Politique

Maroc – Nouveau modèle de développement : un pacte pour passer à l’acte

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Mis à jour le 31 mai 2021 à 16:04

Le président de la commission sur le nouveau modèle de développement Chakib Benmoussa présentant son rapport au roi Mohammed VI, le 25 mai 2021 au Palais de Fès. © Le président de la commission sur le nouveau modèle de développement Chakib Benmoussa présentant son rapport au roi Mohammed VI, le 25 mai 2021 au Palais de Fès.

Si la commission présidée par Chakib Benmoussa a permis d’articuler les aspirations des Marocains autour d’un référentiel commun pour le développement, son déploiement nécessite une responsabilisation de l’ensemble des acteurs. Autant dire que tout reste à faire…

Une complémentarité entre un État fort et une société forte… Voilà la doctrine organisationnelle proposée par la Commission spéciale pour le nouveau modèle de développement (CSMD), dont le président Chakib Benmoussa a remis officiellement le rapport au roi Mohammed VI, jeudi 27 mai. Une cérémonie attendue depuis plusieurs mois, l’instance constituée fin 2019 ayant achevé ses travaux au début de l’année.

La présentation devant le souverain a eu lieu en présence du chef de gouvernement Saâdeddine El Othmani, des présidents des principales institutions du royaume, en plus du patronat et les chefs des partis politiques. Car tout ce beau monde – en plus de la société civile – est appelé à converger autour d’un référentiel de développement et d’en peaufiner les choix stratégiques afin de concrétiser un projet collectif visant des objectifs clairs fixés dans ce rapport.

Une ambition pour 2035

« En 2035, le Maroc est un pays démocratique, où toutes et tous sont en pleine capacité de prendre en main leur devenir et de libérer leur potentiel, de vivre en dignité au sein d’une société ouverte, diverse, juste et équitable. C’est un pays créateur de valeur, qui fructifie ses potentialités de manière durable, partagée et responsable. »

L’impact citoyen est à suivre et à évaluer pour tout projet de ce nouveau modèle

Ainsi est défini le Maroc de demain rêvé par la CSMD. Celui-ci fixe une quinzaine d’indicateurs de performance pour une évaluation de ce Nouveau modèle de développement (NMD). Il s’agit entre autres, de doubler le PIB par habitant (16 000 dollars à horizon 2035) ainsi que la part de l’emploi formel (80 %) et d’atteindre un taux de satisfaction des citoyens vis-à-vis des services publics à hauteur de 80 %, un indicateur nouveau qui n’a pas encore cours au royaume.

« L’impact citoyen est à suivre et à évaluer pour tout projet de ce nouveau modèle », explique Chakib Benmoussa à Jeune Afrique. En bon ingénieur, le président de la commission estime que ces indicateurs de performance soulignent « l’impératif de résultats pour les acteurs en charge de la mise en œuvre, tout en conservant la flexibilité nécessaire sur les solutions et mesures appropriées pour les atteindre ».

Pour concrétiser cette ambition, le rapport de la CSMD déroule un ensemble d’axes et de choix stratégiques et présente un plan de financement qui prévoit 4 % du PIB d’investissements publics additionnels durant la phase d’amorçage et jusqu’à 10 % en rythme de croisière. Il propose même de sortir de l’orthodoxie financière : « Un recours accru à l’endettement à court terme est incontournable, et devrait être utilisé pour financer de manière ciblée les projets et chantiers porteurs de développement structurel et de croissance à moyen-long terme, notamment dans le capital humain et la transformation structurelle de l’économie », peut-on lire dans le rapport.

Consensus pour les réformes

Ce décollage socio-économique espéré par ce nouveau modèle reste néanmoins tributaire de réformes structurelles profondes. Sauf que les conclusions et recommandations de la CSMD sonnent comme du déjà entendu, que ce soit en matière de justice, d’éducation, de santé et même de gouvernance. « C’est un recueil de slogans bien intentionnés de tout ce que nous savons qu’il faut faire ! Mais comment y arriver concrètement ? Le document ne tranche pas, mais a l’avantage de laisser toutes les options ouvertes », soutient un leader politique.

« La Commission n’a pas été mise en place pour se substituer aux acteurs politiques en livrant un programme prêt à être mis en œuvre », rétorque Chakib Benmoussa. Et de préciser : « L’intérêt de ce processus est la résultante de beaucoup de propositions venant des acteurs de divers horizons. La commission a fait un travail d’analyse et d’articulation pour concevoir un socle commun, un référentiel de développement à même de créer les conditions de prospérité pour le pays et de les répartir équitablement. »

Le président de la Commission est le premier à admettre que la mise en œuvre de ce nouveau modèle nécessite une implication et une responsabilisation de tous les acteurs. Le rapport prône d’ailleurs la mise en œuvre d’un « Pacte pour le développement ». « Il s’agit d’un pacte moral impliquant partis politiques, acteurs économique et société civile autour d’un référentiel de développement. Cela permet de garantir le minimum de consensus nécessaire pour mener les réformes compliquées permettant une transformation de l’économie et une équité sociale », détaille Chakib Benmoussa.

Trouver ce consensus reste donc le véritable défi pour amorcer effectivement ce nouveau modèle de développement. « La commission aura contribué à faire avancer les choses quand les acteurs s’approprieront ce référentiel de développement cohérent, réaliste et qui capitalise sur ce que le Royaume a déjà réalisé », conclut le président de la CSMD.