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Cet article est issu du dossier «Laurent Gbagbo : l'heure du retour»

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Politique

Laurent Gbagbo : Nady Bamba, Assoa Adou, Habiba Touré… Qui sont les fidèles de l’ancien président ivoirien ?

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Mis à jour le 16 juin 2021 à 16h39
Des partisans de Laurent Gbagbo au siège du FPI à Abidjan, le 14 juin 2021.

Des partisans de Laurent Gbagbo au siège du FPI à Abidjan, le 14 juin 2021. © REUTERS/Luc Gnago

Certains ont été arrêtés et mis en prison, comme lui. D’autres se sont exilés après sa chute. Mais tous ont continué à le soutenir indéfectiblement et à plaider sa cause durant ses huit années de détention, puis ses deux années passées à Bruxelles.

Alors que Laurent Gbagbo se prépare à rentrer à en Côte d’Ivoire le jeudi 17 juin 2021, plus d’une décennie après avoir été arrêté par les forces d’Alassane Ouattara dans le bunker de sa résidence abidjanaise, Jeune Afrique vous présente quelques uns des membres de son premier cercle.

Nady Bamba, le pilier

Nady Bamba, la seconde épouse de Laurent Gbagbo.

Nady Bamba, la seconde épouse de Laurent Gbagbo. © DR

Elle a été à ses cotés tout le long de ses dix ans de procès devant la Cour pénale internationale (CPI). Plus qu’une seconde épouse, Nady Bamba a été un pilier, une confidente et une influente conseillère pour l’ancien président.

Après le transfert de l’ex-chef de l’État à La Haye, fin 2011, l’ancienne correspondante de la radio Africa N°­1 (désormais Africa Radio) à Abidjan, qui a épousé Gbagbo traditionnellement dix ans plus tôt, emménage à Bruxelles.

Durant toutes les années de détention de son époux, elle lui rend visite chaque semaine, parfois accompagnée de leur fils Raïs. Après son acquittement en première instance, en janvier 2019, Gbagbo la rejoint dans la capitale belge. Ils y vivent une vie discrète, à l’abri des regards.

En contact avec de nombreux cadres du Front populaire ivoirien (FPI), Nady Bamba s’est aussi beaucoup impliquée dans son retour en Côte d’Ivoire. Elle a notamment été en contact avec plusieurs cadres du régime d’Alassane Ouattara pour en évoquer les conditions. Le 17 juin 2021, elle embarquera avec lui à bord du vol Brussels Airlines à destination d’Abidjan et sera, une fois de plus, à ses côtés quand il foulera de nouveau le sol ivoirien.

Assoa Adou, le vieux compagnon

Assoa Adou, l’homme de confiance.

Assoa Adou, l’homme de confiance. © ISSAM ZEJLY pour JA

Ils se connaissent depuis les années 1960. À l’époque, les jeunes Laurent Gbagbo et Assoa Adou montent la Cellule fondamentale, une organisation clandestine marxiste opposée au régime de Félix Houphouët-Boigny. Puis viendront la création du Front populaire ivoirien (FPI), que Adou rejoint en 1994, et l’accession au pouvoir de Gbagbo, en 2000. Le nouveau président socialiste nomme alors son vieux compagnon de route ministre de la Construction et de l’Urbanisme. Il devient ensuite ministre de la Défense après les accords de Linas-Marcoussis, en 2003.

Quand son mentor est arrêté le 11 avril 2011, Assoa Adou s’enfuit pour le Ghana. Depuis Accra, il dirige le FPI en exil. En 2014, Laurent Gbagbo lui demande de rentrer à Abidjan. Il s’exécute. Deux mois plus tard, il est arrêté pour complot contre l’autorité de l’État. Il passe quatre ans en prison et n’en ressort qu’en août 2018 à la faveur d’une grâce présidentielle. Gbagbo le place à la tête du FPI et en fait son homme de confiance, à Abidjan.

Cheville ouvrière des GOR (les « Gbagbo ou rien », les partisans de l’ex-président), le natif d’Abengourou s’applique à exécuter à la lettre les consignes du chef. Depuis l’acquittement de ce dernier en première instance, en janvier 2019, les deux hommes se parlent très régulièrement au téléphone. Adou s’est aussi rendu plusieurs fois à Bruxelles pour le voir. Relations avec Pascal Affi N’Guessan, alliance avec le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et Henri Konan Bédié, boycott de la présidentielle mais participation aux législatives… Dès qu’il agit ou effectue une déclaration, aucun doute qu’il le fait au nom de Gbagbo.

Ces dernières semaines, il a également été au coeur des négociations avec le gouvernement pour le retour de l’ancien chef de l’État. Il a notamment été reçu par le Premier ministre Hamed Bakayoko, en janvier dernier, puis par son successeur Patrick Achi, début mai.

Habiba Touré, l’avocate

Elle est l’une des avocates de Laurent Gbagbo. Cette Franco-ivoirienne dont les bureaux sont installés à Pantin, en banlieue parisienne, défend l’ancien président depuis qu’il a été transféré à la CPI. Elle est aussi l’avocate de Simone Gbagbo devant la cour de La Haye et a défendu Michel Gbagbo quand il a déposé plainte contre Guillaume Soro et d’anciens comzones pour « enlèvement, séquestration et traitements inhumains » après son incarcération, de 2011 à 2013.

