Politique

Le Burkina victime de l’attaque la plus meurtrière de son histoire

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 07 juin 2021 à 10h51
Des soldats burkinabè patrouillent lors d’une opération à Gorgadji, dans le nord du pays, en mars 2019.

Des soldats burkinabè patrouillent lors d'une opération à Gorgadji, dans le nord du pays, en mars 2019. © REUTERS/Luc Gnago

Le bilan de l’attaque la plus meurtrière qui a visé dans la nuit de vendredi à samedi le village de Solhan dans le nord-est du pays, est monté à 160 morts.

Au total, « 160 corps ont été inhumés hier (samedi) dans trois fosses communes par les populations locales (…) dont une vingtaine d’enfants », a déclaré un élu de la région. Un bilan confirmé par une autre source locale qui a précisé que « 50 corps ont été enterrés dans chacune des deux fosses communes et 60 corps dans la troisième fossé ».

« Ce sont les populations elles-mêmes qui ont procédé à l’enlèvement et à l’enterrement des corps après les avoir rassemblés et transportés » sur des triporteurs, a ajouté cette source. Un précédent bilan de mêmes sources faisait état samedi soir de 138 morts, le gouvernement évoquant 132 morts et une quarantaine de blessés.

L’élu local a affirmé que « la situation est encore volatile dans la zone malgré l’annonce d’opérations militaires » et que les populations continuent à fuir Solhan » pour les agglomérations proches de Sebba et Dori. « Beaucoup ont tout perdu après l’incendie de leurs biens et de leurs habitations », a-t-il dit.

Solhan est une petite localité située à une quinzaine de kilomètres de Sebba, chef-lieu de la province du Yagha qui a enregistré ces dernières années de nombreuses attaques attribuées à jihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Cette zone est proche des frontières avec le Mali et le Niger.

Les assaillants ont d’abord visé un poste de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des supplétifs civils de l’armée burkinabè, selon des sources locales. Ils s’en sont ensuite pris aux maisons de Solhan et ont exécuté des habitants.

Deuil national

« Face à cette tragédie des forces obscures, un deuil national de 72 heures, à compter de ce jour 5 juin à 00H00 au lundi 7 juin à 23H59, est décrété », a précisé le gouvernement qui affirme que « les forces de défense et de sécurité sont à pied d’oeuvre pour neutraliser ces terroristes et ramener la quiétude au sein des populations ».

Dans un message de condoléances aux familles des victimes, le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré a dénoncé « cette attaque barbare » et « ignoble ». « Nous devons rester unis et soudés contre ces forces obscurantistes », a-t-il ajouté.

 

 « Le massacre doit cesser »

Le chef de l’opposition du Burkina, Eddie Komboigo, a estimé que le massacre des populations « doit cesser sans condition ».

En condamnant samedi cette attaque, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a souligné « la nécessité urgente que la communauté internationale renforce son soutien à l’un de ses membres dans son combat contre la violence extrémiste et son bilan humain inacceptable ».

L’Union européenne (UE) a également condamné « ces attaques lâches et barbares », appelant « à tout mettre en œuvre pour que leurs auteurs répondent de leurs actes ».

Au moins 14 morts dans un autre villages

L’attaque massive de Solhan en a suivi de près une autre, menée tard vendredi soir, sur un village de la même région, Tadaryat, au cours de laquelle au moins 14 personnes ont été tuées.

Ces attaques surviennent une semaine après deux autres attaques dans la même zone faisant quatre tués.

Les 17 et 18 mai, 15 villageois et un soldat avaient été tués lors de deux assauts contre un village et une patrouille dans le Nord-Est du pays.

Les forces de sécurité peinent à enrayer la spirale de violences jihadistes qui ont fait depuis 2015 plus de 1.400 morts et déplacé plus d’un million de personnes, fuyant les zones de violences.

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