Politique économique

Cameroun : Sonara, Électricité du Cameroun, Camtel… Pourquoi le FMI épingle l’État-actionnaire

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Mis à jour le 15 juin 2021 à 17h47
Le Port autonome de Douala, l’une des entreprises publiques les plus prometteuses du Cameroun.

Le Port autonome de Douala, l'une des entreprises publiques les plus prometteuses du Cameroun. © © DIT

Un récent rapport pointe des failles dans la surveillance et la gouvernance des entreprises publiques. Une situation dont leur actionnaire unique est jugé en partie responsable.

Sur les 25 entreprises publiques excédentaires en 2020 que compte le Cameroun, seules trois ont versé des dividendes à l’État, pour un montant total de 10,8 milliards de francs CFA (16,5 millions d’euros). Le bénéfice cumulé de ces sociétés est pourtant de 74 milliards de F CFA (112,8 millions d’euros).

Une contreperformance révélatrice d’une absence de stratégie claire de rémunération, juge le FMI.

Tirées d’un récent rapport de l’institution sur les risques budgétaires liés à la gestion des entreprises publiques, élaboré à la demande de Yaoundé, ces données font grand bruit dans les médias et les réseaux sociaux locaux.

Endettement préoccupant

« Les sociétés publiques sont à la traine en matière de performance et de compétitivité, notamment dans des secteurs concurrentiels comme le transport aérien et les télécommunications. Même si elles tiennent leurs promesses dans le secteur portuaire », expose un haut fonctionnaire en charge des dossiers économiques.

Absence d’un répertoire unique des entreprises publiques, fourniture de services peu efficace, dispositif de surveillance fragmenté en plusieurs entités, recommandations des structures en charge de l’audit peu suivies, endettement préoccupant (au moins 2 983 milliards de F CFA en 2019…).

Ces défaillances se doublent d’un système de dettes réciproques entre l’État et ces entreprises, débouchant sur des compensations de créances peu transparentes.

17 % de la richesse nationale en 2019

Viviane Ondoua Biwolé, professeur de gestion à l’université de Yaoundé II et experte en questions de gouvernance ne se dit surprise « par aucun constat ou recommandation du rapport ». « Les dysfonctionnements relevés sont régulièrement décriés par les experts du domaine. Le fait qu’il soit signé du FMI donne simplement plus de poids à ce constat », souligne-t-elle.

Le document met notamment à nu les défaillances de l’État actionnaire, dont il pointe « le système de gestion et de surveillance des entreprises publiques fragmenté, sans véritable pilote pour en assurer la tutelle effective ».

Le poids dans l’économie des entreprises publiques est pourtant loin d’être négligeable. Les revenus de plus de 160 entités publiques (entreprises, établissements et agences) représentaient 17 % de la richesse nationale en 2019, pour des actifs évalués à 20 % du PIB.

Incohérences opérationnelles

Le Cameroun se caractérise en effet par une multitude d’entités assurant la tutelle technique et financière de ses entreprises publiques. En outre, faute de concertations préalables entre des administrateurs venant d’horizons divers (présidence, primature, ministères), l’État peine à adopter une position cohérente au sein des conseils d’administration.

« Il faut faire un choix conceptuel clair. Si on s’inscrit dans la gouvernance des entreprises, on doit s’assurer de la séparation entre le contrôle et la direction opérationnelle, en évitant par exemple que le président du conseil d’administration soit aussi le ministre de tutelle », rappelle Viviane Ondoua Biwolé, pour qui « le rapport indique implicitement que le conseil d’administration n’est en l’état qu’un gadget et que son rôle n’a aucun effet sur la gestion des entreprises publiques. »

Cette dernière plaide pour la mise en place d’un dispositif de contrôle dont la première responsabilité incombe au conseil d’administration. Et sur un choix des administrateurs « sur la base de critères objectifs »

« Problème plus politique »

Pis, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et de la Société nationale d’investissements (SNI), véritables holdings au sein de l’État en ce qu’elles disposent de participations dans d’autres entreprises, échappent à toute emprise gouvernementale – la tutelle de la première est assurée par le secrétariat général de la présidence.

Pour le FMI, deux préconisations s’imposent : la création d’une structure faîtière portant les participations de l’État, à l’instar de la Côte d’Ivoire qui a fait sa mue en 2016 en créant une direction générale du portefeuille de l’État, et l’ouverture progressive au secteur privé du capital. Une mesure qui pourrait aller jusqu’à la privatisation des entreprises à caractère commercial.

Alors que la Guinée équatoriale et le Congo ont déjà livré la liste de leurs entreprises publiques devant être introduites à la bourse réunifiée de l’Afrique centrale pour se conformer à l’exigence régionale, le Cameroun  – comme le Gabon, le Tchad et la Centrafrique – traîne des pieds.

Le problème se situe toutefois ailleurs, estime notre experte. « Ces entreprises peuvent être viables si elles sont soumises à des règles de gestion rigoureuse par des personnes compétentes. Il faut faire preuve de courage managérial et affronter les problèmes en attaquant leurs véritables causes. Le problème est plus politique que technique », assène Viviane Ondoua Biwolé.

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