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Coup d’État de Maaouiya Ould Taya

12 décembre 1984

Par - Marianne Meunier
Mis à jour le 10 décembre 2007 à 11:45

À Nouakchott, en cette matinée de décembre, tout paraît normal. Depuis l’aube, des piétons se promènent sur les rares trottoirs de la capitale mauritanienne, où vivent 500 000 personnes. Sur les quelques routes goudronnées de cette ville qui n’existait pas trente ans plus tôt, les couloirs de circulation sont clairsemés.
À plusieurs milliers de kilomètres de là, loin de la canicule de son pays, le chef de l’État savoure la fraîcheur des collines de Bujumbura : l’avant-veille, le lieutenant-colonel Mohamed Ould Haïdallah s’était rendu au Burundi pour assister au 11e sommet franco-africain, malgré les mises en garde de ses conseillers. Car l’homme fort de Nouakchott, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État, le 4 janvier 1980, est en butte à l’hostilité d’une partie de l’armée depuis qu’il a unilatéralement décidé, en février 1984, de reconnaître la République arabe sahraouie démocratique (RASD), prenant ainsi le risque de se brouiller avec son voisin marocain et son allié libyen. D’autres lui reprochent son népotisme. La situation économique de la Mauritanie est également préoccupante : le fer, principal produit d’exportation, se vend mal sur le marché mondial. Et la sécheresse sévit pour la seconde année consécutive. Mais celui qui cumule les fonctions de chef d’État, Premier ministre, ministre de la Défense et président du Conseil militaire de salut national (CMSN) n’a rien voulu entendre. Bien mal lui en a pris.

En début d’après-midi, un premier communiqué annonce une « restructuration » du CMSN. Quelques heures plus tard, un autre impose un couvre-feu sur l’ensemble du territoire et décrète la fermeture des aéroports aux vols internationaux. Des renforts militaires se postent aux abords des bâtiments publics, de la radio et de la télévision. Mohamed Ould Haïdallah, qui s’apprêtait à quitter Bujumbura, atterrira à Brazzaville. Sans violence ni effusion de sang, un coup d’État a bel et bien eu lieu. Son principal artisan est le colonel Maaouiya Ould Taya, un quadragénaire discret à la fine moustache, qui flotte un peu dans son uniforme de militaire. En février, alors qu’il était Premier ministre, il s’est opposé au rapprochement avec Alger décidé par le chef de l’État. Ce dernier l’a démis de ses fonctions et réaffecté au poste qu’il occupait jusqu’en 1981 : chef d’état-major.
En guise de « restructuration », le chef des putschistes n’opère en réalité qu’un seul changement au sein du CMSN : ses vingt-cinq membres restent à leur poste, à l’exception de son président. Maaouiya Ould Taya remplace Mohamed Ould Haïdallah et s’attribue la totalité de ses fonctions. Réputé compétent et indépendant de tout courant politique, ce natif d’Atar, dans le nord-est de Nouakchott, prétend vouloir empêcher que ne s’instaure un « pouvoir personnel » et agir « conformément à la volonté de l’armée et aux intérêts suprêmes de l’État et du peuple mauritanien ». Il commence par décréter des amnisties, pour les détenus politiques le 17 décembre, pour tous les condamnés et exilés le 21. À l’extérieur, les chancelleries se demandent qui se cache derrière cette révolution de palais. Les regards se tournent vers Tripoli, qui ne voyait pas d’un bon il la politique pro-algérienne de Nouakchott. La Libye sera en tout cas le premier État à reconnaître le nouveau régime.

Dans les jours suivant sa destitution, Ould Haïdallah réussit à regagner son pays, où il est placé en résidence surveillée. Près de vingt-trois ans plus tard, il est candidat à l’élection présidentielle. Celle-là même qu’ont organisée, en mars dernier, les putschistes qui ont renversé Maaouiya Ould Taya