Politique

À Paris, les Algériens réclament une « vraie » ouverture des frontières

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Mis à jour le 31 mai 2021 à 17h24
Un millier d’Algériens de la diaspora ont protesté le 29 mai à Paris contre les conditions de réouverture des frontières.

Un millier d'Algériens de la diaspora ont protesté le 29 mai à Paris contre les conditions de réouverture des frontières. © Sofiane Orus Boudjema

Prix des billets élevés, période d’isolement, test PCR… Plus d’un millier d’Algériens ont manifesté contre les conditions de la réouverture des frontières algériennes, ce 29 mai.

Au croisement de la rue de Lisbonne et de l’avenue de Messine, dans le huitième arrondissement de Paris, des manifestants se sont levés tôt pour accrocher drapeaux et pancartes autour d’une table où l’on trouve du café et des gâteaux. Ce samedi 29 mai, ils se préparent à une journée de manifestation pacifique, à quelques pas de l’ambassade d’Algérie, pour exprimer leur colère vis-à-vis des conditions de réouverture des frontières du pays, fermées pour cause de pandémie en mars 2020.

Les revendications des manifestants, venus réclamer une « véritable » ouverture des frontières, portent sur le prix des billets de la compagnie nationale Air Algérie, la période d’isolement imposée à l’arrivée sur le territoire algérien, la durée de validité du test PCR demandé, ou encore le nombre de vols par semaine.

C’est plus cher de se rendre en Algérie que d’aller aux États-Unis

Le confinement est de loin la mesure qui cristallise le plus de tensions. Le gouvernement algérien a prévu un isolement de cinq jours obligatoire en hôtel, même pour les personnes vaccinées ou ayant un test Covid-19 négatif. Une mesure incompréhensible pour nombre de manifestants : « On a tout pour se confiner chez nous », s’exclame Yasmine*.

Des prix jugés démesurés

Outre l’isolement, la mère de famille conteste l’entièreté du « pack » imposé par Air Algérie. Car au-delà de ces cinq jours d’isolement, les tests PCR et le trajet entre l’aéroport et le lieu de la quarantaine, choisi parmi une liste d’hôtels sélectionnés par la compagnie, doivent tous être réglés par les voyageurs. « C’est désormais plus cher de se rendre en Algérie que d’aller aux États-Unis », ironise Rachida. « Il va falloir que l’on casse des banques pour rentrer ? », ironise Raizia, une jeune pharmacienne, qui ne « comprend pas la logique sanitaire algérienne ».

Ma mère est décédée en Algérie et je n’ai même pas pu la voir

La colère s’explique aussi par des mois sans liaisons aériennes entre Paris et Alger. « Cela fait 14 mois que l’on n’a pas vu notre famille », se désole Nadia. Cette dernière raconte la situation familiale douloureuse que ces restrictions ont causée : « Ma mère est décédée en Algérie et je n’ai même pas pu la voir. » Un cas loin d’être isolé : « Beaucoup d’Algériens ont enterré leurs parents en visioconférence , lâche Houria.

Les manifestants sont aussi venus faire valoir leur nationalité algérienne. Face à ces mesures, ils sont nombreux à déplorer que l’État algérien les traite comme des touristes. « L’Algérie a oublié que l’on était algérien », regrette Houria. « On nous traite comme si l’on n’était rien », dénonce de son côté Samira, attristée par le « manque de considération de l’ambassade ».

Une visée électorale ?

Si la manifestation se voulait apolitique, les protestataires ont aussi exprimé leur indignation vis-à-vis de la situation politique algérienne. Pour Farid, « l’Algérie s’apprête à revivre un nouvel octobre 1988 », faisant référence au commencement de la décennie noire algérienne. Selon lui, le Hirak est en train d’être récupéré par les islamistes, ce qui laisserait présager leur « accession à l’Assemblée nationale populaire ». Samir déplore quand à lui la répression grandissante des manifestations hebdomadaires du vendredi : « Alger la Blanche est devenue Alger la Bleue ». « On se croirait en état de siège », renchérit Fatiha.

Une fois les législatives passées, les frontières vont être refermées

Les législatives prévues en juin prochain sont perçues comme un simulacre de participation politique, et nombreux sont ceux qui ont décidé de ne pas se rendre aux urnes. « À quoi bon, mon vote ne sera même pas comptabilisé », déplore Farid.

Âgée de 26 ans, Nadjet porte aussi un regard amer sur la situation politique de son pays : « Nous sommes en dictature, nous n’avons des droits que théoriques. » Les mesures sanitaires qui accompagnent la réouverture des frontières sont mêmes vues par certains comme un pur stratagème électoral. « Une fois les législatives passées, les frontières vont être refermées », suppose Rachida.

Entendus à l’ambassade

Farouk Berrouba, organisateur de la manifestation, explique avoir pu entrer en contact avec l’ambassade. S’il n’a pas été reçu par des diplomates, il affirme avoir communiqué par écrit avec trois autres manifestants, leurs revendications concernant l’ouverture des frontières. À la fin du rassemblement, la représentation diplomatique leur a assuré avoir transmis les doléances au gouvernement algérien.

L’organisateur espère une réponse « d’ici le premier juin ». En attendant, le président Abdelmadjid Tebboune a, entre autres, ordonné le 30 mai de baisser de 20 % les frais d’hébergement pour tous les Algériens de retour au pays. Les étudiants et les personnes âgées à faibles revenus seraient, eux, dispensés de ces frais.

*Certains prénoms ont été changé à la demande des témoins.

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