Politique économique

La compétitivité au coeur de la 2e édition du Africa CEO Forum

La première édition du Africa CEO Forum, en 2012, a réuni plus de 300 patrons.

La première édition du Africa CEO Forum, en 2012, a réuni plus de 300 patrons. © Bruno Levy/JA

Aujourd’hui s’ouvre 2e édition du Africa CEO Forum, organisé par le Groupe Jeune Afrique et la Banque africaine de développement. Cet événement rassemble cette année 600 chefs d’entreprises et décideurs venus échanger sur la thématique de la compétitivité en Afrique. Coupures d’électricité, coût exorbitant des transports, faible intégration régionale… Autant de freins que le continent doit desserrer pour parvenir à une croissance durable.

« Compétitif, adjectif : se dit d’un territoire susceptible, grâce à ses qualités, à ses caractéristiques, de supporter la concurrence. » Cette notion, qui recouvre une multitude de facteurs allant de la qualité des institutions aux infrastructures en passant par la santé et la formation professionnelle des populations, est à la mode. Y compris en Afrique.

Ashish J. Thakkar
PDG de Mara Group

« C’est un moment vraiment excitant pour l’Afrique. »

Jean-Philippe Prosper
Vice-président pour l’Afrique subsaharienne, l’Amérique latine et les Caraïbes de l’IFC, Banque mondiale

« La dynamique du développement africain s’est considérablement accélérée ces dix dernières années. Les économies du continent doivent désormais progresser en matière de climat des affaires, d’infrastructures, de sécurité alimentaire, de santé et d’éducation pour améliorer leur compétitivité. »

La croissance observée ces dernières années sur le continent ne rime pas forcément avec compétitivité. Ces bonnes performances économiques sont attribuées à « une augmentation des investissements, un marché des matières premières favorable et une amélioration du cadre macroéconomique », par le World Economic Forum (WEF), la fondation suisse qui organise chaque année l’événement du même nom. Mais en matière de compétitivité, l’Afrique est encore à la traîne. Dans son dernier rapport sur le sujet, le WEF classe ainsi quatorze économies africaines parmi les vingt dernières du monde : « Si le continent veut améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants, il doit absolument renforcer sa compétitivité à long terme. » Un élément difficile à évaluer. Hischam El-Agamy, directeur exécutif à l’IMD, un institut de management installé à Lausanne, propose une façon simple de procéder : « Regarder combien de PME ont été créées en une année ». Parmi les différents facteurs susceptibles d’aider le continent à devenir plus compétitif, Jeune Afrique en a retenu quatre.

Plus de 600 patrons attendus au Africa CEO Forum

Pour sa 2e édition, le Africa CEO Forum se tiendra de nouveau à l’hôtel Intercontinental de Genève, du 17 au 19 mars. Il accueillera plus de 600 dirigeants de grandes entreprises, venus de 64 pays à travers le monde, soit près de deux fois plus que lors de la première édition. Parmi eux, environ 150 banquiers et financiers ainsi que des patrons de l’agro-industrie, des télécoms, des transports, de l’énergie ou encore du BTP… Au programme, quatre conférences plénières sur les enjeux de la compétitivité, l' »africapitalisme », la place des grandes entreprises africaines dans les projets structurants et la révolution numérique. En complément, huit conférences thématiques seront consacrées à diverses tendances du capitalisme sur le continent, notamment les ressources naturelles, le family business, l’intégration financière et l’agrobusiness. N.T.

JA2774p059 info1Déficit énergétique

C’est sur le terrain de l’énergie que doit se livrer la mère de toutes les batailles. Son déficit est régulièrement cité par les patrons comme l’un des principaux freins à l’industrialisation et à la compétitivité des entreprises africaines. Selon une récente étude du département de recherche du groupe Ecobank, le déficit énergétique du continent et les fréquentes coupures d’électricité qui en découlent représentent une perte économique d’environ 80 heures de travail par mois pour une grande majorité des entreprises. Et les solutions destinées à y faire face augmentent les coûts de production. En Éthiopie par exemple, où l’électricité est souvent générée par des groupes électrogènes, le kilowattheure coûte 0,25 dollar (0,18 euro), contre 0,14 dollar en Chine. Résultat, il est moins cher pour un Éthiopien d’acheter une chaise fabriquée dans le pays asiatique, même en tenant compte des coûts de transport. Mais un peu partout sur le continent, notamment en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Gabon ou encore au Cameroun, des initiatives se multiplient (construction de centrales, ouverture de la production d’électricité à des acteurs privés, etc.) pour résoudre ce problème.

