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Les militaires français de l’opération Turquoise (ici à Gisenyi, au Rwanda, le 27 juin 1994) ont-ils reçu l’ordre de réarmer l’armée et les miliciens hutus auteurs des massacres ?

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Génocide des Tutsi au Rwanda : quelle est la part de responsabilité de la France ?

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Rwanda : le diplomate français Antoine Anfré futur ambassadeur à Kigali ?

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Mis à jour le 1 juin 2021 à 18:47

Le président rwandais Paul Kagame reçu au sommet de Paris par son homologue français Emmanuel Macron, le 18 mai 2021. © Ludovic MARIN/AFP

Après six années de vacance, la France retrouvera-t-elle prochainement un nouvel ambassadeur au Rwanda, au lendemain de la visite d’Emmanuel Macron ? Paris aurait proposé le nom d’Antoine Anfré à ce poste.

C’est un serpent de mer franco-rwandais qui alimente les conjectures depuis six années : la France retrouvera-t-elle prochainement un véritable ambassadeur au Rwanda ? Si oui, qui sera l’oiseau rare capable de mettre d’accord Kigali et Paris ?

Après le départ, en 2015, de Michel Flesch, l’ambassade de France au pays des Mille collines n’a pas connu de successeur. Depuis 2019, elle est placée sous la responsabilité du chargé d’affaires Jérémie Blin. Et rien, jusque-là, ne laissait augurer d’une normalisation, alors que le Rwanda dispose, lui, d’un ambassadeur à Paris dûment accrédité depuis la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays. Jacques Kabale, qui avait pris ses fonctions en juillet 2010, a cédé la place neuf ans plus tard à François-Xavier Ngarambe.

Cette question est directement liée à l’amélioration de nos relations bilatérales

Le voyage d’Emmanuel Macron au Rwanda, le 27 mai 2021, semblait de nature à permettre de dépasser ce blocage durable sur lequel aucune information précise ne filtrait. Interviewée par Jeune Afrique en septembre 2018, l’actuelle secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, alors ministre rwandaise des Affaires étrangères, avait contourné le mystère d’une phrase sibylline : « Cette question est directement liée à l’amélioration de nos relations bilatérales. Nous le ferons si les conditions dont nous avons discuté avec Paris – et que je ne vais pas divulguer ici – sont remplies. Elles ont été exprimées au moment où nous avons refusé l’agrément à un nouvel ambassadeur, en 2015, et elles ont été communiquées par la suite au président Macron. »

Antoine Anfré, le prochain ambassadeur de France au Rwanda

Antoine Anfré, le prochain ambassadeur de France au Rwanda © ANDREW COWIE/AFP

Pas un inconnu

Selon nos informations, le nom privilégié par Emmanuel Macron est celui d’Antoine Anfré. Pour les autorités rwandaises, ce diplomate français de 58 ans, aujourd’hui inspecteur des Affaires étrangères, n’est pas un inconnu.

Dans le rapport de la commission d’historiens et de juristes présidée par Vincent Duclert (La France, le Rwanda et le génocide des Tutsi [1990-1994]), rendu public à la fin de mars, son nom apparaît en effet pas moins de 36 fois. Au début des années 1990, Antoine Anfré était rattaché à la Direction des Affaires africaines et malgaches (DAM), dépendant du Quai d’Orsay. Les notes qu’il avait alors rédigées contrastaient fortement avec la position des « faucons » du ministère de la Défense et de l’état-major particulier du président François Mitterrand, dont l’hostilité irréductible au Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagame les avait alors conduits à s’engager dans une cobelligérance sans nuances aux côtés du régime de Juvénal Habyarimana – lequel commettra le génocide contre les Tutsi après l’assassinat d’Habyarimana, le 6 avril 1994.

Rapide marginalisation

« Notre action dans ce pays mérite d’être réorientée », écrivait notamment Antoine Anfré, ajoutant que « les moyens dont nous disposons nous le permettent ». Une prise de position à rebours de la politique française au Rwanda, qui consistait en un soutien inconditionnel au régime hutu. Comme le relève le rapport Duclert, « celles et ceux qui contestent cette doxa sont écartés des postes de décision et de réflexion, comme Antoine Anfré, contraint de quitter la DAM compte tenu de sa rapide marginalisation ».

Après avoir exercé des fonctions secondaires, dans diverses ambassades comme au Quai d’Orsay, Antoine Anfré devient en février 2014 ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire au Niger. Mais l’expérience fait long feu. En juillet 2015, le diplomate – à qui le régime de Niamey reproche de se montrer trop critique – est sèchement débarqué et rappelé par Paris.

On le retrouve ensuite dans un « placard doré » du Quai d’Orsay où il ne s’éternisera pas : ambassadeur pour le sport, de 2015 à 2016. Avant de rejoindre l’Inspection générale du Quai d’Orsay au cours des dernières années.

Au Rwanda, où les sources officielles contactées par JA n’ont pas souhaité réagir, le pedigree d’Antoine Anfré pourrait sans doute permettre – au vu de ses prises de position passées – de sortir de l’impasse diplomatique qui a abouti à laisser vacant si longtemps le poste d’ambassadeur de France. Mais selon une source officielle à Kigali, « aucun nom ne nous a été communiqué jusque-là ».