Économie

Philippe Chalmin : « Je ne crois pas à un cartel du cacao »

Mis à jour le 4 juin 2021 à 17:39

Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique a l’Universite Paris Dauphine et président fondateur de l’institut Cyclope © Lydie LECARPENTIER/REA

Le spécialiste des matières premières est le grand invité de l’économie RFI/Jeune Afrique dans l’émission Eco d’ici éco d’ailleurs, diffusée sur RFI samedi 5 juin à 12h10 heure de Paris, 10h10 TU.

Historien, enseignant à l’université Paris Dauphine, Philippe Chalmin a publié en mai la trente cinquième édition du rapport Cyclope qu’il consacre chaque année aux matières premières. Il y est question de minerais, de productions agricoles, de pandémie, de changement climatique et de géopolitique.

Pour RFI et Jeune Afrique, l’économiste revient sur la hausse généralisée des cours après la crise du Covid et sur les difficultés récurrentes du continent à profiter de l’exploitation de ses ressources. Extraits.

  • Rebond

« Qu’il agisse du cuivre, de l’étain, du minerai de fer, du blé, du soja, du bois, pratiquement tous les marchés ont atteint des sommets. Ceci s’explique par l’asymétrie entre la demande et l’offre. Nous avons eu avec la pandémie la crise économique la plus forte depuis l’entre-deux-guerres. On a eu une panne de consommation et on a assisté, sauf pour les produits agricoles, à un effondrement des prix il y a un an. Souvenez-vous que le pétrole avait atteint pendant quelques heures un prix négatif.

Et puis ce dont nous n’avons pas pris conscience tout de suite. La reprise. Elle est intervenue très vite. Dès l’été en Chine, et grâce au plan Biden dès l’automne aux États-Unis. Résultat nous avons un boom de la demande, qui a rencontré une offre encore contrainte par le Covid et les mesures prises par les mineurs, les pétroliers pour réduire leurs capacités de production. Sur le court terme, la demande est beaucoup plus forte que l’offre. »

  • Spéculation

« Quand on parle matières premières, on parle spéculation. Nous sommes dans un univers marqué par une profonde instabilité. Ma seule certitude, c’est que le prix de demain sera différent d’aujourd’hui. Il faut donc anticiper, et anticiper c’est spéculer. »

Est ce qu’il y a une logique pour les  pays africains producteurs de coton à intégrer la filière jusqu’au stade du filet, qui est lui-même considéré comme une matière première ?

  • Émeutes de la faim

« La plupart des pays importateurs ont l’œil fixé sur les prix alimentaires, qu’ils contrôlent. Ils font tout pour éviter des émeutes de la faim. C’est le cas de l’Égypte, qui paie à l’importation cent dollars de plus par tonne aujourd’hui, ce qui est important. Au Nigeria où c’est moins contrôlé, les prix alimentaires ont augmenté de 24 %. De là à déclencher des émeutes, je ne le crois pas ».

  • Industrialisation

« Est-ce qu’il y a de la valeur à gagner en allant plus aval dans les filières ? Je n’en suis pas du tout sûr. La vraie valeur ajoutée dans le textile, c’est l’industrie du vêtement, comme au Bangladesh. Mais est-ce qu’il y a une logique pour les  pays africains producteurs de coton à intégrer la filière jusqu’au stade du filage, qui est lui-même considéré comme une matière première, et présente donc les mêmes risques de fluctuation des cours ? Ce n’est pas certain (…) Et ce raisonnement, je le fais aussi sur le cacao et les mines (…). »

  • Cacao

« Leur temps est révolu. Un cartel ne peut fonctionner que pour un produit totalement indispensable aux consommateurs et dont ils ne peuvent pas se passer (…). Je ne crois pas à un cartel du cacao parce qu’il n’est pas indispensable ».