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Lula l’Africain

Des rythmes « africains » de la samba aux ingrédients épicés de la feijoada (sorte de cassoulet), dans les rues de São Paulo ou de Rio, l’Afrique est partout. Comme l’a rappelé le président Luiz Inácio « Lula » da Silva, lors de sa tournée en Afrique du 2 au 8 novembre, le Brésil a une « dette historique » envers le continent. « L’obligation politique, morale et historique » de resserrer les liens entre le géant latino-américain et les pays africains valait donc bien un pèlerinage pour le chef de l’État brésilien, un an après son élection. Une tournée africaine qui a eu le mérite d’envoyer un signal de reconnaissance aux 76 millions d’Africains- Brésiliens, qui font du Brésil le deuxième pays de population noire au monde après le Nigeria et dont la majorité forme encore les bataillons des classes défavorisées.

En commençant sa visite par trois pays lusophones – São Tomé e Príncipe, l’Angola et le Mozambique -, Lula a envoyé un message fort à ses partenaires historiques. Au président angolais José Eduardo Dos Santos, il a assuré que le Brésil, en tant que « pays lusophone le plus fort, le plus peuplé et le plus riche, se devait de faire des gestes de solidarité envers l’Afrique ». Exit l’ancienne puissance coloniale portugaise ! Après tout, les enfants des élites angolaises et mozambicaines ne choisissent-ils pas aujourd’hui le Brésil pour faire leurs études, plutôt que le Portugal ?
Accompagné de neuf ministres et d’une centaine d’hommes d’affaires, Lula, porte-drapeau autoproclamé de la fronde contre les pays du Nord, a placé son voyage sous le signe du « G3 », récemment créé aux Nations unies par son pays, l’Afrique du Sud et l’Inde, en posant les jalons d’une coopération « Sud-Sud ». À São Tomé, où l’Agence nationale brésilienne du pétrole participe déjà à la gestion des hydrocarbures, Lula a promis que Petrobras, la compagnie pétrolière brésilienne déjà présente en Angola, viendrait prospecter sur les côtes de l’archipel. À Luanda, quatrième partenaire commercial du Brésil, les deux parties se sont entendues sur une assistance brésilienne dans le domaine pétrolier. Mais les autorités angolaises ayant souligné la nécessité de développer d’autres secteurs, le ministre brésilien du Commerce a décidé d’investir 100 millions de dollars dans la relance de l’industrie de la canne à sucre. Au Mozambique, enfin, le Brésil, intéressé par plusieurs projets touchant à l’extraction et au transport de charbon, est venu plaider sa cause. Mais les Brésiliens ont surtout promis aux autorités mozambicaines de les aider en matière de lutte contre le sida. Réputé pour avoir maîtrisé la propagation de la pandémie, le Brésil a annoncé l’installation d’un laboratoire de médicaments antirétroviraux au Mozambique. En attendant de régler la question du financement de l’usine (23 millions de dollars), Lula a assuré à son homologue mozambicain Joaquim Chissano l’appui scientifique de ses spécialistes.

Pour compléter son tour des côtes de l’Afrique australe, Lula s’est également rendu en Namibie, où le Brésil participe à un programme militaire depuis l’indépendance du pays. Mais il a gardé le meilleur pour la fin : l’Afrique du Sud de son alter ego africain Thabo Mbeki. Leur rencontre devrait renforcer la stratégie du « papillon » chère à Mbeki et qui consiste à faire de son pays (le corps du lépidoptère) un pont entre l’Amérique latine et l’Asie (ses deux ailes). Entièrement d’accord sur la nécessité de réformer le système des relations internationales, les deux hommes de gauche, convertis au libre-échange et férus de diplomatie, ont déjà réclamé des places de choix pour leurs pays au sein des Nations unies – comme un siège au Conseil de sécurité, par exemple. Main dans la main, ils se sont lancés, depuis le sommet du G8 à Évian (1er-3 juin) et surtout la réunion de l’OMC à Cancún (10-14 septembre), dans une fronde contre les pays du Nord et leurs subventions agricoles.
À son retour à Brasilia, même si l’Afrique ne représente à ce jour que 5 % des échanges commerciaux du Brésil, le président Lula pouvait être satisfait de son périple. L’accueil enthousiaste qu’il a reçu dans les cinq pays était la preuve qu’il venait de gagner une partie du continent à sa cause. Presque cinquante ans après la conférence de Bandung et la naissance du mouvement des non-alignés, qui s’est éteint progressivement depuis la fin de la guerre froide, un nouvel axe Sud-Sud est bien né dans le concert des nations. n

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