En contact étroit avec son client, elle s’est rendue régulièrement à Bruxelles pour le voir ces derniers mois. Elle y a notamment géré sa procédure de demande officielle de passeport au consulat de Côte d’Ivoire, en juillet et août 2020. Face à l’absence de réponse des autorités ivoiriennes sur son dossier, elle a dénoncé leur « refus » de lui délivrer le précieux sésame pour l’empêcher de rentrer. Gbagbo a finalement obtenu ses passeports (ordinaire et diplomatique) début décembre 2020.

Justin Koné Katinan, le porte-parole

Justin Koné Katinan, le porte-parole de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo.

Justin Koné Katinan, le porte-parole de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo. © AFP

Il est l’une des figures des « exilés », ces cadres du FPI qui ont fui la Côte d’Ivoire après la crise postélectorale de 2010-2011 et la victoire d’Alassane Ouattara sur Laurent Gbagbo. Réfugié au Ghana, Justin Koné Katinan, le dernier ministre du Budget de l’ancien président, a longtemps été recherché par la justice ivoirienne. En vain. Visé par des mandats d’arrêt internationaux pour crimes économiques et meurtres, cet énarque de Niakaramandougou, dans le nord du pays, n’a finalement jamais été extradé par les autorités ghanéennes.

Porte-parole de Laurent Gbagbo, il lui est toujours resté fidèle, devenant l’un de ses principaux lieutenants en exil. Le 30 avril dernier, en accord avec les autorités ivoiriennes, Katinan est rentré à Abidjan. À ses côtés, d’autres pro-Gbagbo, comme Jeannette Koudou, la soeur de l’ex-chef de l’État, ou encore Damana Adia Pickass, le vice-président du FPI chargé de la jeunesse. Depuis, il joue un rôle actif au sein du comité d’accueil chargé d’organiser le retour de son patron, notamment en assurant sa communication.

Ahoua Don Mello, le cadre est de retour

Ahoua Don Mello, ancien ministre de l’Équipement du dernier gouvernement de Laurent Gbagbo.

Ahoua Don Mello, ancien ministre de l’Équipement du dernier gouvernement de Laurent Gbagbo. © D.R.

Ingénieur de formation, ce cadre du FPI a été le directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (Bnetd) sous la présidence de Laurent Gbagbo. Nommé ministre de l’Équipement et porte-parole du dernier gouvernement du « Boulanger », il parvient à fuir le pays après l’arrestation de celui-ci, le 11 avril 2011.

S’en suit une décennie d’exil sur le continent, dont la majeure partie passée en Guinée. À Conakry, l’ancien ministre de Gbagbo est devenu le conseiller spécial d’Alpha Condé sur les questions d’infrastructures et de grands travaux. Fin mai 2021, il a fait une demande de passeport à l’ambassade de Côte d’Ivoire pour pouvoir revenir à Abidjan, en prévision du retour de son ancien patron sur les bords de la lagune Ébrié.

Narcisse Kuyo Téa, le chargé de mission

Ancien footballeur, Narcisse Kuyo Téa a notamment joué pour l’Africa Sports d’Abidjan avant de le présider à la fin des années 2000. Ancien chef de cabinet de Laurent Gbagbo, il a été arrêté après la crise postélectorale de 2010-2011, puis remis en liberté provisoire en 2013.

Intime de l’ancien président, il a compté parmi ses rares visiteurs à Bruxelles. Il est également son chargé de mission et a fait partie, ces dernières semaines, des quelques personnes qui ont contribué à régler les derniers détails logistiques du retour du « patron » à Abidjan.

Christophe Blé, le docteur

Médecin personnel de Laurent Gbagbo, le docteur Christophe Blé a été arrêté avec son patient en 2011 et détenu à ses côtés dans un camp militaire de Korhogo d’avril à novembre 2011. Après le transfert de Gbagbo à La Haye, le docteur Blé a été remis en liberté en janvier 2012.

Après l’acquittement de l’ex-chef de l’État en première instance, en janvier 2019, il est l’un des premiers à être allé le voir à Bruxelles pour s’assurer de son état de santé. À 76 ans, Laurent Gbagbo a été éprouvé par ses dix années de détention, en particulier ses quelques mois passés entre les mains des pro-Ouattara, à Korhogo. Le docteur Christophe Blé continue donc à veiller régulièrement sur lui.

Roland Guibony Sinsin, l’ami

Ancien directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) devenu consultant, Roland Guibony Sinsin est un grand ami du couple que formaient Laurent et Simone Gbagbo.

Dans les derniers jours du régime, en avril 2011, il a été l’un des rares à leur rendre visite alors que leur résidence présidentielle était bombardée par les forces d’Alassane Ouattara. Arrêté à leurs côtés, il a été jugé lors du procès en assises de 84 pro-Gbagbo, en 2015, pour leur rôle dans la crise postélectorale de 2010-2011.

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