Économie

Maroc : Tanger Med 2 conduit Marsa Maroc à bon port

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Par - À Casablanca
Mis à jour le 26 juillet 2021 à 08:28

Le nouveau terminal (TC3), au port de Tanger Med 2.

Malgré la difficile conjoncture de 2020, le leader national de l’exploitation portuaire a tenu le cap. Avec le démarrage de sa filiale Tanger Alliance, qui gère le nouveau terminal à conteneurs, les perspectives de croissance sont particulièrement bonnes.

Le transport maritime semble avoir été relativement épargné par l’impact de la pandémie de Covid-19, comparé à nombreux autres secteurs d’activité sur lesquels les conséquences de la crise sanitaires ont été bien plus lourdes, et dont certains suffoquent toujours. Les échanges internationaux, qui passent majoritairement par les voies maritimes, ne pouvaient pas s’arrêter et, donc, le fonctionnement des ports de commerce et des sociétés chargées de l’exploitation de leurs terminaux s’est poursuivi de façon plutôt normale.

C’est le cas de Marsa Maroc. Le leader national de l’exploitation de terminaux portuaires, malgré une conjoncture difficile, a réussi à maintenir son chiffre d’affaires 2020 à un niveau satisfaisant de près de 2,8 milliards de dirhams (plus de 255,18 millions d’euros), en recul de seulement 5 %.

Quant au trafic traité par la société semi-publique (60 % du capital est encore détenu par l’État), « il s’est établi à 35,6 millions de tonnes en 2020, en repli de 6­% par rapport à 2019 », soulignent les analystes d’Attijari Intermédiation, ajoutant que « la baisse du trafic global s’est nettement accélérée au cours de la seconde moitié de l’année avec des replis plus importants que ceux observés courant les trois premiers mois » de 2020.

Nouveau relai de croissance

Surtout, Marsa Maroc a particulièrement bien commencé l’année 2021, avec un trafic en hausse de 10 % (à 10,9 millions de tonnes) et un chiffre d’affaires en progression de 6 % (à 815 millions de dirhams), pour le premier trimestre par rapport à la même période en 2020.

Cette performance s’explique par le démarrage des activités de Tanger Alliance – filiale de Marsa Maroc (50 % du capital), de Contship Italia et Eurogate International GmbH (40 %) et du géant Hapag-Lloyd AG (10 %) –, qui exploite le nouveau terminal à conteneurs de Tanger Med 2, le « TC3 ». À lui seul, ce dernier a traité un trafic de 1,8 million de tonnes au premier trimestre et est appelé à devenir l’un des principaux relais de croissance dans le plan de développement du groupe.

Il a accueilli son premier porte-conteneurs le 1er janvier dernier, après dix-huit mois de travaux, qui ont nécessité un investissement global de 175 millions d’euros. Le TC3 s’étend sur 36 hectares. Doté d’un tirant d’eau de 18 mètres, il dispose de 800 mètres linéaires de quais, équipés de huit grues, auxquels s’ajoutent 22 portiques de parc pour le stockage des conteneurs. Sa capacité de traitement à terme est de 1,5 million d’EVP (équivalent vingt pieds).

Le président de Marsa Maroc, Mohammed Abdeljalil, semble enthousiasmé par les premiers résultats de la nouvelle filiale, dont il prévoit qu’elle devrait atteindre la rentabilité très rapidement, peut-être dès la fin de cette année. Lorsque le nouveau terminal tournera à plein régime, l’activité de Tanger Alliance devrait représenter 20 % à 25 % du chiffre d’affaires du groupe.

« Le démarrage de l’activité à Tanger Med 2, même si elle a commencé plus d’un an après le lancement de la deuxième partie du port, est une surprise, y compris pour les dirigeants de Marsa Maroc, souligne le conseiller financier d’une société de gestion. C’est rassurant ! D’autant qu’un essoufflement du trafic était attendu en début d’année. Or, on s’attend désormais à une montée en puissance. »

Premier port africain

Étant donné la situation de Tanger Med, au croisement des principales routes maritimes mondiales, le volume le plus important du trafic est composé de conteneurs en transbordement, c’est-à-dire déchargés d’un navire puis rechargés à bord d’un autre, et dont la destination finale n’est pas le Maroc, mais des pays d’Afrique de l’Ouest ou d’Europe.

« Depuis 2007, la façon de concevoir les ports a évolué, avec une automatisation accrue des opérations de transbordement et des tirants d’eau plus importants », indiquait à Jeune Afrique Rachid Houari, le directeur central du complexe portuaire, lors de l’inauguration de Tanger Med 2, en 2019.

Souvent privilégié par les armateurs pour des raisons de coût et d’optimisation des trajectoires, Tanger Med était déjà le premier port africain dans le classement World Top Container Ports, édité par la revue Container management. En 2020, il a été classé premier port à conteneurs du bassin méditerranéen.

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Investissements soutenus

Rassuré par sa résilience face à la crise et conforté par les résultats de ces derniers mois, Marsa Maroc poursuit sa stratégie d’investissements soutenus. Au cours du premier trimestre 2021, il a ainsi investi 60 millions de dirhams (contre 38 millions à la même période en 2020) et cherche de nouveaux relais de croissance au niveau local comme au plan international, pour accélérer son développement et, en particulier, élargir son offre de services et renforcer sa présence sur le marché du transbordement.

« Le groupe bénéficie de fondamentaux solides et reste actif sur la recherche de nouvelles opportunités de croissance afin d’élargir son portefeuille de terminaux sous concession, confirme l’équipe de management de Marsa Maroc. Avec la reprise des activités, nous sommes prêts à accompagner le développement de l’activité de nos clients. »

Au cours du premier trimestre, le groupe a investi 60 millions de dirhams, contre 38 millions à la même période en 2020

Au niveau national, la stratégie de construction de ports se poursuit, qui ouvre des perspectives prometteuses pour l’opérateur marocain avec, sur la côte Atlantique, les ports de Safi, de Kénitra et de Dakhla et, sur la façade méditerranéenne, celui de Nador West Med, dont les activités devraient démarrer prochainement.

Sur le plan international, il semble plus difficile pour Marsa Maroc de soutenir la concurrence et d’être aussi compétitif que les géants mondiaux tels que le néerlandais APM Terminals ou le français Bolloré Transport & Logistics. Le groupe a échoué à remporter la concession de Takoradi, premier port commercial du Ghana, puis du terminal polyvalent du port autonome de Kribi, au Cameroun, qui a été confiée au philippin International Container Terminal Services Inc. (Ictsi).

Cela étant dit, Marsa Maroc ne semble en rien avoir abandonné sa recherche de grands marchés. Mohamed Abdeljalil a d’ailleurs toujours expliqué qu’il est très important de trouver des relais de croissance complémentaires au niveau international pour accélérer le développement du groupe.