Société

[Chronique] Afrique du Sud : la polyandrie au nom de l’égalité ?

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Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Glez

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Alors que la polygamie est un droit reconnu en Afrique du Sud, le gouvernement alimente le débat sur l’autorisation éventuelle du mariage polyandre. Les femmes auront-elles bientôt le droit d’épouser plusieurs hommes ?

« La polygamie » ? « Jamais ! », répondent les conservateurs de pays occidentaux qui abritent pourtant des « trouples » et autres versions du « polyamour ». « Prescription divine », rétorquent des prêcheurs plus ou moins autoproclamés. Au-delà des arguments romantiques de la fidélité exclusive, des difficultés prosaïques des femmes stériles à trouver un foyer ou de toute autre argutie culturo-environnementale, il reste la question censément universelle de l’égalité des droits. Pourquoi un homme pourrait-il convoler en justes noces avec plusieurs personnes, tandis que la femme n’y serait pas autorisée ?

En admettant la polygamie masculine –autorisée dans une trentaine de pays très majoritairement africains–, on oublie que cette polygynie pose automatiquement la question de l’éventuelle polyandrie, la polygamie féminine. Alors que l’Afrique du Sud vient de poser sur la table du débat public la loi sur le mariage, en vue d’une meilleure intégration des différents types d’unions culturelles et religieuses et d’une proscription du mariage des enfants, la controverse sur la polygamie s’est invitée dans les débats. Dans un pays où les hommes sont déjà autorisés par la loi à avoir plusieurs femmes et dont l’ancien président Jacob Zuma a banalisé la multiplicité des mariages, la « polyandrie » n’irait-elle pas de soi ? Prends garde à toi, phallocratie !

Paradoxe

Dans un document qui étudie les différents points de réforme possibles autour de la loi globale sur le mariage, le gouvernement sud-africain n’a pu faire l’économie de cette évocation. Faudra-il voter la reconnaissance de la polyandrie ? Des élus de partis religieux, chrétiens et musulmans, ne se sont pas fait prier pour disqualifier une pratique « non africaine ». Et le débat a débordé des ors législatifs, beaucoup d’internautes accueillant l’hypothèse de familles à co-époux comme de la science fiction. Si ce type de mariage est effectivement très rare dans le monde, de tels us ne sont pas surréalistes et sont historiquement présents chez certaines peuplades, y compris africaines : des Maasaï du Kenya aux Lélé du Kasaï congolais, en passant par les Abisis du centre du Nigeria ou encore des composantes de l’ancien royaume de Madagascar.

Ceux qui s’opposent à la polyandrie se déclarent en général favorable à la polygamie

Si le ministère de l’Intérieur sud-africain souhaite que la question des polygamies réciproques n’élude pas les autres aspects abordés par le débat, le document préliminaire, audacieux et presque caustique, souligne que des consultations ont révélé un paradoxe : les personnes qui s’opposent à la polyandrie se déclarent en général favorable à la polygamie.

Les « modernistes » autoproclamés auraient tort de considérer que le débat sur la polyandrie s’estompera seul, au prétexte que la polygynie deviendrait naturellement désuète. Le Kenya, par exemple, n’a légalisé la polygamie qu’en 2014, tandis que des études démontrent le recours au statut de co-épouse par des Sénégalaises de plus en plus instruites. La limite d’une polyandrie concomitante avec la polygynie ne serait-elle pas d’ordre « mécanique » ? Comment tracer les frontières des foyers, ménages et familles, quand un homme a plusieurs épouses qui ont plusieurs époux qui ont plusieurs épouses qui ont plusieurs époux ?

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