Politique

Tchad : comment Mahamat Zen Bada a été évincé de la direction du parti au pouvoir

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Mis à jour le 16 juin 2021 à 11h17
Mahamat Zen Bada

Mahamat Zen Bada © Vincent FOURNIER/JA

Le 12 juin, le secrétaire général du Mouvement patriotique du salut (MPS) a été remplacé par Haroun Kabadi. Il n’a pas résisté à la pression de la nouvelle équipe dirigeante.

Mahamat Zen Bada se savait sur la sellette depuis de longs mois. Avant même le décès d’Idriss Déby Itno (IDI), il était contesté au sein du Mouvement patriotique du salut (MPS) par une partie des troupes – notamment parmi les plus jeunes. Ces hommes estimaient notamment que le secrétaire général d’alors n’avait pas su renouveler la formation au pouvoir. Beaucoup s’inquiétaient alors déjà des prochaines législatives, qui devaient être organisées quelques mois après la présidentielle d’avril.

Selon nos sources, Mahamat Zen Bada avait déjà été contesté lors d’un précédent congrès du MPS, fin 2019, alors que la formation devait se mettre en ordre de marche pour assurer la réélection d’Idriss Déby Itno. Ce dernier avait toutefois réitéré son soutien au secrétaire général. Il l’avait nommé dans la foulée au poste, envié et stratégique, de directeur de campagne pour la présidentielle. Zen Bada bénéficiait en outre du soutien de la Première dame, Hinda Déby Itno.

Tentative d’éviction

Cela n’avait toutefois pas fait cesser les critiques, en particulier lors de la dernière campagne d’IDI, au cœur de laquelle beaucoup ont vu en Abdelkerim Idriss Déby, fils et directeur de cabinet adjoint du défunt président (poste qu’il occupe toujours), le véritable patron de la formation au pouvoir. Depuis la mort d’Idriss Déby Itno, les choses ne se sont guère arrangées pour Zen Bada. Mis à l’écart lors de la formation du gouvernement de transition, l’ancien maire de N’Djamena avait vu la grogne monter une nouvelle fois au sein du parti au pouvoir.

Le mécontentement n’a cette fois pas été étouffé par le « Palais rose », où siège désormais Mahamat Idriss Déby. Selon nos informations, « Kaka » (son surnom), conseillé par un cabinet où collaborent le directeur Aziz Mahamat Saleh et son adjoint Abdelkerim Idriss Déby (réputés hostiles à Zen Bada), a souhaité provoquer un renouvellement des instances du MPS avant l’ouverture du dialogue national qui doit précéder la prochaine présidentielle – elle-même devant intervenir dans 16 mois au maximum.

Le congrès extraordinaire du 12 juin a ainsi été convoqué par Ruth Madjidian Padja , première secrétaire générale adjointe, en l’absence de Mahamat Zen Bada, alors retenu pour des soins médicaux en France. Ce dernier affirme même ne pas avoir été consulté. Et pour cause : selon nos informations, le congrès convoqué par son adjointe avait officieusement pour but, dès le départ, de l’évincer de son poste de secrétaire général. Alerté, Mahamat Zen Bada a bien tenté de contrecarrer ces plans et de faire annuler la convocation du parti – une prérogative qui lui était réservée, affirme-t-il.

Mais la manœuvre, peu soutenue en interne, a fini par échouer et Mahamat Idriss Déby a donné son accord pour que le congrès soit maintenu. « Beaucoup de cadres du MPS se sont plaints auprès de la présidence de la gestion du parti. Le chef de l’État a pris ses responsabilités », confie une source proche du palais.

Kabadi, le nouveau secrétaire général, avait refusé d’assurer l’intérim après la mort d’IDI

Au-dessus de la mêlée

Le congrès a donc finalement eu lieu à l’hôtel Radisson – en l’absence du secrétaire général du parti et sur consignes officieuses du palais. « Il fallait trouver quelqu’un qui puisse mener le parti au cœur de la transition, c’est-à-dire une personnalité expérimentée qui ne puisse pas être suspectée de vouloir jouer pour elle-même », poursuit notre source.

Un temps pressentie, Ruth Madjidian Padja n’a finalement pas été choisie pour succéder à Mahamat Zene Bada et le poste a fini par revenir à l’ancien président de l’Assemblée nationale, Haroun Kabadi. Ce dernier, qui a déjà occupé le secrétariat général du MPS par le passé, a l’avantage d’avoir un profil plus consensuel que Zen Bada. Selon nos informations, il a été choisi pour faire le lien entre les barons du parti, secoués par la mort d’IDI et inquiets par la perspective d’un renouvellement trop brutal, et la jeune génération représentée, entre autres, par Abdelkerim Idriss Déby.

Selon nos informations, plusieurs autres noms avaient aussi été cités dans les coulisses du congrès, notamment ceux du porte-parole du parti, Jean-Bernard Padaré (président du comité d’organisation du congrès, finalement nommé au comité ad hoc chargé d’examiner les candidatures pour le futur conseil national de transition), l’ancien secrétaire général Emmanuel Nadingar (rival de Zen Bada depuis des années) ou encore Aziz Mahamat Saleh.

Pour bien montrer qu’il n’était pas directement à la manœuvre derrière l’éviction de Zen Bada, et qu’il voulait désormais se situer au-dessus de la mêlée, le nouveau chef de l’État n’a pas assisté à ce congrès extraordinaire. Le fauteuil qui lui était réservé est resté vide jusqu’au bout.

 

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