Coût des transports

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En la matière, l’Afrique est sur la bonne voie avec la réalisation d’un grand nombre de routes, d’aéroports et de ports ces dernières années. Mais il lui reste encore un long chemin à parcourir car, selon les analystes, elle perd chaque année trois points de croissance en raison de ses mauvaises infrastructures, dans les transports notamment. Selon un récent rapport de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), le continent compte moins de kilomètres de routes qu’il y a trente ans. Résultat : les coûts de transport des marchandises y sont les plus élevés au monde. Il faut compter plus de 10 000 dollars et de onze à dix-sept jours pour déplacer un seul conteneur par voie terrestre de Dakar à Ouagadougou, soit 2 000 km. En Chine, le même conteneur sera déplacé sur cette distance pour 2 300 dollars par la route et pour 1 000 dollars par chemin de fer. Malgré tout, la situation n’est pas désespérée. Bien au contraire. « On assiste à l’émergence de nouveaux partenaires, chinois, brésiliens ou indiens, qui peuvent permettre de financer les infrastructures nécessaires », soutient Abdoul Mijiyawa, économiste pour l’African Center for Economic Transformation (ACET), un organisme installé au Ghana.

Bob Collymore
Directeur général de Safaricom

« C’est dans le secteur privé que la richesse est générée, c’est donc là que naît la corruption. Si les chefs d’entreprise africains continuent de fuir leurs responsabilités dans ce domaine, le continent ne sera jamais à même de réaliser son plein potentiel. »

Kola Karim
PDG de Shoreline Energy

« Seul le dévouement et la concentration des Africains développeront l’Afrique, comme les Européens l’ont fait pour l’Europe et les Américains pour l’Amérique. »

Intégration régionale

L’ouverture des frontières économiques entre les États africains est un instrument clé d’accroissement de la compétitivité du continent, de diversification de sa base économique et de création d’emplois pour sa population, très jeune et de plus en plus urbanisée.

En Afrique de l’Ouest par exemple, le renforcement de la libre circulation des personnes et des biens permettrait aux entreprises de la sous-région d’intervenir sur un marché de plus de 300 millions d’habitants. Abdoul Mijiyawa est convaincu que « l’ouverture des économies africaines doit commencer par là pour ne pas tuer les industries naissantes. Pour permettre aux entreprises locales de s’adapter, les États doivent aussi appliquer une stratégie du bâton et de la carotte en soumettant les incitations à un certain nombre de critères de performance ».

Mais en matière d’intégration régionale, la question de la qualité des décideurs politiques est cruciale. « Les dirigeants africains doivent avoir une vision politique commune de long terme et abandonner certaines fonctions régaliennes », préconise Jean-Marc Brault de Bournonville, le président Afrique et océan Indien du Comité national des conseillers du commerce extérieur de la France.

Formation

Les questions de la formation et de la compétence ne figurent pas en tête des obstacles cités par les chefs d’entreprise. Et pour cause : selon une étude du cabinet McKinsey, aujourd’hui, 33 % de la population africaine fait des études secondaires, contre 27 % en 2000, et cette proportion devrait atteindre 40 % en 2020. Quant à la part de la population formée à un niveau adapté au secteur tertiaire, elle est susceptible d’augmenter légèrement, passant de 7 % à ce jour à 8 % en 2020. Cela porterait la scolarité africaine en 2020 à un niveau comparable à celui de l’Inde, mais encore inférieur à celui de la Chine. Toutefois, l’adéquation entre les formations offertes et les besoins des entreprises reste « un grand point de blocage », assure Hischam El-Agamy. D’où un autre impératif : investir davantage dans la formation professionnelle.

Carlos Lopes

Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (Uneca)

« Aujourd’hui comme jamais, l’Afrique a la possibilité de façonner son propre avenir économique grâce à l’industrialisation. Une fois industrialisé, le continent représentera le nouveau moteur de croissance dont le monde a tant besoin. Il est dans l’intérêt de tous que l’Afrique réussisse. »

Mo Ibrahim
Président de la Fondation Mo Ibrahim

« De 2000 à 2010, plus de 30 millions de dollars en moyenne ont déserté le continent chaque année, sous forme de transferts financiers illicites. Rien ne justifie cette hémorragie désastreuse et totalement improductive. »

Mohamed Bennani
PDG de Bank of Africa

« Le moteur du développement économique et social de notre continent qu’est le secteur bancaire africain ne pourra tourner à plein régime sans un environnement des affaires moderne et évolutif. »

Mehdi Tazi
Directeur général de Saham

« L’Afrique est passée en quelques années de continent paria à continent vedette. En tant qu’Africains, notre challenge est de faire en sorte que ce ne soit pas qu’un phénomène de mode mais une tendance de fond. »

Kingsley Chiedu Moghalu
Vice-gouverneur, Banque centrale du Nigeria

« Le capitalisme a marché en Occident et en Asie, sous des formes adaptées, mais il n’est pas automatique : les pays africains doivent parvenir à trouver le modèle qui conviendra au continent. »

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