Politique

Algérie – Législatives : les « indépendants » roulent-ils pour Tebboune ?

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Mis à jour le 10 juin 2021 à 16:47

Aux législatives, Alger a la plus grande circonscription du pays, avec 34 sièges de députés à pourvoir sur 407.

Le président Tebboune affirme ne chercher l’appui d’aucune entité partisane. Des listes indépendantes se sont pourtant structurées autour de son projet de réforme institutionnelle, dans la perspective du scrutin législatif du 12 juin 2021.

Le nombre inédit de listes indépendantes en lice pour le scrutin législatif du 12 juin 2021 va-t-il reconfigurer la prochaine Assemblée nationale, traditionnellement dominée par les partis politiques alliés de la présidence ? L’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) a validé 1 253 listes d’indépendants contre 1 237 autres de diverses formations politiques. Pour le scrutin législatif de 2017, la même instance avait retenu moins de 800 listes d’indépendants.

L’émergence de la « société civile » dans la course électorale fait écho au discours présidentiel en faveur de la jeunesse. Les amendements de la loi électorale prévoient d’ailleurs des aides financières et logistiques aux indépendants et aux jeunes comme l’accès gratuit aux salles pour leur campagne. Ainsi, 460 millions de dinars (2,81 millions d’euros) ont été globalement octroyés à 1 548 candidats indépendants au titre des aides destinées aux postulants de moins de 40 ans, selon le président de l’Anie, Mohamed Charfi.

Députés de père en fils

Reste à voir si le fonctionnement de l’Assemblée nationale, qui a la réputation d’une chambre d’enregistrement des directives présidentielles et gouvernementales, en sera réellement bouleversé.  Lesdites listes d’indépendants comptent en effet de nombreux militants et cadres des partis de l’ex-alliance présidentielle, dont certains des anciens chefs sont détenus ou en exil dans le cadre des affaires de corruption et de dilapidation de deniers publics.

L’ex-député et membre du comité central du Front de libération nationale (FLN), Mohamed Lefki, est ainsi à la tête d’une liste indépendante à Tizi-Ouzou. Dans la circonscription, il est en compétition avec onze partis politiques… dont le FLN et le RND (Rassemblement national démocratique) d’Ahmed Ouyahia, l’ex-Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika.

La course électorale prend parfois des allures de jeu des sept familles

C’est le cas également d’Abdelkader Haddouche, ancien militant du FLN, natif d’Aïn Defla, enseignant universitaire d’électronique et de génie électrique, se présentant en candidat indépendant devant la diaspora algérienne du sud de la France. Ce ne sont que deux cas d’une longue série de membres des formations politiques qui gravitaient autour d’Abdelalziz Bouteflika.

La course électorale prend parfois des allures de jeu des sept familles. Quand les pères se heurtent à la disposition de la loi électorale qui interdit la candidature de ceux qui ont déjà exercé deux mandats parlementaires (consécutifs ou non), ils propulsent leur progéniture.

Le fils de l’ancien président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Aboudjerra Soltani, brigue un mandat de député sur une liste indépendante. Les enfants de Abdelkader Bengrina, président du parti islamiste El-Bina, ainsi que ceux des cadres dirigeants du FLN Sadek Bouguettaya et Ahmed Boumahdi figurent sur celles de leurs formations politiques respectives, à Alger.

Majorité islamiste ?

Pour exploiter l’affaiblissement des partis du pouvoir (essentiellement le FLN et le RND), déboussolés par le démantèlement de l’ancien régime, les mouvements islamistes ont fréquemment recours à des candidats non militants et sans expérience politique.

Les indépendants arriveront-ils à rafler la mise pour former une coalition de soutien au programme présidentiel ?

Des journalistes, des présentatrices de télévision ou des universitaires se trouvent ainsi en tête d’affiche. Ainsi, 65 % des candidats du Mouvement El-Bina pour les prochaines élections législatives, ne sont pas des militants du parti, soutient ainsi Abdelkader Bengrina. Quant au MSP, il compte 330 candidats non militants sur 584.

À deux jours du scrutin législatif, il demeure difficile de prédire la composante majoritaire de la nouvelle Assemblée nationale. Sera-t-elle constituée des partis islamo-conservateurs tels que El-Bina, le Front de la justice et du développement de Djaballah, le mouvement El-Islah de Filali Ghouini et le MSP d’Abderrazak Makri ainsi que des partis émergents tels que Jil Jadid de Soufiane Djilali et le Front El-Moustakbal d’Abdelaziz Belaïd ?

Ou les indépendants arriveront-ils à rafler la mise pour former une coalition de soutien au programme présidentiel ? Une seule certitude : la chambre basse du Parlement algérien sera dépourvue des partis de l’opposition qui boycottent le scrutin législatif, considérant qu’il ne constitue pas une solution à la crise multidimensionnelle que vit le pays.