Arts

« Zone franche », l’exposition qui se joue des frontières à l’Institut des cultures d’islam de Paris

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Mis à jour le 18 juin 2021 à 12h01
Figures 1937, Lignes télégraphiques et sous-marines, œuvre de Malala Andrialavidrazana

Figures 1937, Lignes télégraphiques et sous-marines, œuvre de Malala Andrialavidrazana ©

Jeu vidéo transfrontalier, nouvelle monnaie, cartes mentales… Jusqu’au 1er août 2021, l’Institut des cultures d’islam propose de pénétrer dans une zone franche africaine en plein cœur de la capitale française.

À l’heure où le franc CFA disparaît et où le continent se mondialise, l’Institut des cultures d’islam (ICI) propose une Zone franche enclavée dans le 18arrondissement de Paris. Les commissaires de cette exposition visible jusqu’au 1er août 2021 se sont inspirés de la zone franche Tanger Med, au Maroc, dont les 350 hectares concentrent l’activité économique de la ville. Les collectifs Think Tanger et l’organisation Doual’art se sont associés à Bérénice Saliou, de l’ICI, pour créer un espace autonome ayant sa propre monnaie.

Le plasticien sénégalais Mansour Ciss propose aux visiteurs d’adopter l’Afro, une monnaie panafricaine dont l’unité vaut deux euros : le visiteur peut s’en procurer dans un bureau de change installé à l’entrée de l’exposition.

Bérénice Saliou précise que « cette monnaie permet de régler un café au restaurant de l’ICI, et aussi certains achats dans les commerces du quartier ». L’artiste envisage également de diffuser une carte de crédit universelle et panafricaine. Il a déjà réalisé les spots publicitaires qui vantent ses mérites.

Visas et contrôles douaniers

Modernité galopante et économie traditionnelle se croisent sans cesse dans l’exposition, par exemple lorsque les dessins du Burkinabè Saïdou Dicko répondent aux tableaux du Camerounais Jean-David Nkot. Le premier illustre délicatement la vie des pasteurs nomades de son pays confrontés à la pollution plastique, le second peint des ouvriers du BTP qui traversent le continent de Douala à Agadez en quête d’un laissez-passer. Dans son jeu vidéo Road to Schengen, le Marocain Salim Bayri utilise ce même thème, mais avec humour : « Le visiteur y incarne un personnage qui doit attraper un visa pour l’Europe en sautant, tout en évitant les obstacles sur sa route », explique Bérénice Saliou.

Salifou Lindou expose des tapis de prière sous des théières en plastique d’où sortent des chants africains

Frontières, visas, contrôles douaniers : autant de thèmes présents dans la vidéo de la Franco-Marocaine Randa Maroufi, qui reconstitue la limite entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta. « L’artiste est fille de douanier. Elle a réalisé ce plan-séquence avec les femmes qui font de la contrebande chaque semaine avec Ceuta », explique la directrice artistique.

Œuvre de Mariam Abouzid Souali

L’accélération de l’économie africaine provoque des contrastes saisissants : les photographies de Tanger de Hicham Gardaf montrent la manière dont des nouveaux bâtiments créent des « espaces d’exclusion par leur émergence spontanée », développe la commissaire camerounaise Marilyn Douala Manga Bell. Quant à Salifou Lindou, il expose des tapis de prière sous des théières en plastique coloré d’où sortent des chants africains traditionnels : les premiers viennent désormais de Chine, seuls les airs restent locaux.

Car l’Afrique vit au rythme de la mondialisation, comme l’illustrent les installations de Smaïl Kanouté. Ce sont des cartes mentales de villages maliens de la région de Kayes, où les ficelles de couleur relient les familles et les domiciles selon les mariages, les filiations et les exils en France. Marilyn Douala y voit « des attaches, des généalogies nouvelles, des galaxies de relations  » et un « entremêlement », métaphore de l’exposition. Dans un continent ultraconnecté, que deviendront les caravanes de dromadaires dont Mohamed Aredjal a fixé les traces sur le papier et dans le plâtre ? Face à cette œuvre très poétique, la question reste entière.

Affiche de l’exposition Zone Franche à l’Institut des cultures d’islam, 56 rue Stephenson et 19 rue Léon, à Paris, jusqu’au 1er août 2021

Affiche de l’exposition Zone Franche à l’Institut des cultures d’islam, 56 rue Stephenson et 19 rue Léon, à Paris, jusqu’au 1er août 2021 © DR

 

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