Politique économique

Compétitivité : la stratégie de niche du Maroc

Une usine Renault-Nissan àTanger.

Une usine Renault-Nissan àTanger. © Azzouz Boukallouch/AFP

Le Maroc fait figure de bon élève en matière de compétitivité. Pourtant, les défis ne manquent pas et les leviers à activer, au premier rang desquels l’allègement de la pression fiscale, sont clairement identifiés.

Pays le plus compétitif d’Afrique du Nord selon le dernier classement du World Economic Forum (WEF), le Maroc occupe aussi le 5e rang au niveau du continent. À la traîne il y a une dizaine d’années, le royaume a fait beaucoup d’efforts : création de zones industrielles spécialisées et de zones franches ultra-attractives, lancement de plans sectoriels, allègement de la fiscalité des entreprises, formation d’une main-d’oeuvre qualifiée… Le Maroc n’a pas lésiné sur les moyens pour muscler son offre. Et le résultat est là, bien visible, notamment dans des secteurs très concurrentiels comme l’automobile et l’aéronautique. Le pays est aujourd’hui un champion régional. Il a pu attirer de gros calibres comme Renault, qui a fait construire à Tanger sa plus grande usine hors d’Europe, ou encore le constructeur aéronautique Bombardier, actif depuis quelques mois à Nouaceur, près de Casablanca. Ces sites, qui emploient des dizaines de milliers de jeunes Marocains, ont permis l’émergence de nouveaux métiers et réalisent de belles performances à l’export.

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Trompeur

Mais ce tableau idyllique est quelque peu trompeur. Car dans les domaines cités, « l’État accorde une batterie de privilèges dont les secteurs traditionnels ne bénéficient pas. Ils sont en quelque sorte subventionnés. Ils ne peuvent donc être représentatifs de l’état général de la compétitivité du pays », signale le consultant Redouane Mfadel. Même son de cloche du côté de Hakim Marrakchi, le patron de Maghreb Industries, une entreprise agroalimentaire qui réalise la moitié de son chiffre d’affaires à l’export (en Europe et aux États-Unis, entre autres). « Le Maroc n’a pas de stratégie globale pour booster sa compétitivité. Seulement des stratégies de niche, qui ont bien fonctionné, notamment dans l’automobile. Mais le poids de l’industrie dans le PIB du pays diminue, notre compétitivité s’érode. D’autant que le monde change et que nous sommes désormais concurrencés par des pays d’Europe du Sud ou d’Amérique latine », explique-t-il.

Les exemples de secteurs moins compétitifs ne manquent pas : le textile, l’acier, la céramique ou encore le PVC sont en perte de vitesse. Et vivent pour la plupart d’entre eux une sorte d’état d’exception, protégé (à tort ou à raison) par des clauses de sauvegarde gouvernementales.

Banqueroute

Dernier cas en date : Maghreb Steel, fleuron national de l’industrie de l’acier qui a frôlé la banqueroute en 2013 en raison de la concurrence turque et espagnole. « On n’a pas seulement perdu la bataille de l’export, on est aussi attaqué sur notre propre terrain, le marché local », s’alarme Redouane Mfadel, qui appelle les autorités à concevoir un nouveau pacte de compétitivité, plus agressif et surtout global. Les leviers à activer sont clairs : alléger la pression fiscale, faciliter l’accès au foncier, simplifier les procédures administratives et douanières, diminuer le coût de l’énergie et de la logistique… Bref, faire bénéficier toutes les entreprises des cadeaux qui ont été donnés à Renault ou à Bombardier.

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