Diplomatie

« Biens mal acquis » : comment Obiang met la pression sur Macron

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Teodoro Nguema Obiang Mangue, surnommé Teodorín, en mai 2019.

Teodoro Nguema Obiang Mangue, surnommé Teodorín, en mai 2019. © Michele Spatari/AFP

La Cour de cassation française examine le 16 juin le recours déposé par Teodoro Nguema Obiang Mangue, le vice-président équato-guinéen, contre sa condamnation dans l’affaire des « biens mal acquis ». Voici les dessous d’une bataille en réalité plus diplomatique que juridique.

Le volet juridique de l’affaire des « biens mal acquis » devrait bientôt toucher à sa fin. Condamné en première instance puis en appel à trois ans de prison avec sursis et à 30 millions d’euros d’amende, le vice-président équato-guinéen, Teodoro Nguema Obiang Mangue (dit Teodorín), s’était pourvu en cassation. Ce recours doit être examiné par la Cour de cassation le 16 juin prochain à Paris.

Selon nos sources, le fils du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo est en mauvaise posture. D’après un document dont Jeune Afrique s’est procuré copie, l’avocate générale française Madeleine Mathieu a en effet recommandé, dans ses conclusions transmises à la Cour le 26 avril, de rejeter le recours déposé par le vice-président.

Immeuble du 42 avenue Foch

La magistrate s’y appuie notamment sur la décision de la Cour internationale de justice (CIJ), qui avait débouté Malabo en décembre dans l’affaire de l’immeuble parisien du 42 avenue Foch. Celui-ci fait l’objet d’une ordonnance de saisie de la justice française, qui estime que le bâtiment était la propriété de Teodorín à l’époque des faits, avant que la Guinée équatoriale le reconvertisse en locaux pour son ambassade.

Le bras de fer s’est déplacé sur le plan diplomatique

La CIJ, se rangeant à la démonstration des avocats de la partie française, a refusé la version de Malabo, qui souhaitait que soit accordé au site du 42 avenue Foch une protection diplomatique. L’immeuble avait été perquisitionné en 2012 par la justice française, qui soupçonnait à l’époque Teodorín de s’être enrichi frauduleusement avant d’acquérir, entre autres, un patrimoine immobilier en France – ce pour quoi il a été condamné en première instance puis en appel.

Selon nos informations, Malabo et Teodorín (dont les avocats Jean-Charles Tchikaya et Emmanuel Marsigny conduisent la défense) n’ont que peu d’espoir de voir la Cour de cassation aller à l’encontre des conclusions de l’avocate générale dans son verdict, attendu pour la fin de l’année. Si une délégation composée du ministre de la Justice, Juan Olo Mba Nseng, et du conseiller du président Francisco Evuy Nguema Mikoue sera présente à Paris, le bras de fer s’est déplacé sur le plan diplomatique ces derniers mois déjà.

Une rupture des relations diplomatiques ?

En avril dernier, à la suite de la décision de la CIJ, Paris a ainsi écrit à la Guinée équatoriale pour lui demander d’envisager de trouver d’autres locaux que le 42 avenue Foch afin d’héberger ses activités diplomatiques en France. Mais Malabo ne compte pas déménager. Elle met en avant le fait que le bâtiment appartient à l’État équato-guinéen, qu’il abrite bel et bien son personnel diplomatique aujourd’hui, et qu’à ce titre, il ne saurait être saisi.

Le chef de l’État aurait mentionné l’hypothèse d’un rappel d’ambassadeur

Selon nos informations, le président Obiang a reçu aux alentours du 20 avril, dans la foulée de la demande de Paris, l’ambassadeur de France à Malabo, Olivier Brochenin, afin de lui faire comprendre les conséquences diplomatiques potentielles de l’action de la France dans ce dossier. Le chef de l’État aurait mentionné l’hypothèse d’un rappel d’ambassadeur, voire d’une rupture des relations entre les deux États.

Dans le même temps, l’ambassadeur équato-guinéen à Paris, Miguel Oyono Ndong Mifumu, a délivré un message identique au Quai d’Orsay, au ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et à son directeur Afrique, Christophe Bigot, ainsi qu’à l’Élysée, où il a transmis une correspondance à Franck Paris, conseiller Afrique d’Emmanuel Macron.

Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, actuellement en visite au Qatar, a également mis son carnet d’adresses à profit pour faire pression sur l’Élysée. Selon nos sources, il a évoqué la question à plusieurs reprises avec ceux de ses pairs familiers de la place de Paris, le Congolais Denis Sassou Nguesso, l’Ivoirien Alassane Ouattara, ou encore le Nigérien Mahamadou Issoufou (remplacé depuis par Mohamed Bazoum à Niamey).

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