Cinéma

L’animation africaine sur les traces de Pixar

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Mis à jour le 18 juin 2021 à 17h53
Lady Buckit and the Motley Mopsters, réalisé par Adebisi Adetayo à partir d’une histoire de Stanlee Ohikhuare et d’un scénario d’Ayo Arigbabu

Lady Buckit and the Motley Mopsters, réalisé par Adebisi Adetayo à partir d'une histoire de Stanlee Ohikhuare et d'un scénario d'Ayo Arigbabu © Hot Ticket Productions

En Afrique, l’univers du dessin animé entre en ébullition. Illustration avec le succès de la série « Kenda », coproduit avec la société ivoirienne iMotion, et le long-métrage nigérian « Lady Buckit and the motley mopsters » (LBMM), diffusés par Trace.

Les élections des délégués commencent dans l’école de Kenda… La petite fille et ses amis vont-ils choisir Gros Jules, qui leur offre des biscuits fourrés à la fraise (« sans arrière-pensée »), triche et fait circuler des rumeurs, ou bien vont-ils lui préférer l’intègre Adamo ? Réponse sur les chaînes du groupe Trace, qui co-produit cette série d’animation avec la société ivoirienne iMotion de Stéphane Mendonça. Le dessin animé (15 épisodes de 5 minutes chacun) a été sélectionné au prestigieux festival spécialisé d’Annecy. Un autre projet diffusé par la chaîne, Lady Buckit and the motley mopsters (LBMM), un long-métrage d’animation nigérian du réalisateur Adebisi Adetayo, fait également partie de la sélection.

De plus en plus de professionnels

Cette entrée remarquée témoigne de l’ébullition dans le monde de l’animation africaine. Des réseaux (African Animation Network, basé à Johannesburg…), des festivals (Accra Animation Film Festival, Festival du film d’animation d’Abidjan, Fupitoons festival…) et de plus en plus de professionnels émergent sur le continent. Tandis que les géants du secteur, comme Pixar, s’offrent les services d’animateur locaux pour la production de leurs films.

La série d’animation « Kenda », réalisée par Stéphane Mendonça

La série d’animation « Kenda », réalisée par Stéphane Mendonça © IMOTION, Stéphane MENDONÇA, TRACE STUDIOS, Betty SULTY-JOHNSON

Les contraintes sont néanmoins nombreuses sur ce marché émergent. « Faire de l’animation, c’est compliqué, où qu’on se trouve, souligne le PDG du groupe Trace, Olivier Laouchez. Il faut pouvoir s’appuyer sur des personnes très spécialisées dans leur métier, avoir recours à des logiciels sophistiqués… Or sur le continent, il y a malheureusement encore trop peu de personnes formées, et pas de « hubs », des écosystèmes regroupant les talents, même si ça bouge au Kenya, au Nigeria, en Afrique du Sud ou en Côte d’Ivoire. »

Les Africains veulent voir et écouter des productions locales, pas des vidéos plus léchées qui viennent d’ailleurs

Ce marché émergent pâtit également d’un manque de financement et de structuration. « Il ne faut pas oublier que la durée de développement d’un film d’animation est très longue, et qu’il coûte cher, remarque Olivier Laouchez. Même fabriquer une bande-annonce de quelques minutes se chiffre en dizaines de milliers d’euros ! En Afrique, peu de producteurs peuvent mettre autant d’argent sur la table. »

Soif d’histoires locales

Le PDG, transparent, a accepté de dévoiler les budgets des films en compétition : 43 000 euros pour Kenda, et environ 655 000 euros pour le long Lady Buckit and the motley mopsters. Des sommes importantes, mais sans comparaison avec celles de blockbusters comme ceux de Disney : environ 123 millions d’euros l’unité. Évidemment, la qualité des productions s’en ressent. Kenda s’en tire bien en misant sur de la 2D animée, modeste mais maîtrisée. Lady Buckit, en 3D, pâtit de couleurs criardes, d’animations imprécises et de doublages parfois saturés.

Reste que ces productions ciblent juste. « Il y a d’abord une soif d’histoires locales, note Olivier Laouchez. L’attente du public est moins sur la qualité de l’image que sur celle de la narration. Je me souviens que lorsqu’on a commencé à proposer des clips africains, on nous disait que ça ne tiendrait pas la route. Aujourd’hui, 95 % des clips consommés par notre public sont africains, c’est ça que les gens d’ici veulent voir et écouter, pas des vidéos plus léchées qui viennent d’ailleurs. »

Enfin, même si les temps de production et les coûts sont bien supérieurs que ceux des fictions classiques, les films d’animation présentent de nombreuses avantages. « Il est plus simple de produire un même contenu pour plusieurs territoires, il suffit de changer les voix off… note le PDG. Et les œuvres d’animation ont une durée de vie plus longue. Elles paraissent moins datées que d’autres œuvres audiovisuelles. » Rendez-vous dans dix ans pour regarder à nouveau Kenda !

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