Politique économique

Maroc : pourquoi l’économie ne s’est pas effondrée

Réservé aux abonnés | | Par - À Casablanca
Mis à jour le 20 juillet 2021 à 11h59
Laboratoire de l’école de codage « 1 337 » de Khouribga (centre), un campus ultramoderne pour les génies de l’informatique et des IT.

Laboratoire de l'école de codage « 1 337 » de Khouribga (centre), un campus ultramoderne pour les génies de l'informatique et des IT. © FADEL SENNA / AFP

Si l’impact de la pandémie et la récession ont été particulièrement sévères au Maroc, 2021 offre déjà de belles perspectives de reprise, en particulier dans ses secteurs clés.

En 2020, le royaume a été confronté à la pandémie de Covid-19, qui a, entre autres, tari les revenus liés au tourisme, ainsi qu’à la sécheresse, qui a sérieusement nui aux récoltes. Ce double choc a causé la perte de plus de 430 000 emplois et infligé à l’économie marocaine une sévère récession, de 7 %, alors que la moyenne de croissance s’est établie à – 3,4 % pour la zone Afrique du Nord et Moyen-Orient (Mena). Pourtant, les voyants semblent déjà repassés au vert, avec de belles perspectives de reprise dès cette année 2021.  

Selon les projections publiées début avril dernier par le FMI, l’économie marocaine devrait enregistrer un taux de croissance de 4,5 % en 2021. La prévision de 5,3 % annoncée fin mars par le gouverneur de Bank Al-Maghrib (BAM) est plus optimiste, car elle tient compte d’une saison agricole meilleure que prévu, du bon déroulement de la campagne de vaccination et du maintien de la relance budgétaire. Bien qu’il ait consacré 11 % de son PIB au soutien de l’économie et des ménages et que ses recettes fiscales aient baissé de 15 milliards de dirhams (environ 1,38 milliard d’euros) en 2020, le Maroc a maîtrisé son déficit budgétaire (à – 7,7 % du PIB), ainsi que son équilibre monétaire. 

Pourquoi l’économie nationale ne s’est pas effondrée, alors que tout le monde ou presque s’attendait à un cataclysme ? « La pandémie a montré certaines fragilités du système économique, mais elle a aussi révélé des atouts, notamment la solide capacité de production des Marocains et leur réactivité », souligne Nabil Adel, économiste et fondateur du mouvement politique Maan.

« La transition numérique fonctionne, les chaînes de production n’ont pas été interrompues, l’industrie agro-alimentaire a montré un fort potentiel, le textile aussi avec cette capacité à se réinventer et à fabriquer des masques, par exemple, poursuit-il. On s’attendait à une baisse drastique du PIB, ça n’a pas été le cas. Cela dit, 2020 reste une année blanche. » En effet, les principaux moteurs de croissance du pays ont, quant à eux, été mis à l’arrêt : le tourisme, évidemment, mais également l’automobile et l’aéronautique. « Mais, généralement, ce sont des secteurs qui explosent après de grosses crises », veut croire Nabil Adel.  

Talon d’Achille : la capacité d’exécution

Fort de ces constats, le gouvernement marocain a, dès le mois de septembre 2020, enclenché son plan de relance industrielle 2021-2023, afin de soutenir le tissu industriel, qui, au plus fort de la crise sanitaire, a prouvé qu’il était capable de fabriquer des produits d’aussi bonne qualité, et moins chers, que ceux fabriqués à l’étranger.  

Au cœur de cette stratégie : la substitution aux importations, la préférence nationale et la commande publique. Le ministère de l’Industrie s’est fixé l’objectif de remplacer 34 milliards de dirhams (environ 3,2 milliards d’euros) d’importations par des productions marocaines à l’horizon 2023 (sachant que le total des importations s’élevait à 183 milliards de dirhams en 2019). Ce plan devrait engendrer un potentiel à l’export estimé à 17 milliards de dirhams, mais aussi permettre de créer jusqu’à 100 000 emplois et avoir un impact positif sur la balance commerciale – de l’ordre de 51 milliards de dirhams d’ici à 2023.  

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« En matière de planification, le Maroc est très bon. Le problème, c’est la capacité d’exécution, les moyens mis en place ne cadrant pas toujours avec les objectifs, estime Nabil Adel. Selon plusieurs rapports nationaux et internationaux, globalement, il y a un manque de coordination et d’articulation entre les différents départements ministériels et les administrations. Les investisseurs étrangers se plaignent aussi de la gouvernance et de la lenteur bureaucratique. Si on règle ces problématiques, le pays aura une croissance soutenue. » 

Atouts industriels

Si l’aéronautique a été l’un des secteurs les plus touchés par la pandémie – avec une baisse des exportations de 30 % (soit 4,7 milliards de dirhams) et 1 700 emplois perdus sur 17 500 (soit 10 %, contre 43 % au niveau mondial) –, il a déjà affiché sa résilience. C’est l’occasion pour cette industrie d’opérer une mutation, en engageant sa transition écologique et en attirant de nouvelles opportunités. Confiant, le ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy, a déjà affirmé « que tous les avions dans le monde porteront en eux au moins une pièce marocaine ».

Leader africain de la construction de véhicules pour les particuliers, le pays table aussi sur son secteur automobile, qui a redémarré sur les chapeaux de roues dès janvier 2021. En effet, au début de l’année, Moulay Hafid Elalamy a signé deux protocoles d’accord avec les japonais Sumitomo et Yazaki, qui prévoit la construction de quatre usines, pour un investissement global de 912 millions de dirhams, et la création d’au moins 8 300 emplois. Quant à Renault, le groupe prévoit au Maroc une reprise des activités de 10 % pour 2021, soit la construction de 150 000 véhicules. 

L’industrie agro-alimentaire a également de bonnes perspectives et prévoit une hausse de 10 % des exportations pour l’exercice en cours. De son côté, l’agriculture enregistre d’excellentes récoltes et son taux de croissance devrait avoisiner les 5 % pour 2021. Elle reste cependant le secteur le plus touché par le chômage, avec une perte de 273 000 emplois en 2020, selon les autorités. Le ministère de l’Agriculture a lancé le plan Green Generation 2020-2030, qui donne une grande place à l’agriculture solidaire, aux petits exploitants et aux jeunes du monde rural. Quant au secteur de l’offshoring, il s’est déjà remis de la crise depuis des mois et a généré 13 milliards de dirhams de revenus à l’export en 2020. 

La vigueur de la croissance au Maroc dépendra aussi de facteurs qui ne sont pas strictement économiques, tels que le rythme de vaccination, l’attentisme des réformes à la veille des élections législatives (qui doivent se tenir en septembre prochain), la réouverture des frontières (pour le tourisme) et la dégradation des relations avec des partenaires majeurs, en particulier l’Espagne, premier partenaire commercial. « Le royaume gagnerait d’ailleurs à mieux profiter des accords de libre-échange avec l’Europe », souligne Nabil Adel.

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