Économie

Maroc – Distribution : Chari, la start-up qui mise sur la tradition

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Par - À Casablanca
Mis à jour le 16 juillet 2021 à 10:13

Sophia Alj et Ismael Belkhayat, les fondateurs de Chari. © AmineChbani/Puresprit

Avec sa plateforme digitale au service des magasins de proximité, la centrale d’achats réussit à séduire de grands fonds d’investissement… et de plus en plus de petits commerçants.

En dix-huit mois, Chari a réussi à s’imposer dans le paysage de la logistique et de la distribution. La start-up, fondée par Ismael Belkhayat et Sofia Alj, a développé une application mobile permettant aux commerces de proximité – qui assurent 80 % de la distribution dans le pays – de commander tout ce dont ils ont besoin, à des prix compétitifs et avec la promesse d’être livrés gratuitement en moins de vingt-quatre heures. Depuis janvier 2020, 15 000 usagers se sont inscrits sur l’application Chari.ma et l’ont utilisée au moins une fois, dont 5 000 au moins trois fois au cours du mois d’avril dernier. Au vu des résultats en constante progression de l’entreprise, ses fondateurs estiment que son chiffre d’affaires global devrait atteindre 25 millions de dollars (environ 20 millions d’euros) d’ici à la fin de l’année 2021. 

La centrale d’achats ne disposait jusqu’à présent que d’un seul entrepôt, à Casablanca, pour couvrir l’axe Rabat-El Jadida, mais elle vient d’en ouvrir un à Tanger, qui dessert le nord du pays. L’ambition des deux fondateurs est de réussir à couvrir l’ensemble du royaume d’ici à la fin 2022, puis de s’implanter en Afrique francophone. Et ils viennent de faire un petit pas hors des frontières en ouvrant leur première représentation à l’étranger, à Tunis, le 1er juin. « Le marché tunisien ressemble beaucoup au marocain, les épiciers tiennent une place prépondérante dans la distribution, comme en Afrique de l’Ouest d’ailleurs, souligne Ismael Belkhayat. Cette implantation est importante, car nous voulons démontrer que nous sommes capables de dupliquer notre modèle en dehors du Maroc. »  

Marge de croissance

C’est aussi une façon de séduire les fonds d’investissements. Dans cet exercice, la start-up a déjà convaincu le très sélectif incubateur californien Y Combinator et le fonds Orange Ventures. L’entreprise est actuellement valorisée à hauteur de 20 millions de dollars. 

« Le commerce de proximité reste le moyen le plus apprécié culturellement au Maroc et cela ne changera pas de sitôt », assure Ismael Belkhayat. À 37 ans, le frère cadet de Moncef Belkhayat (patron de Dislog et président du holding familial H&S Invest) est convaincu que le développement de la grande distribution n’entravera en rien l’essor de Chari. L’entreprise dispose pour le moment d’une flotte de vingt camions et s’est organisée de façon à être ultra-efficace. « Nous avons développé en interne toutes les applications avec lesquelles nous travaillons et, grâce à la technologie, nous avons tout optimisé, notamment les coûts de transport. Désormais, nous sommes capables de prendre et de livrer plus de commandes chaque jour, en parcourant le moins de kilomètres », explique l’entrepreneur. 

Les commerces de proximité représentent près de 80 % de la distribution au Maroc.

Les commerces de proximité représentent près de 80 % de la distribution au Maroc. © Romain PRADEAU/CHARI

Sur le terrain, comme il n’est pas facile de convaincre les petits commerçants, souvent réticents à l’idée d’utiliser l’outil technologique et de livrer des données personnelles, Chari a engagé des ambassadeurs, qui parlent le même langage qu’eux et peuvent les convaincre d’utiliser la plateforme. Et le pays comptant quelque 200 000 magasins de proximité, la marge de croissance est énorme.