Politique

RDC : détournements, avantages illégaux… Ce que révèle l’audit de l’IGF sur les entreprises publiques

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 01 juin 2021 à 15h52
Jules Alingete Key en octobre 2020, à Kinshasa.

Jules Alingete Key en octobre 2020, à Kinshasa. © Colin Delfosse

L’audit de la mission de contrôle de l’Inspection générale des finances (IGF) pointent de nombreux abus. Jeune Afrique a eu accès à ses conclusions.

L’Inspection générale des finances (IGF), dirigée par Jules Alingete Key et rattachée à la présidence congolaise, a terminé en mai l’audit de plusieurs grandes entreprises publiques. Ces contrôles avaient été initiés sur la base de plusieurs ordres de mission émis entre décembre 2020 et janvier 2021.

Leurs conclusions définitives ont été transmises aux dirigeants de ces sociétés le 28 mai dernier, par un courrier également adressé au président Félix Tshisekedi et à son Premier ministre Sama Lukonde Kyenge.

« Salaire supplémentaire déguisé »

Concernant la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), l’IGF souligne notamment la « dilapidation des ressources [de l’entreprise] par le paiement des primes et avantages, dont plusieurs illégaux, aux mandataires publics et à leurs collaborateurs immédiats, dont la hauteur est évaluée à 2 800 938 de dollars (2,3 millions d’euros) ». Les équipes d’Alingete pointent également un déséquilibre entre les dépenses de fonctionnement et celles destinées aux prestations sociales. Selon l’IGF, 50 % des ressources de l’entreprise sont directement affectées au CNSS, alors que la Conférence interafricaine de la prévoyance sociale recommande que cette part soit seulement de 15 %.

L’audit évoque notamment la création de « structures organiques budgétivores et non conformes aux dispositions légales » comme le « groupe des experts du conseil d’administration » et souligne « l’octroi aux cadres de direction d’un salaire supplémentaire déguisé en indemnité de domesticité représentant 75 % de la rémunération totale ».

La CNSS n’est pas la seule entreprise à être épinglée. Dans ses conclusions définitives présentées aux mandataires du Fonds de promotion de l’industrie (FPI), l’IGF cite le paiement « d’avantages illégaux au directeur général et au directeur général adjoint en sus de ceux […] évalués à plus de 2,6 milliards de francs congolais (1 millions d’euros) pour l’exercice 2018, 2019 et 2020 ».

La mission de contrôle mentionne également « l’absence de preuve de supervision de 369 projets financés par le FPI » ou encore « l’absence de pièces justificatives des dépenses », concernant notamment les frais de fonctionnement des bureaux des mandataires. L’actuel directeur général du FPI est Patrick Kitebi, dont le nom est également cité dans le rapport de l’IGF sur le projet agricole de Bukanga Lonzo.

« Risque élevé de faillite » de Congo Airways

La compagnie aérienne Congo Airways est quant à elle mise en cause pour le détournement de 2 040 868 de dollars résultant du non reversement des recettes des ventes de billets. La mission de contrôle évoque aussi le paiement de plus de 8,7 millions de dollars au titre de prestations à l’Autorité de l’aviation civile (AAC) entre 2016 et 2020, « sans que (celles-ci) ne soient réelles ». Selon l’IGF, la mauvaise gestion de Congo Airways se matérialise notamment par un « risque élevé de faillite, les pertes enregistrées dépassant le capital social. »

Concernant l’Office congolais de contrôle (OCC), les agents de l’IGF pointent le détournement présumé des frais de fonctionnement alloués au conseil d’administration par son président Placide Tshisumpa Tshiakatumba. Le courrier, daté du 28 mai et adressé aux mandataires de l’OCC, évoque aussi le paiement de « primes de bonification de fin d’année » de plus d’un million de dollars alors que « l’entreprise est totalement déficitaire ». Il épingle aussi « le paiement irrégulier et abusif des primes et collations au personnel » ou encore l’existence de plus de « mille comptes bancaires dont la plupart sont inactifs ».

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