Société

Maroc – Tourisme : confiance retrouvée, saison sauvée ?

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Par - À Casablanca
Mis à jour le 13 juillet 2021 à 12:34

À Marrakech, le 6 mai 2021, la célèbre place Jemaa El Fna n’a pas encore retrouvé ses touristes. © FADEL SENNA/AFP

Les professionnels ont peaufiné leur stratégie pour être au top des destinations à même d’accueillir des visiteurs en toute sécurité dès la réouverture des frontières et la reprise du trafic aérien, le 15 juin 2021. Pour un secteur qui vit sous perfusion depuis quinze mois, l’enjeu est de taille.

Début juin 2021, dans un hôtel 4 étoiles de Marrakech. Les quelques Marocains en séjour d’affaires dans l’établissement observent un petit groupe de jeunes touristes américains comme s’il s’agissait d’extraterrestres. « Les gwers [étrangers] nous manquent. Ces Américains sont les premiers que l’on voit débarquer depuis six mois. Durant cette période, sans les touristes de Casa et de Rabat qui venaient, malgré toutes les restrictions de déplacement entre les villes, nous aurions été encore en chômage technique », explique Aziz, un serveur qui a dû rester plusieurs mois en arrêt de travail, se contentant d’une aide substantielle de 2 000 dirhams (environ 185 euros) versée par l’État, au gré de la situation de la trésorerie publique.

Dès la première semaine de juin, qui semble bel et bien avoir ouvert la « saison 2021 », les autorités ont décidé de faire sauter quelques verrous de l’état d’urgence sanitaire (maintenu jusqu’au 10 juillet), redonnant l’espoir à Aziz et à quelque 500 000 de ses confrères marocains travaillant dans le secteur. À l’instar d’autres pays à travers le monde, le royaume a commencé à rouvrir progressivement son ciel dès le 15 juin. Une liste restrictive a été fixée, selon laquelle 72 États ne sont pas concernés par les mesures d’allègement, lesquelles sont, en revanche, valables pour les autres pays, dont les ressortissants peuvent donc entrer sur le territoire marocain, sur présentation d’un passeport de vaccination ou d’un test PCR négatif de moins de quarante-huit heures.

Opération Marhaba

En parallèle, le pays a rendu public les grandes lignes du dispositif mis en place pour accueillir ses ressortissants installés à l’étranger et qui n’avaient pas pu se rendre au pays pendant l’été 2020. Depuis la mi-juin, des routes maritimes sont à nouveau opérationnelles pour les Marocains résidant à l’étranger (MRE), dont les hôteliers marocains attendent la venue « en masse » dans le cadre de l’opération Marhaba 2021. Quant aux touristes locaux, les restrictions de déplacement interurbain ont, par ailleurs, été définitivement levées pour les dix millions de Marocains qui ont déjà reçu leur double dose de vaccin.

Le royaume inspire confiance aux touristes, dont le désir de voyager est devenu encore plus fort

« Nous commençons à voir le bout du tunnel ! Nous allons enfin pouvoir déployer notre plan axé sur la résilience, la relance et la réinvention de notre produit touristique », se félicite Hamid Bentaher, le président du centre régional du tourisme (CRT) de Marrakech. Selon lui, le royaume pourra tirer profit de cette saison estivale, sachant qu’il a gagné en crédibilité avec sa gestion efficiente de la crise sanitaire et la conduite exemplaire de la campagne de vaccination. « Le royaume inspire confiance aux touristes, dont le désir de voyager est devenu encore plus fort », assure-t-il.

Promouvoir au mieux la destination Maroc

Les organismes publics ont également profité de cette période de crise pour peaufiner une stratégie plus appropriée afin de promouvoir au mieux la destination Maroc. Un nouveau dispositif marketing a été annoncé, en mai, pour permettre la relance du secteur. « Nous avons effectué un travail de fond sur de nombreux fronts, tels que les études de marché, la stratégie des marques ou la stratégie produit, afin de mettre en place les outils idoines pour la reprise », expliquait fin avril Adel El Fakir, le directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) en dévoilant la nouvelle architecture de marques spécifiques à chaque catégorie de clientèle.

En plus de la marque historique Visit Morocco, pour la promotion de la destination auprès des touristes étrangers, qui a été remise au goût du jour, ont été créées l’opération « Ntla9awfbladna » (« On se retrouve dans notre pays »), destinée aux touristes marocains – locaux et MRE -, ainsi qu’une plateforme institutionnelle ONMT, avec une nouvelle identité visuelle, pour les interactions avec l’écosystème professionnel et institutionnel. Par ailleurs, une grande campagne de communication a été lancée au niveau national dès le mois de mai, suivie par une campagne internationale ciblée, déployée au fur et à mesure que le ciel marocain s’ouvre de nouveau.

Contrôle scanner des passagers et des bagages à l’aéroport international Mohammed-V de Casablanca.

Contrôle scanner des passagers et des bagages à l’aéroport international Mohammed-V de Casablanca. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Encore besoin de soutien

Avec tout ce dispositif, les opérateurs espèrent une bonne saison estivale qui permettrait d’atténuer les dégâts causés par la crise. Rien que sur le premier trimestre 2021, les revenus du secteur ont dégringolé de près de 70 %, selon les statistiques de la direction des études et des prévisions financières du ministère des Finances. Ce qui équivaut à des pertes sèches de l’ordre de 12 milliards de dirhams.

Même après le démarrage des activités, les entreprises du secteur continueront d’avoir besoin du soutien de l’État. La Confédération nationale du tourisme (CNT), comme le nouveau collectif créé, demande la prorogation du mécanisme de l’indemnité forfaitaire et des mesures de soutien jusqu’à trois mois au moins après la levée de l’état d’urgence sanitaire. « Idéalement, il faut maintenir ces mesures d’accompagnement jusqu’à une reprise de 50 % du trafic aérien », souligne Hamid Bentaher. Les professionnels demandent également la prolongation des reports de crédits et de traites pour l’ensemble des employés du secteur. « Ce, d’autant que certaines banques ne respectent pas leurs engagements de reports. Plusieurs de nos salariés se sont vu prélever de leurs comptes l’aide de 2 000 dirhams versée par les pouvoirs publics », confie un hôtelier de Marrakech.

Un retour à la situation de 2019 ne sera pas possible dès cette année

La ministre du Tourisme, Nadia Fettah Alaoui, en est particulièrement consciente : il faudra du temps pour que le secteur se remette définitivement de cette crise. Selon elle, un retour à la situation de 2019 ne sera pas possible dès cette année. Pour l’heure, il est juste question de sauver les meubles du mieux que possible, en espérant que la situation sanitaire ne se dégrade pas à nouveau.