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Mali : alliés politiques, proches… Qui épaule le Premier ministre Choguel Maïga ?

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Mis à jour le 13 juin 2021 à 17:34

La garde rapprochée de Choguel Maïga.

Avant d’accéder au cœur du pouvoir, le chef du gouvernement s’est entouré d’hommes aux parcours politiques très différents, dont certains ont été nommés ministres le 11 juin.

 

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Nommé Premier ministre le 7 juin dernier, Choguel Kokalla Maïga, 63 ans, vient sans doute de remporter la plus grande victoire de sa carrière politique. Souvent décrit comme intransigeant, voire clivant à cause de ses prises de positions, cet animal politique devra désormais troquer son costume d’opposant au sein du Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) pour se montrer plus rassembleur.

Il pourra compter sur sa parfaite connaissance de l’échiquier politique malien puisque tout au long de sa carrière, le nouveau chef du gouvernement a travaillé avec les différents régimes. S’il se revendique de Moussa Traoré, il a été ministre de l’Industrie et du Commerce de Amadou Toumani Touré (ATT) puis, de l’Économie numérique, de l’Information et de la Communication d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK).

Au cours des huit prochains mois de la transition, Choguel Maïga aura la lourde tâche de réconcilier les maliens, qui ne fondent plus beaucoup d’espoir en leurs dirigeants. Il devra également organiser des élections « libres et transparentes. »

Selon de nombreux observateurs de la vie publique malienne qui l’ont fréquenté, « Choguel n’a pas de véritables amis en politique », mais le Premier ministre pourra compter sur ses alliés, des alliés de circonstance, majoritairement issus du M5.

Professeur à l’Université des sciences politiques et juridiques de Bamako (USJPB), Ibrahima Ikassa Maïga est présenté comme le bras droit de Choguel Maiga au sein du M5. C’est à ses côtés que le 9 juin, le président du comité stratégique du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) a rencontré pour la première fois dans son nouveau costume de Premier ministre, Goodluck Jonathan, médiateur de la Cedeao au Mali.

Le rapprochement entre les deux hommes s’est fait de manière progressive au sein du M5-RFP, où Ibrahim Ikassa Maïga a désormais le rôle de coordinateur national. Orateur reconnu par ses pairs, Ibrahima Ikassa est un atout de poids pour le nouveau Premier ministre, car il appartient à l’une des plus grandes formations politiques du pays.

Il est le troisième adjoint au secrétaire chargé de la justice et des institutions au sein de l’Union pour la république (URD), parti longtemps présidé par Soumaïla Cissé, jusqu’à son décès en décembre 2020.

Il a été nommé le 11 juin ministre de la Refondation de l’État, chargé des Relations avec les Institutions.

À 64 ans, Mountaga Tall a une longue carrière politique derrière lui. Candidat malheureux à l’élection présidentielle de 1992 à seulement 35 ans, il se représentera en 2002 où il essuiera un autre échec. Progressiste, il est le fondateur du Comité national d’initiative nationale, l’association politique qui a été la première à demander ouvertement l’instauration du pluralisme démocratique au Mali.

Mountaga Tall fut un fervent opposant à Moussa Traoré (décédé en 2020), auquel Choguel vouait un culte. Entre cet enfant de Ségou et le Premier ministre malien, s’est écrit une histoire d’alliances de circonstances nouées au gré des opportunités.

Déjà en 2002, les deux hommes s’étaient rapprochés de l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema-PASJ), la formation au pouvoir, afin d’affaiblir Ibrahim Boubacar Keïta, alors président du perchoir. Fort de cet accord, le Rassemblement pour le Mali (RPM) de ce dernier a perdu tous ses postes au sein du bureau de l’Assemblée. IBK s’y est retrouvé isolé et confronté à un climat pour le moins hostile à son égard.

Bis repetita en 2020, leur alliance au sein du M5 ayant contribué à la chute du président IBK. Si l’on dit que les deux hommes ne s’apprécient guère, ils mettent à chaque fois de côté leur rivalité pour arriver à leurs fins. À tel point qu’aujourd’hui, commente un observateur, « Choguel ne peut rien faire sans Mountaga, et vice-versa ».

Au fil du temps, Jeamille Bittar s’est imposé comme un allié incontournable du M5, en devenant lui aussi porte-parole du mouvement, après le départ de certains piliers comme Issa Kaou Djim. Il y a consolidé sa place, après le divorce entre la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS) et le M5. Cet homme d’affaires aguerri a en effet proposé au mouvement de mettre à sa disposition les locaux de l’une de ses entreprises à Sogoniko – le M5 en a ensuite fait son siège.

Tout au long de sa carrière, cet ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali et du Conseil économique et social a su allier business et politique. Il a un temps appartenu à la famille politique d’Amadou Toumani Touré, en occupant le siège de premier vice-président du Parti pour le développement économique et social (PDES) puis, en devenant candidat du parti lors de l’élection présidentielle de 2013. Aujourd’hui, Bittar marche sur les pas de Choguel Maïga chez qui il dîne régulièrement.

Ancien ambassadeur du Mali en Mauritanie, il est sans aucun doute le « monsieur diplomatie » de l’entourage du nouveau Premier ministre. Il a lui aussi a assisté à la première rencontre entre l’ancien président du Nigeria Goodluck Jonathan et le Premier ministre Choguel Maïga.

Les deux hommes se sont rencontrés il y a plus d’un an au sein du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) – un regroupement de partis politiques issus de l’opposition – d’abord présidé par Soumaïla Cissé. Il fut très proche du président de l’URD, dont il a activement soutenu la libération.

Le 11 juin, il a été nommé conseiller spécial de Choguel Maïga.

Mohamed Lamine Haidara dit « Mao » est sans nul doute l’un des politiques qui lui est le plus fidèle. « C’est lui qui a façonné Choguel », remarquent certains observateurs.

La relation entre les deux hommes remonte au début des années 1990. En 1994, Mao qui était l’un des plus grands soutiens du jeune Choguel, s’est fait arrêter par le pouvoir en place pour corruption foncière. Choguel Maïga est alors monté au front, pour dénoncer une machination politique visant à éliminer le seul maire de Bamako n’appartenant pas à l’Adema, le parti de la majorité présidentielle.

Celui qui allait devenir Premier ministre a alors appelé à la mobilisation des jeunes dans le quartier de Quinzambougou, situé dans la commune 2, pour demander la libération de son allié.

Après avoir intégré le Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif au Mali, l’imam de Missabougou fut l’un des premiers à en claquer la porte début décembre 2020, estimant que celui-ci ne répondait pas à ses attentes. Ce retrait de ce proche de l’influent Mahmoud Dicko avait par la même occasion conduit à sa démission au sein de la CMAS.

Si, à l’époque, son entrée au CNT avait suscité l’incompréhension chez ses camarades du M5, il s’est depuis de nouveau rapproché du mouvement. Le 4 juin dernier, c’est lui qui a dirigé la prière à l’occasion du rassemblement célébrant le premier anniversaire de la contestation menée par le M5-RFP. Sa proximité avec Choguel Maïga lui a valu d’être nommé le 11 juin, ministre délégué chargé de l’Action humanitaire auprès du ministre de la Santé.