Justice

Cameroun : pourquoi Martin Luther Njanga Njoh a été placé en détention

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Mis à jour le 07 juin 2021 à 12h47
Un guichet de la Commercial Bank of Cameroon.

Un guichet de la Commercial Bank of Cameroon. © Maboup

Le Tribunal criminel spécial a ordonné la mise en détention de l’ancien administrateur provisoire de la Commercial Bank of Cameroon (CBC). Le banquier est poursuivi par l’État pour des avantages indus qu’il aurait perçus entre 2009 et 2013, lors de son passage à la tête de l’entreprise.

Plusieurs fois entendu par les enquêteurs du Tribunal criminel spécial (TCS), il n’avait jamais été mis en garde à vue. Le 3 Juin 2021, Martin Luther Njanga Njoh, ancien administrateur provisoire de la Commercial Bank of Cameroon (CBC), a été placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Kondengui, après dix heures passées dans les bureaux de cette juridiction chargée de l’examen des crimes économiques.

Martin Luther Njanga Njoh a été convoqué pour une confrontation avec les représentants de l’État du Cameroun et de la CBC. Pourtant rien ne présageait de l’arrestation de celui qui avait conduit avec succès la restructuration de cette banque jadis plongée dans la tourmente et placée sous administration provisoire en 2009. Mais au tribunal, Njanga Njoh et ses avocats ont eu droit, à la place de la réunion attendue, à une notification du juge d’instruction portant sur une mise en détention, ce vendredi 4 juin, après plus de sept heures d’attente. Il est inculpé pour « détournement de deniers publics », du fait que la CBC est sous le giron de l’État du Cameroun qui en est devenu le principal actionnaire depuis la restructuration de son capital.

Douze ans de procédure

L’arrestation de ce banquier chevronné passé par la Bicic (devenue Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit – Bicec –, après l’entrée de la Banque populaire au capital) et la Citybank Cameroun est un nouveau rebondissement dans un feuilleton judiciaire dont l’origine remonte à plus de douze ans.

L’affaire débute le 3 novembre 2009, lorsque la CBC, une banque privée dirigée par l’homme d’affaires Yves-Michel Fotso, est placée sous administration provisoire par la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac). Njanga Njoh, qui passe son quatrième mois en tant que directeur général de la banque, est alors désigné comme administrateur provisoire.

À travers cette décision, les organes sociaux traditionnels de cette société anonyme que sont le conseil d’administration et la direction générale sont mis en berne. Yves-Michel Fotso, que l’on accuse d’avoir occasionné un déficit en fonds propres de 21 milliards de F CFA, est complètement écarté du sommet dirigeant. L’administrateur provisoire, qui ne répond désormais que devant la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), a des pouvoirs les plus étendus.

La Cobac décide de rallonger le salaire du nouvel administrateur provisoire pour qu’il puisse mener à bien l’ensemble des fonctions. Seulement, ce nouveau contrat ne fait nullement mention des avantages matériels dont jouissait le directeur général avant la mise sous administration provisoire, à savoir : assurance maladie, logement, téléphone, sécurité… entre autres.

Trop-perçu de 108 millions de F CFA

Le 12 mars 2015, au cours d’une session ordinaire tenue à Yaoundé, la Cobac adresse une injonction à Martin Luther Njanga Njoh, lui signifiant que toutes les sommes perçues, « en dehors de celles expressément visées dans la décision de la Cobac » le plaçant à la tête de la banque, doivent être remboursées sans délai. La commission évalue à 108 millions de F CFA le montant du trop-perçu par l’administrateur provisoire à la date du 31 octobre 2013, mais ne donne aucun délai de remboursement.

Njanga Njoh conteste cette décision et contre-attaque en plaidant « le vide juridique ». En juin 2014, l’administrateur provisoire de la CBC dépose une plainte auprès de la cour de justice de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) de N’Djamena. Il obtient gain de cause.

Mais la pression de sa hiérarchie ne diminue pas. Il est convoqué et entendu à Libreville lors de la session disciplinaire de la Cobac du 8 mars 2016. Un mois plus tard, il est remplacé par Rose Annie Mbongo Mounoume, à trois mois de la fin d’une restructuration presque rendue à son terme.

Comment cette affaire « d’interprétation de contrat », comme le présentent les avocats de la défense, se retrouve-t-elle entre les mains du TCS, une juridiction chargée de réprimer les crimes économiques ? Yves-Michel Fotso a-t-il tenté de garder le contrôle de la CBC à travers cet administrateur qu’il avait lui-même désigné comme directeur général ?

La nomination de Njanga Njoh avait pour le moins porté un coup aux relations entre les deux hommes qui ne se sont plus jamais adressé la parole. Les proches du premier en sont convaincus, des personnes opposées à la restructuration de la CBC seraient derrière cette procédure judiciaire « inique ». En attendant l’ouverture éventuelle du procès, ce juriste de formation prépare activement sa défense.

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