Livres

[Tribune] Valorisons les contes africains issus de la tradition orale

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Par  Djaka Keita

Cofondatrice de la Maison Lönni, maison culturelle visant à valoriser les cultures africaines.

Par  Mitène Cherif

Cofondatrice de la Maison Lönni

Dans une librairie à Lomé, au Togo.

Dans une librairie à Lomé, au Togo. © © Deloche/Godong/Leemage

Si des centaines d’albums estampillés littérature jeunesse sont publiés chaque année en langue française, l’imaginaire africain y est encore trop peu représenté. Le conte, élément central de la culture du continent, offre pourtant un support idéal.

Qui ne serait pas curieux de se (re)plonger dans la riche tradition orale africaine ? Les contes, trésors immatériels séculaires, sont autant d’humbles témoignages d’un temps passé. Traditionnellement transmis à l’oral, la reconnaissance et la préservation de cette littérature sont autant d’éléments constitutifs du patrimoine culturel d’une nation.

Pourtant reconnu comme un excellent vecteur de communication sociale, le conte tend à disparaître au sein même de sociétés où la culture orale est encore très présente. Ainsi, sa transmission écrite est devenue l’une des seules manières de le sauvegarder.

Patrimoine culturel africain

Nombreux sont les ethnologues et les linguistes qui ont étudié les langues de sociétés orales, notamment en Afrique, et qui ont constaté que le conte n’avait pas seulement vocation à divertir les enfants, mais était un réel support de formation et d’enseignement s’adressant à tous les âges. Par le langage des images, le conte est un moyen de transmettre d’une manière plus ou moins voilée, des connaissances, des valeurs et des sagesses. Lorsqu’elles sont reçues dès l’enfance, ces paroles peuvent se graver dans la mémoire profonde de l’individu pour ressurgir peut-être, au moment approprié, éclairées d’un sens nouveau.

Porte-parole de la pensée et des valeurs collectives, le conte, plus qu’une forme divertissante, remplit des fonctions didactiques et initiatiques, est un moyen de transmission par excellence. Étroitement lié à la culture et à la géographie du peuple qui l’a produit, il est aussi une manière de perpétuer les traditions et de raconter l’Histoire des anciens empires africains. Des épopées comme celles de Soundiata Keïta situent précisément l’histoire du Mali et permettent aux enfants d’appréhender l’Afrique non pas comme une entité, mais comme un ensemble de pays ayant chacun leur propre culture et coutume.

Le conte est un message d’hier raconté aujourd’hui pour demain

Pour le grand maître de la parole qu’était Amadou Hampaté Bâ, « le conte est un message d’hier raconté aujourd’hui pour demain », d’où l’importance de le préserver. À l’instar des arts du spectacle ou des rituels, les traditions et expressions orales sont reconnues par l’Unesco depuis 2003 comme appartenant au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. La sensibilisation et l’appréciation mutuelle au niveau local, national et international sont donc essentielles. Les riches coutumes et traditions incarnent l’or africain face aux défis de la modernité et de la globalisation qui tendent à uniformiser l’originalité des particularismes propres à chaque culture.

La traduction, un moyen de sauvegarder la tradition orale africaine

Du XXe siècle jusqu’aux Indépendances, un grand nombre de contes ont été recueillis et traduits dans une volonté de fixer l’héritage de la tradition orale menacée de disparition. En voulant développer la pensée africaine et faire accéder les jeunes générations et le monde occidental à une culture propre, à une aire géographique, le traducteur établit un véritable lien entre deux mondes différents. Il contribue à renforcer le dialogue entre les civilisations, car c’est en découvrant l’Autre que l’on parvient à le connaître et par là même, à respecter son altérité et son identité culturelle.

En devenant un texte écrit, le conte perd de ses qualités intrinsèques que sont l’improvisation et l’expression par le ton

Pour autant, en devenant un texte écrit, le conte perd de ses qualités intrinsèques que sont l’improvisation et l’expression par le ton, car l’écrit fige et fixe. Il est donc indispensable que toute traduction d’un conte issu de la tradition orale reste fidèle non pas à la lettre, au risque d’effectuer une traduction littérale perdant tout son sens, mais colle à l’esprit du conte.

Diversifier la littérature jeunesse

La retranscription écrite des récits oraux africains à destination des jeunes enfants issus de la diaspora africaine, mais aussi des autres, est une nécessité pour leur apprendre une histoire élargie du monde. Une ambition incarnée, exemple parmi tant d’autres, par la Maison culturelle Lönni, lancée en 2021.

Ses deux fondatrices envisagent de sillonner le continent à la recherche de contes pour valoriser les innombrables cultures africaines et éblouir les enfants avec leur propre histoire. Chaque année, des centaines d’albums jeunesse sont publiés pour le plus grand bonheur des petits et de leurs parents, mais rares sont ceux qui présentent un imaginaire étranger désirable et même une envie d’exil.

En 2021, la littérature jeunesse française n’est toujours pas un modèle de diversité malgré le cosmopolitisme de la société. Rares sont les livres qui présentent un personnage principal non blanc, qui ne soit pas un petit garçon ou un animal. Si la diversité des personnages et des histoires dans la littérature jeunesse est cruciale, c’est parce qu’elle joue un rôle clé dans le développement de l’enfant, car c’est au travers des récits que l’enfant développe sa compréhension de l’Autre, son ouverture d’esprit et son humanité.

Le secteur de l’illustration en France peine encore à proposer une grande variété d’albums pour les plus petits. Il serait dommage de se passer de l’Afrique, merveilleux réservoir d’histoires et de contes.

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