Politique

Mali : Assimi Goïta prête serment et tente de rassurer la communauté internationale

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Mis à jour le 08 juin 2021 à 09h12
Assimi Goïta avait troqué son habituel treillis pour l’uniforme de commandant du bataillon autonome des forces spéciales et des centres d’aguerrissement

Assimi Goïta avait troqué son habituel treillis pour l'uniforme de commandant du bataillon autonome des forces spéciales et des centres d’aguerrissement © Nicolas Remene / Le Pictorium

Le chef de la junte qui a successivement renversé Ibrahim Boubacar Keïta et Bah N’Daw a prêté serment ce lundi 7 juin à Bamako. Il devient officiellement le nouveau président de la transition.

Pour sa prestation de serment, ce lundi 7 juin, Assimi Goïta avait troqué son habituel treillis pour l’uniforme de commandant du bataillon autonome des forces spéciales et des centres d’aguerrissement (BAFS-CA). Le second est plus formel que le premier, mais c’est bien en chef militaire qu’il a accédé, à la mi-journée, à la plus haute fonction de l’État malien.

Inconnu des sphères politiques il y a encore un an, le colonel Assimi Goïta a été officiellement investi président de la transition par le président de la Cour suprême malienne, Wafi Ougadèye Cissé, devant un parterre de diplomates, de membres du Conseil national de la transition (CNT) et d’officiers. « Je jure de préserver le régime républicain, de respecter et faire respecter la charte de la transition », a juré cet officier qui, à 38 ans, a renversé les deux derniers régimes en place.

Une assemblée de militaires

Dans l’assistance, au premier rang, Choguel Maïga, figure de proue du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), qui allait officiellement devenir Premier ministre quelques heures plus tard en remplacement de Moctar Ouane. À ses côtés, d’anciens membres de la junte qui a renversé Ibrahim Boubacar Keïta en août dernier, dont le colonel-major Ismaël Wagué, un temps porte-parole des putschistes ; le colonel Malick Diaw, président du CNT ; mais aussi les colonels Sadio Camara et Modibo Koné, dont l’éviction du précédent gouvernement a mené au renversement du président Bah N’Daw, à la fin du mois de mai.

Un symbole fort, pour réaffirmer sans laisser aucune place au doute que ce sont bien les militaires qui sont au pouvoir aujourd’hui au Mali. Depuis le renversement de Bah N’Daw et de Moctar Ouane le 24 mai, le Mali a été successivement suspendu des instances de la Cedeao et de l’Union africaine (UA), qui exigent la nomination d’un Premier ministre civil et la tenue d’élections démocratiques à la date prévue, à savoir en février 2022.

Certains peinent encore à croire qu’il soit le véritable instigateur de ces soubresauts politiques

Promesses du chef

Au pupitre, le nouveau chef de l’État s’est voulu rassurant. « Le Mali va honorer l’ensemble de ses engagements », a-t-il insisté à l’attention des organisations sous-régionales et de la communauté internationale, promettant le respect de la charte de la transition et « l’organisation d’élections crédibles, justes et transparentes aux échéances prévues ».

Aux partenaires du Mali sur le plan militaire, il a également exprimé sa « gratitude et [son] attachement à la solidarité internationale » – un message qui fait écho à la récente décision de la France de suspendre « à titre conservatoire » ses opérations militaires conjointes sur le territoire. Aux Maliens, il a promis unité, dialogue social et changement de gouvernance, s’engageant notamment à réduire de deux tiers le fonds de souveraineté du président, qui s’élève annuellement à 1,8 milliard de franc CFA.

Assimi Goïta entouré de membres de la Cour suprême lors de son investiture à Bamako, le 7 juin 2021

Assimi Goïta entouré de membres de la Cour suprême lors de son investiture à Bamako, le 7 juin 2021 © Nicolas Remene / Le Pictorium

Goïta « placé là » ?

Si les soutiens d’Assimi Goïta, à l’instar du 4e vice-président du CNT, Issa Kaou Djim, ont acclamé « l’homme fort qui a pris ses responsabilités pour répondre à la volonté des Maliens »  et salué « le nouvel ATT [Amadou Toumani Touré, ancien président] », certains peinent encore à croire que ce colonel éminemment discret, dont les proches assuraient il y a quelques mois encore qu’il ne voulait pas rester au pouvoir, soit le véritable instigateur des soubresauts politiques qui ont secoué le pays depuis août dernier et qui l’ont placé à la tête du pays.

En coulisses, plusieurs sources croient ainsi savoir qu’Assimi Goïta pourrait avoir été « placé là » par d’autres acteurs qui « attendraient leur tour », sans pour autant en apporter la preuve. Taiseux et mal connu du grand public, le colonel Assimi Goïta jouit toutefois d’un important CV sur le terrain. De 2002 à 2014, il est passé notamment par Gao, Ménaka, Kidal, Tessalit ou encore par le Darfour, au Soudan, avant d’intégrer les forces spéciales dont il est devenu commandant en 2019.

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