Dakar possède le festival de grafiti le plus ancien d’Afrique. ©María Rodríguez/Efe/MAXPPP

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Sénégal : Dakar, la grande métamorphose

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Dakar : Xavier Ricou et la passion du patrimoine

Ancien directeur des travaux à l’Agence nationale des grands travaux, l’architecte goréen Xavier Ricou se désole de voir disparaître certains vieux bâtiments et sites emblématiques de la capitale sénégalaise.

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Par - Envoyée spéciale
Mis à jour le 24 août 2021 à 15:42

L’architecte Xavier Ricou, à Gorée. © DR

Ombragé et arboré, le grand patio de la bâtisse coloniale située rue Félix-Faure, en plein centre de Dakar, est à l’abri de l’agitation du Plateau. Un cadre qui a valu à l’hôtel Saint-Louis-Sun de servir de décor au film Pour Aïcha, réalisé par Oumar Sissoko, au début des années 2000. « J’ai l’habitude de donner mes rendez-vous ici », explique Xavier Ricou, dont le bureau est pourtant à deux pas. Une petite plaque de fer à l’entrée du bâtiment indique que le lieu est classé au patrimoine national. « C’est un grand problème pour le propriétaire », sourit Xavier Ricou.

En effet, les bâtiments classés sont protégés par le ministère de la Culture et leurs propriétaires soumis à certaines règles. Mais jusqu’à quand ? « Désormais, le sol vaut plus cher que les bâtiments qui s’y trouvent », se désole Xavier Ricou. Aussi, en dépit de la protection de l’État et de leur intérêt historique, ces vestiges de l’époque coloniale risquent de disparaître peu à peu du paysage urbain dakarois au profit d’immeubles modernes.

Appétit des promoteurs

Né au Sénégal où il a passé son enfance, ce métis franco-sénégalais de 62 ans est revenu dans son pays natal au début des années 2000. Après avoir participé à l’élaboration du plan de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine à Saint-Louis pour l’Unesco, il a retrouvé Gorée et sa maison familiale. « Je n’envisage pas de vivre ailleurs. Ou alors, si j’habitais à Dakar, il faudrait que j’aie une vue sur l’île. » À son retour, il travaille pendant plus de dix ans en tant que directeur des grands projets d’infrastructures à l’Agence de promotion des investissements et des grands travaux (Apix).

Il rappelle d’ailleurs l’idée un peu folle du président Abdoulaye Wade de construire une nouvelle capitale à Lompoul, à mi-chemin entre Dakar et Saint-Louis. Un projet avorté, que son successeur Macky Sall remplacera par la ville nouvelle de Diamniadio, dont l’emplacement n’a pas les faveurs de Xavier Ricou – il reconnaît toutefois la nécessité de désenclaver la presqu’île du Cap-Vert.

Espoir

Nostalgique de son enfance, quand la ville était encore « aérée », « verte et blanche », l’architecte est amer. « Aujourd’hui, Dakar n’a plus d’âme », regrette-t-il, face au lent délabrement des bâtiments historiques ou à leur démolition. N’eût été la pression foncière et l’appétit des promoteurs, ces constructions pourraient pourtant durer encore bien longtemps, tant leurs solides fondations donnent de la peine à ceux qui s’acharnent à les démolir… mais finissent tout de même par y parvenir.

Certains bâtiments historiques, comme la gare de Dakar, l’hôtel de ville, ou la maison de l’ancien président Senghor, ont cependant été restaurés ou réhabilités récemment. De quoi redonner un peu d’espoir à ce passionné, qui enseigne l’histoire des villes et de l’architecture, à Dakar. En attendant, Xavier Ricou se concentre sur des « projets personnels », comme celui de la construction d’un téléphérique reliant Gorée à Dakar. « Du haut du Castel à la pointe de Dakar, il n’y a que 1,5 km, et la mer est suffisamment profonde pour qu’on y plante des pylônes », dit-il. Il aurait déjà reçu les accords de principe des autorités, reste à trouver les financements.