Politique

Maroc : qui est vraiment Omar Hilale, le visage onusien du royaume

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Par - à Casablanca
Mis à jour le 14 juin 2021 à 16:06

Omar Hilale est le représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies (ici le 6 décembre 2017). © UN/Manuel Elias

Le représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies collectionne les postes à responsabilité au sein de l’instance internationale. Portrait d’un diplomate habité par sa vocation.

Et une nouvelle responsabilité onusienne pour l’ambassadeur Hilale ! Le représentant permanent du royaume auprès des Nations unies à New York vient d’être élu président de la Première Commission lors de la 76e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Il s’agit de l’une des commissions stratégiques dans l’architecture de l’ONU puisqu’elle est chargée du désarmement et de la sécurité internationale.

Un domaine qui n’est pas étranger à ce diplomate chevronné. « En 1993 déjà, il représentait le royaume au sein du Comité international des experts juridiques chargé de l’application de la Convention interdisant l’usage des armes chimiques comme il a présidé une Conférence onusienne sur le désarmement en 2004 », rappelle un ancien des Affaires étrangères marocaines.

Diplomate maison

Ce département, Omar Hilale en connaît les moindres arcanes. Il y a commencé sa carrière à 23 ans, alors fraîchement diplômé en sciences politiques, pour ne jamais le quitter. Habité par la vocation diplomatique, il gravit un à un les échelons pour occuper de nombreux postes à responsabilité. Alors que la période – exceptionnellement longue, de 1985 à 1999 – du ministre Abdellatif Filali touche à sa fin, Hilale est nommé tour à tour ambassadeur en Indonésie, à Singapour, en Australie puis en Nouvelle-Zélande.

Les rouages de l’ONU n’ont pour lui aucun secret non plus. En 2001, il est désigné représentant permanent du royaume à Genève. Il occupe le poste quatre ans durant, avant de rentrer au Maroc en tant que secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, dirigé à l’époque par Taieb Fassi Fihri. « Il est retourné en 2008 à Genève, alors que la question du monitoring des droits de l’homme au Sahara par la Minurso [Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental] se posait avec acuité, tant au niveau du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme qu’au sein du Conseil de sécurité », se rappelle notre source.

Ceux qui l’on côtoyé présentent Omar Hilale comme un homme méticuleux et perfectionniste

Pendant les années qui ont suivi, la diplomatie chérifienne a en effet dû manœuvrer pour contrecarrer les propositions d’élargir le mandat de la force onusienne de maintien du cessez-le-feu au Sahara à l’observation de la situation des droits humains.

Son statut de spécialiste de la promotion des avancées réalisées par le Maroc dans ce domaine, il le confirme en devenant le facilitateur de l’examen périodique universel du Conseil des droits de l’homme (2010), puis celui du processus de renforcement des organes des Traités des droits de l’homme de l’ONU en avril 2020.

Expert du Sahara

Le dossier du Sahara, Omar Hilale le connaît sur le bout des ongles. Il était même aux premières loges lors de la genèse du conflit. « Il était étudiant à l’Université Mohammed V à Rabat quand certains fondateurs du Polisario y faisaient leurs premières gammes de révolutionnaires », raconte notre source. En début de carrière, Hilale est également passé par l’ambassade du Maroc à Alger.

Il dénonce l’accointance idéologique de l’Afrique du Sud avec le séparatisme du Polisario

Depuis qu’il représente le Maroc auprès des Nations unies à New York, il défend avec ardeur l’intégrité territoriale du royaume. À 70 ans, ce bourreau de travail ne laisse rien passer des manœuvres algériennes ou de celles du Polisario dans les coulisses du Conseil de sécurité, répondant par des missives officielles ou par des déclarations médiatiques à toute atteinte aux intérêts de son pays.

Ceux qui l’on côtoyé présentent Omar Hilale comme un homme « méticuleux » et « perfectionniste ». Il lui arrive de sortir de ses gonds et de perdre son calme diplomatique quand il le faut pour défendre la marocanité du Sahara.

Son tempérament lui a valu le surnom de pitbull

Fin mai, alors que la représentante de l’Afrique du Sud transmet une lettre du Polisario au Conseil de sécurité, Hilale dénonce « l’accointance idéologique de l’Afrique du Sud avec le séparatisme du “Polisario” » et son « silence complice sur les crimes perpétrés contre les populations séquestrées dans les camps de Tindouf ». Un tempérament qui lui a valu le surnom de « pitbull » parmi certains de ses confrères. Un sobriquet que le gadiri de naissance n’apprécie pas vraiment.

Fédérateur du groupe africain

Le fait qu’un représentant du Maroc assure la présidence de cette commission témoigne de la confiance que lui accordent ses pairs : le diplomate est en mesure de fédérer et de coordonner l’action diplomatique continentale.

En 2013, il a assuré les fonctions de coordonnateur du Groupe des États d’Afrique au cours des négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avant d’être désigné comme porte-parole de ce groupe à la conférence ministérielle de l’OMC à Bali. Il a également été élu deux années de suite, par le groupe africain des Nations unies, vice-président du conseil exécutif de l’Unicef.

Le choix porté sur le royaume, au nom du continent, illustre par ailleurs la reconnaissance, par la communauté internationale, « du rôle du Maroc en tant qu’acteur mobilisé, responsable et crédible dans les efforts de lutte contre la course aux armements, ainsi que pour son action en faveur de la paix, la sécurité et la stabilité, régionales et mondiales », souligne l’agence de presse officielle MAP.

Cette élection « intervient dans un contexte international difficile, marqué par la détérioration de la sécurité internationale, l’exacerbation de la menace terroriste, et par la recrudescence inédite de défis, anciens et nouveaux, à l’édifice de la paix et de la sécurité internationales, en particulier l’architecture globale de désarmement et de non-prolifération », a déclaré pour sa part l’heureux élu lors de cette assemblée élective.