Politique

En Afrique du Sud, Emmanuel Macron défend l’accès aux vaccins

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Le président sud-africain Cyril Ramaphosa et son homologue français Emmanuel Macron, à Pretoria en Afrique du Sud, le 28 mai 2021.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa et son homologue français Emmanuel Macron, à Pretoria en Afrique du Sud, le 28 mai 2021. © Ludovic MARIN/AFP

Le président français a passé 24 heures à Pretoria pour une visite dominée par la question de l’inégalité vaccinale sur le continent.

Dans la soute à bagages de l’avion présidentiel, un symbole : 2 200 vaccins Johnson & Johnson venus de Paris. La France livre directement ses ressortissants de plus de 55 ans, inquiets de ne pas pouvoir être vaccinés dans les mois prochains. Ce colis destiné aux expatriés rappelle qu’en Afrique du Sud, la campagne de vaccination connaît un dangereux retard avec seulement 900 000 personnes vaccinées pour 58 millions d’habitants.

Attention au risque « d’apartheid vaccinal », ne cesse de dénoncer Cyril Ramaphosa, l’une des voix les plus critiques du continent sur la gestion de la pandémie. Les deux chefs d’État ont échangé publiquement leurs idées sur la crise actuelle dans l’amphithéâtre du campus Future Africa de Pretoria. Les plus éminents scientifiques et industriels sud-africains engagés dans la lutte contre le Covid-19 étaient réunis pour écouter et dialoguer avec les deux présidents pendant plusieurs heures.

Investissement

Devant Emmanuel Macron, le président sud-africain n’a pas mâché ses mots pour railler la boulimie des pays du Nord. « Alors que les vaccins inondent les pays riches, ils ne font que ruisseler en Afrique », a déploré le président sud-africain. Un constat partagé par son homologue français. Face au risque d’accumulation dans les pays riches, Emmanuel Macron a insisté pour que le don de doses pré-payées soit une priorité. La France s’engage à offrir 30 millions de doses d’ici la fin de l’année, 100 millions à l’échelle européenne. Autre urgence identifiée par Emmanuel Macron : le renforcement des capacités de production sur le continent. Comme l’a rappelé le chef de l’État français, « l’Afrique, c’est 20% des besoins et seulement 1% de la production vaccinale ».

Afin de combler ce déficit, la France a annoncé un investissement massif – mais non rendu public – dans la multinationale sud-africaine Aspen. Cette entreprise, dont le siège social est à Port-Elizabeth, produit les vaccins de la firme américaine Johnson & Johnson. Un transfert de technologie lui permet d’assembler, d’emballer et de distribuer le vaccin à dose unique Janssen destiné au marché local et à l’export. En revanche, la préparation des matières premières n’a pas encore été déléguée à Aspen.

Pour une levée des brevets

Investir dans la production locale est un effort bienvenu mais limité si les pays n’ont pas la capacité de fabriquer intégralement les vaccins, estime Cyril Ramaphosa. Le président sud-africain plaide sans relâche pour une levée temporaire des brevets sur la propriété intellectuelle, condition sine qua non pour répondre aux besoins selon le chef de l’État. Une demande en ce sens a été déposée en octobre 2020 devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), par l’Afrique du Sud et l’Inde. Plus d’une centaine de pays soutiendraient cette requête selon Cyril Ramaphosa.

Dernier soutien en date, bien qu’en demi-teinte, celui d’Emmanuel Macron. Longtemps considéré comme opposé à la levée des brevets pour ne pas nuire à l’innovation, le président français a profité de son voyage à Pretoria pour affiner sa position. « Je veux ici être très clair, sur le principe de lever les contraintes de la propriété intellectuelle pour permettre la production en Afrique et partout dans le monde, nous sommes pour » a déclaré Emmanuel Macron à l’issue d’un entretien en tête à tête avec Cyril Ramaphosa.

Si Emmanuel Macron accepte d’envisager une levée temporaire des brevets, il n’y voit cependant qu’une solution secondaire, inadaptée à l’urgence de la pandémie. La levée des brevets sur la propriété intellectuelle ne résout pas immédiatement la question des capacités de production. Pour autant, les deux chefs d’État ont prévu de travailler ensemble sur cette question. Ils présenteront une initiative commune à leurs homologues du G7 qui se réuniront au Royaume-Uni du 11 au 13 juin. « Nous allons essayer de les convaincre que nous sommes en guerre », a prévenu Cyril Ramaphosa.

Lutte contre les jihadistes au Mozambique

Avant d’évoquer la guerre contre la pandémie, c’est la lutte contre les jihadistes du nord du Mozambique qui a été discutée entre les deux chefs d’État. « La France est disponible pour prendre part à des opérations sur la partie maritime », a dévoilé Emmanuel Macron. La veille, le président Cyril Ramaphosa était à Maputo pour un sommet de la SADC qui n’a débouché sur aucune annonce concrète. « Nous sommes à disposition pour aider mais dans le cadre d’une solution politique qui sera d’abord demandée par le Mozambique et ensuite structurée par la SADC », a précisé Emmanuel Macron.

En lutte contre le terrorisme ou contre une pandémie, Emmanuel Macron a défendu l’idée d’un monde interdépendant où la solidarité doit prévaloir. « Je crois, aujourd’hui plus qu’hier, que nous avons compris à quel point nous avons tous un destin lié, cette crise l’a rendu transparent à nos concitoyens », déclarait le président Macron avant de quitter Pretoria ce samedi midi. « Le président était porteur d’un message de volontarisme et de solidarité », analyse Achille Mbembé.

Sa voix n’est pas du tout la voix de la France-Afrique »

L’historien camerounais, qui vit à Johannesburg, s’est entretenu plus de deux heures avec Emmanuel Macron durant cette visite éclair. « Sa voix n’est pas du tout la voix de la France-Afrique, c’est quelque chose de nouveau, qui n’a peut-être pas encore de nom, il y a une brèche qui est ouverte, et il y a une chance à saisir », entrevoit Achille Mbembé. L’intellectuel camerounais a été chargé par le président Macron d’organiser le colossal sommet Afrique-France (12 pays, 1 000 invités, une soixantaine de débats) reporté au mois d’octobre à Montpellier. L’occasion « de refonder la relation entre l’Afrique et la France », prévient Achille Mbembé et de faire le bilan de la politique africaine d’Emmanuel Macron à l’approche de la fin de son premier mandat.

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