Économie

Bière : en rachetant Distell, Heineken veut étendre son empreinte africaine

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Mis à jour le 10 juin 2021 à 15:00

Heineken serait en négociation avec Distell, le deuxième plus grand producteur de cidre au monde.

Le brasseur néerlandais Heineken a annoncé être en discussion avec le sud-africain Distell pour racheter la majorité de ses activités. Une acquisition qui devrait nourrir ses ambitions continentales.

Avec le solide portefeuille de Distell – cidres et spiritueux haut de gamme – dans d’autres régions d’Afrique, Heineken pourrait bénéficier d’une bonne distribution sur des marchés où il était peu présent.

Distell, dont le siège est au Cap, est le deuxième plus grand fabricant de cidre au monde, tandis que Heineken est le deuxième plus grand brasseur de bière mondial et occupe la première place en Europe. En outre, Remgro et la Public Investment Corporation – le gestionnaire d’actifs de l’État et le plus grand gestionnaire d’actifs d’Afrique – détiennent respectivement 56 % et 20,3 % des droits de vote dans Distell.

D’après les analystes, ces discussions réaffirment l’engagement de Heineken en Afrique du Sud et sur le reste du continent. Aussi, elles témoignent de la volonté du brasseur néerlandais de renforcer sa position sur le marché et enfin, du souhait de Heineken de développer son offre haut de gamme.

Trouver une croissance ailleurs qu’en Europe et en Amérique du Nord

En effet, grâce à des synergies de portefeuille de produits dans le reste de l’Afrique, où Distell domine – il détient 20 % des parts de marché au Kenya –, Heineken doit encore percer sur certains marchés.

« Ils [Heineken] sont très engagés sur le continent africain, en particulier en Afrique du Sud. En fonction de ce qu’ils vont acquérir, cela pourrait être intéressant car ces marchés sont généralement considérés comme des marchés où la ‘premiumisation’ est encore relativement faible », commente un analyste travaillant aux Pays-Bas.

En terme de consommation par habitant, « il y a des points positifs », poursuit l’analyste. « En ce sens, les acquisitions ou les transactions dans ce type de régions sont toujours les bienvenues, car la croissance ne se situe pas en Europe occidentale ou en Amérique du Nord, mais ailleurs. »

Litige avec le sud-africain SABMiller

D’après Wim Hoste, le directeur exécutif de la recherche chez le belge KBC Securities,  « Heineken est beaucoup beaucoup plus petit localement que le leader du marché, SABMiller [racheté en 2015 par ABInBev], avec lequel il avait un accord de distribution jusqu’en 2007 ».

Cet accord a pris fin brusquement lorsque Heineken a porté plainte contre le brasseur sud-africain devant la chambre de commerce internationale, suite à l’acquisition par cette dernière d’un brasseur sud-américain – une transaction compromettait ses intérêts à l’international.

Finalement, Heineken est sorti vainqueur et a mis fin – avec effet immédiat, à la suite d’une sentence arbitrale – à un accord de licence de quarante ans avec SABMiller pour la distribution de la marque de bière Amstel, qui représentait 9 % du marché sud-africain de la bière. Cette fin de contrat a coûté à SABMiller 80 millions de dollars de manque à gagner.

Distell, le choix de la diversification

Par la suite, Heineken a construit – avec l’entreprise anglaise Diageo –  sa propre installation de brassage d’une valeur de sept milliards de rands (519 millions de dollars) à Sedibeng au sud de Johannesburg.

« Heineken a dû se débrouiller seul et vendre sa propre marque », a déclaré le directeur exécutif de la recherche Wim Hoste. « Elle est principalement active dans le segment premium. C’est un petit acteur face au puissant leader du marché. »

« Heineken voit probablement en Distell une opportunité de renforcer sa position sur le marché global des boissons en Afrique du Sud, et également pour obtenir plus de voies d’accès au marché continental », a poursuivi Wim Hoste.

Pour l’analyste au Crédit Suisse Sanjeet Aujla, « Nous pensons qu’une transaction potentielle est cohérente avec le changement stratégique du nouveau PDG Dolf van den Brink, qui souhaite s’engager davantage dans d’autres catégories que la bière, et renforcer son portefeuille et son accès au marché en Afrique. »

50 % de volumes en plus

Le portefeuille de cidres et de autres boissons de Distell en Afrique du Sud serait complémentaire du portefeuille existant de bières et de cidres de Heineken, et produirait des synergies de revenus et de coûts, selon l’analyste au crédit suisse.

Avec des portefeuilles complémentaires, un accord entre Heineken et Distell serait extrêmement favorable en termes de revenus et de coûts.

« Nous estimons que les volumes d’Heineken en Afrique du Sud augmenteraient de plus de 50 % pour atteindre 11 [hectolitres], ce qui porterait sa part de marché à 30 % (contre 18 % en 2019), ce qui en ferait un concurrent plus fort du leader du marché ABI. Les marques de cidre de Distell pourraient également avoir un attrait international, renforçant le portefeuille mondial de cidre de Heineken » , a déclaré Sanjeet Aujla.

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Selon l’analyste du crédit Suisse, Distell est estimé à 2,9 milliards d’euros sur la base d’une prime de 30 % au cours de l’action de la société. Il a également prédit une transaction financée par la dette, qui représentait 5 % du bénéfice par action, avec des frais d’intérêt de 1 %.

« Nous mettons en garde contre le fait que Remgro, l’actionnaire de contrôle à long terme de Distell, pourrait préférer des actions plutôt que du cash dans une transaction potentielle », a déclaré Aujla.