Économie

Côte d’Ivoire : Abidjan attend toujours son métro

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Mis à jour le 21 juillet 2021 à 16:41

Employés travaillant à la construction de la ligne de métro d’Abidjan, le 17 septembre 2019. © SIA KAMBOU/AFP

Projet emblématique du troisième mandat du président Ouattara, le chantier emmené par Bouygues peine à entrer dans sa phase de réalisation. L’État doit notamment indemniser les habitants installés sur son tracé.

La scène était symbolique pour projet qui avance à vitesse réduite. Le 29 avril 2021, lors de son passage à Abidjan, Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie et des Finances, a parcouru en compagnie d’Amédé Kouakou, ministre ivoirien de l’Équipement et de l’Entretien routier, le même tronçon du futur train urbain de la capitale économique que celui emprunté par Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, en 2017. Sur les 37 kilomètres de cette première phase, 32,5 sont actuellement exploités par Sitarail, filiale de Bolloré, qui gère via un contrat de concession la ligne Abidjan à Ouagadougou, avec des locomotives au diesel.

Dans les faits, le chantier de ce que l’on appelle le métro sur les bords de la lagune, n’a toujours pas démarré, malgré les accords définitifs signés entre l’État ivoirien et la société des transports abidjanais par rail (Star), un consortium d’entreprises françaises emmené par le groupe Bouygues.

Un budget bouclé

Le géant français du BTP aura en charge les infrastructures et le génie civil ; Colas Rail, les voies, l’alimentation en énergie ; Alstom, l’équipement roulant, la signalisation, la billetterie ; Keolis, l’exploitation et la maintenance. Les concepteurs ont prévu dix-huit stations pour un métro capable d’accueillir aux heures de pointe jusqu’à 540 000 passagers.

Même si le financement, évalué à 1,36 milliard d’euros est bouclé, via le contrat de désendettement et de développement (C2D) géré par l’Agence française de développement (AFD) et un crédit export de la Banque publique d’investissement (BPI) française, la phase de réalisation a pris beaucoup de retard. Des relevés topographiques et des sondages sont toujours en cours. D’abord annoncée pour 2017, puis pour 2019, la fin du projet est maintenant fixée à 2022. Une nouvelle échéance repoussée à 2025 pour l’entrée en service est même évoquée.

9 519 personnes à indemniser

Certains sites du tracé sont encore squattés par des habitations de fortunes, alors que les occupants avaient jusqu’en septembre 2018 quitter les lieux. Depuis le mois de mars 2021, les négociations sont en cours pour la signature de certificats de compensation. Les indemnisations sont à la charge de l’État ivoirien qui devra verser environ 52 milliards F CFA aux 9 519 personnes impactées par le tracé.

C’est la partie ivoirienne qui gèrera les indemnisations et les purges des droits

« C’est la partie ivoirienne qui gèrera les indemnisations et les purges des droits. Sur le tracé, il y a beaucoup d’habitats précaires, et quelques biens de valeur », a confié une source française proche du dossier. Selon nos informations, le gouvernement ivoirien peinerait à réunir les fonds nécessaires.

Trouver une issue acceptable

La première phase concerne les communes d’Anyama, Abobo, Adjamé, Plateau, Treichville, Marcory et Port-Bouët. Avant même les premiers paiements, certains sinistrés se plaignent déjà du montant des indemnités qui ne leur permettrait pas de se reloger. L’État réfléchirait à étoffer sa proposition pour trouver une issue acceptable afin de mettre, enfin, sur les rails l’un des projets les plus emblématiques du troisième mandat d’Alassane Ouattara.