Économie

Cameroun : pourquoi Louis Paul Motaze mise sur un nouvel eurobond

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Mis à jour le 1 juin 2021 à 15:07

Louis Paul Motaze, ministre camerounais de l’Économie, au siège de la Banque mondiale, en 2016. © ZACH GIBSON/AFP

Emboîtant le pas à la Côte d’ivoire et au Bénin, le pays, qui sollicite 686 millions d’euros, compte sur une conjoncture favorable.

« Le timing est parfait et le contexte favorable », commente un analyste financier à propos de la décision de Paul Biya de retourner sur le marché international des capitaux. Le 26 mai, le président camerounais prenait une ordonnance autorisant entre autres l’émission d’un eurobond de 450 milliards de F CFA (686 millions d’euros) pour racheter partiellement ou totalement celui de 2015.

Une « solution optimale » pour des analystes locaux, d’autant qu’une alternative fut un temps explorée au ministère des Finances, et discutée avec le FMI et la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) : la « domestication » consistant à émettre un ou plusieurs emprunts en F CFA pour rembourser l’eurobond.

« Il aurait fallu pour cela qu’il y ait suffisamment de profondeur et d’appétit sur le marché domestique. Au cours actuel, les 750 millions de dollars de l’eurobond représentent autour de 400 milliards de F CFA. Or, l’historique des emprunts obligataires locaux incite à de la prudence quant à la faisabilité d’une telle levée de fonds », pointe l’un d’eux.

Aérer les échéances

Le choix du Cameroun pour un nouvel eurobond, arrangé par le trio JP Morgan Securities PLC, Citigroup Global Markets Limited et Société Générale Corporate & Investment Banking (SG CIB), s’inscrit dans la lignée des opérations effectuées par la Côte d’Ivoire en novembre et le Bénin en janvier. Ce qui justifie la demande de s’y lancer que Louis Paul Motaze, le ministre des Finances, a faite le 27 février à Paul Biya.

« Il était plus que temps de faire quelque chose pour cet eurobond », soutient l’un d’eux, au regard de l’approche de la période – entre 2023 et 2025 – de remboursement du principal, à raison de 250 millions de dollars annuellement. Le recours à une nouvelle levée permettra d’allonger les échéances et de relâcher la pression sur le service de la dette. D’autant plus utile qu’« entre 2023 et 2025, plusieurs autres engagements du Cameroun sur le marché local (emprunt obligataire, obligations du trésor assimilables) arriveront à terme et devront être remboursés », indique un autre expert pour qui il était « impératif d’aérer ces échéances pour maintenir la dette soutenable ».

L’opération, en cours de préparation, a reçu l’aval du FMI, qui vient de donner son accord de principe pour la conclusion d’un nouveau programme avec le pays.

Confiance des investisseurs

Le Cameroun va également profiter de la période actuelle de taux bas, favorisée par une abondance mondiale de liquidités, pour racheter à des conditions plus que favorables un eurobond mobilisé à l’époque à 9,5 %. « Le gain devrait être de trois à quatre points », insiste un banquier, en faisant valoir le coupon de 4,875 % de la Côte d’Ivoire et du Bénin, ou les 6,625 % du Gabon il y a plus d’un an.

Autre facteur, et non des moindres, la perception du pays par les investisseurs joue actuellement en sa faveur, comme le montre la surcote de son titre à la bourse de Dublin. Le 27 mai, l’eurobond dénommé « Repcam 9,5 % » se négociait à 113,8 % de sa valeur d’émission.

En outre, son endettement modéré – 42,5 % du PIB, loin de la limite communautaire de 70 % -, auquel s’ajoute un retour cette année de la croissance – 3,4% du PIB, selon les dernières estimations du FMI, contre -2,8% en 2020 – incitent à l’optimisme. « Le comportement du baril de pétrole, de pratiquement 20 dollars au-dessus des prévisions budgétaires, est un point positif non négligeable », ajoute notre analyste.

Des privatisations à envisager ?

Si cette gestion active de la dette est saluée, la démarche est qualifiée de « solution de facilité » pour sortir le Cameroun de l’ornière, puisque tous les leviers sont pour le moment loin d’être mobilisés.

Le pays continue d’être actif sur le marché local, notamment celui des titres publics, mais la privatisation d’une partie de l’imposant patrimoine de l’État constitue une piste à explorer. « L’État a des participations dans nombre d’entreprises en bonne santé. En céder une partie à travers la bourse renflouerait ses caisses », insiste notre banquier qui plaide pour un « mix » englobant la dette internationale et locale et la privatisation de certains actifs pour sortir de la crise.

Mais cette dernière possibilité est lourde d’implications politiques, souffrant notamment de la perception, foncièrement négative, qu’en ont les Camerounais qui n’ont pas oublié quelques expériences malheureuses par le passé.