les contentieux en lien avec les réglementations et les contrats publics ».

Le casse-tête du financement

Si de puissantes majors des industries extractives, dont le français Total, se sont résolument engagées ces dernières années sur le volet des énergies renouvelables, des obstacles solides à leur développement en Afrique demeurent, notamment en ce qui concerne le montage financier des projets.

« Le financement des énergies renouvelables en Afrique est aujourd’hui le défi le plus important », notent les chercheurs Leo Holtz et Christina Golubski du Brookings Institue aux États-Unis.

Ces derniers mettent en opposition « le coût relativement peu élevé de la construction d’une nouvelle centrale à combustible fossile, dont l’exploitation est coûteuse » aux coûts d’installation « élevés » des sources renouvelables « dont l’exploitation est peu coûteuse ».

« Partage de la technologie, des opportunités et du savoir-faire »

Outre une « expérience significative de toutes les pratiques du cabinet sur les opérations en Afrique », les équipes de HSF insistent sur l’apport global de leur contribution.

« L’accent que nous mettons sur l’Afrique ne porte pas uniquement sur les investissements en capital à destination du continent, mais également sur le partage de la technologie, des opportunités et du savoir-faire », selon Nina Bowyer, associée et coresponsable de la pratique Afrique mondiale.

Le cabinet pointe également ses dossiers majeurs menés en Afrique, tels que l’accompagnement de EDF, de la Société financière internationale (IFC) et de l’État du Cameroun dans le financement et le développement de la centrale hydroélectrique de Nachtigal au Cameroun, ou celui de Proparco, de la Banque européenne d’investissements et de IFC dans le financement de deux fermes solaires au Sénégal, dans le cadre de l’initiative phare « Scaling Solar » appuyée par la Banque mondiale.

Différentiel de coûts

D’aucuns, plus sceptiques quant aux ambitions de HSF dans le renouvelable, pointent le différentiel de coût – et donc d’honoraires – entre les projets d’énergies renouvelables certifiés Scaling Solar, chiffrés quelques dizaines de millions d’euros, et les méga-deals de l’industrie extractive qui ont contribué à la renommée du cabinet en Afrique.

Parmi eux : l’accompagnement du chinois CMOC dans le cadre du rachat, pour 2,65 milliards de dollars, des parts de l’américain Freeport dans la mine de Tenke Fungurume en RDC, ou celui du japonais Mitsui dans le projet de logistico-minier de Moatize et Nacala (charbon) au Mozambique.

Dans le monde du droit des affaires franco-africain, d’autres s’interrogent ouvertement sur la capacité de HSF à compenser le départ du vétéran Stéphane Brabant, longtemps un des « rainmakers » du cabinet en Afrique, et de Lucien Bou Chaaya, cooptés en mai dernier par les équipes parisiennes de Trinity International, pour apporter leur expertise dans les infrastructures et l’industrie extractive à ce cabinet présent depuis quelques années dans les énergies renouvelables en Afrique.

Approche éclectique

Malgré le contexte du Covid-19, « HSF a travaillé sur quelques 990 opérations avec l’Afrique en 2020 », rappelle Nina Bowyer, ce qui démontre, selon la coresponsable de la pratique Afrique mondiale du cabinet, « notre fort engagement envers le continent et notre volonté d’aider les entreprises à réaliser une croissance qui soit à la fois forte et résiliente ».

HSF se targue également non seulement de son expérience de plus de vingt ans sur le continent, mais aussi de son réseau de clients, partenaires et structures juridiques associées sur le continent, où il a ouvert un bureau, à Johannesburg, en 2015.

« Nous avons pris le parti de ne pas adopter une approche consistant à ouvrir des bureaux simplement pour afficher une présence », insiste Bertrand Montembault, associé de HSF.

« Nous préférons continuer à développer dans ces juridictions des relations suivies avec les cabinets de nos confrères africains », dénommés « best friends » (meilleurs amis) en interne. Une approche qui, selon l’avocat français, « permet de retenir au cas par cas les cabinets les plus adaptés aux besoins de nos clients en fonction du type de conseil requis, de la taille de l’opération, etc. »

Il reste désormais à savoir si cette approche granulaire et éclectique du cabinet international s’avérera aussi résiliente que les ambitions de ses promoteurs sur un marché africain des énergies renouvelables qui s’annonce plus compétitif que jamais.