Electricité

Côte d’Ivoire : quels sont les acteurs au cœur de la crise électrique ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Mis à jour le 02 juin 2021 à 12h44
La centrale d’Azito en Côte d’Ivoire, dont Globeleq envisage d’ajouter 250 MW à sa capacité de production actuelle de 440 MW.

La centrale d'Azito en Côte d'Ivoire, dont Globeleq envisage d'ajouter 250 MW à sa capacité de production actuelle de 440 MW. © Globeleq

Le secteur de l’électricité ivoirien traverse une grave crise. Un plan de délestage, qui concerne entreprises et particuliers, est en cours. De nombreux acteurs sont mobilisés, en attendant un retour à la normale dans deux mois.

Comment un pays qui a augmenté sa production d’électricité de 60 % en dix ans – au point d’en exporter une partie chez ses voisins – peut-il se retrouver en situation de délestage ?

En Côte d’Ivoire, 180 entreprises et des millions de foyers – à Abidjan et à l’intérieur du pays – sont soumis depuis plus d’un mois à des coupures pour pallier un déficit estimé à 200 MW, conséquence de pannes en cascade sur le réseau thermique (qui représente 60 % de la production totale) et d’investissements qui ont pris du retard notamment en raison de la crise sanitaire du Covid-19.

D’ici à deux mois, la situation sera redevenue normale

Le nouveau ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Thomas Camara, qui pilote la gestion de cette crise inédite depuis le milieu des années 1980, préfère employer le terme de « rationnement ». « Nos équipes sont sur le terrain et mettent tout en œuvre pour réduire le temps d’indisponibilité de l’électricité. Une grosse turbine à gaz est en construction sur le réseau thermique, et les travaux sont accélérés. Nous assurons à la population que, d’ici à deux mois, la situation sera redevenue normale », a-t-il affirmé.

Thomas Camara, le sauveur ?

Thomas Camara a succédé au mois d’avril à Abdourahmane Cissé, devenu secrétaire général de la Présidence. Diplômé de l’École nationale supérieure d’Ingénieur d’Abidjan (Inset Yamoussoukro) et titulaire d’un diplôme d’études approfondies en énergétique à l’École nationale supérieure des arts et métiers (Ensam) de Paris, il occupait depuis 2012 le poste de directeur général de la Société ivoirienne de raffinage (SIR) où il a commencé sa carrière comme ingénieur en 1986.

Après une expérience en France en tant qu’ingénieur en modélisation détaché chez Total à partir de 1989, Thomas Camara retrouvera la SIR en 1991 comme ingénieur en études économiques. Dix ans plus tard, il est nommé directeur commercial et économique puis effectuera un passage à la Société multinationale de bitumes (SMB) comme directeur général.

Il occupera ce poste cinq ans avant d’être propulsé à la tête de la SIR. Le député-maire RHDP de Katiola est présenté comme « l’homme qui a qui sauvé la SIR de la faillite » alors qu’elle connaissait d’importantes difficultés financières. Une réussite qui lui vaudra d’être fait commandeur dans l’ordre du Mérite ivoirien.

À son ministère, Thomas Camara peut s’appuyer sur le directeur général de l’Énergie, Cissé Sabati, l’un des premiers à s’être exprimé au début de la crise, avant de se faire plus discret dans les médias. Diplômé en ingénierie électromécanique, ce dernier occupait précédemment le poste de directeur technique de distribution de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) entre 2005 et 2011.

Yeux rivés sur la centrale d’Azito

La CIE, filiale du groupe français Eranove, détient le monopole dans la distribution et la commercialisation de l’électricité en Côte d’Ivoire et s’emploie à rassurer ses deux millions de clients. À sa tête, Ahmadou Bakayoko, un polytechnicien d’une quarantaine d’années, auparavant directeur de la RTI, la télévision publique, plus jeune personnalité à occuper ces fonctions. Il peut compter sur Mathias Kouassi, le directeur général adjoint chargé du pôle distribution, pour parler aux journalistes – c’est lui qui anime les conférences de presse et répond aux questions des médias.

Autre acteur central du secteur : Côte d’Ivoire Energies (CI-Energies), la société étatique chargée de la planification et de la mise en œuvre des projets d’investissements dans le secteur de l’électricité, dirigée depuis 2012 par Amidou Traoré. Ce diplômé de l’école supérieure d’ingénieurs de Rouen, en France, – après des classes préparatoires à Bordeaux – a été directeur d’usine de production hydraulique entre 1994 et 2005, avant de rejoindre la CIE comme DG adjoint responsable de la production, du transport et des mouvements d’énergies (PTME). Il a également été directeur des projets hydroélectriques de 2011 à 2012.

Par ailleurs, selon nos informations, Emmanuel Tra Bi, directeur général de l’Industrie sous la houlette du ministre Souleymane Diarrassouba (Commerce et Industrie), fait le lien entre les acteurs de l’énergie et les industriels en situation de délestage , avec pour mission de « s’assurer que le programme de rationnement leur permette de fonctionner, de façon à préserver l’outil de production et les emplois », explique-t-on dans les milieux officiels ivoiriens.

Un retour à la normale est attendu au mois de juillet, ou en août selon les prévisions les plus pessimistes. Les yeux sont rivés sur la centrale thermique d’Azito, la plus importante de cette catégorie dans le pays, qui a connu plusieurs pannes majeures depuis novembre 2020 et où la construction d’une nouvelle unité de production a pris du retard en raison de la crise sanitaire.

Azito Energie est la propriété de Globeleq Limited, un fonds de pension britannique qui en détient 77 %, le reliquat revenant à la société IPS du groupe de l’Aga Khan. Autre structure importante dans la résolution de cette crise, la Compagnie ivoirienne de production d’électricité (Ciprel), filiale d’Eranove et deuxième plus grand producteur indépendant dans le thermique du pays.

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