Politique

Mali : un nouveau gouvernement d’« ouverture », mais toujours dominé par les militaires

Par - à Bamako
Mis à jour le 25 mai 2021 à 08:05

Le Premier ministre Moctar Ouane, le 10 février 2021, lors de la rencontre avec les partis politiques. © DR / Primature Mali

Plus d’une semaine après la reconduction de Moctar Ouane au poste de Premier ministre, son nouveau gouvernement a été dévoilé. Les militaires s’y taillent la part du lion.

À Bamako, ces derniers jours, les rumeurs allaient bon sur la composition du nouvel attelage gouvernemental, donnant lieu à de nombreuses spéculations. Le Dr Kalilou Doumbia, secrétaire général de la présidence, a mis fin au suspens, ce lundi 24 mai, en dévoilant le visage du deuxième gouvernement de la transition sur les ondes de l’ORTM, la télévision nationale.

Le Premier ministre Moctar Ouane, reconduit à son poste, dirigera une équipe de 25 membres, dont cinq femmes, soit le même nombre de ministres que dans le précédent gouvernement.

Beaucoup de ministres ont été reconduits, en particulier parmi les militaires. Le colonel-major Ismaël Wagué, qui fut longtemps la principale figure médiatique des putschistes ayant mené le coup d’État contre Ibrahim Boubacar Keïta, conserve ainsi son portefeuille de la Réconciliation nationale, de même que le lieutenant-colonel Abdoulaye Maïga, reste à la tête du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.

Des généraux à la place de colonels

Deux membres influents de l’ex-Conseil national pour le salut du peuple (CNSP) ont cependant été remplacés : le colonel Modibo Koné a dû céder son poste de ministre de la Sécurité et de la Protection civile au général Mamadou Lamine Ballo, tandis que le colonel Sadio Camara a quitté le très stratégique ministère de la Défense où le remplace le général Souleymane Doucouré, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air qui était jusque-là secrétaire général du ministre de la Défense.

En revanche, Zeïni Moulaye, ancien ministre des Transports et du Tourisme de 1989 à 1991, ex-ambassadeur du Mali en Arabie saoudite de 2016 à 2020 et ex-conseiller diplomatique d’IBK, reste ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

Reconduite, également, Fanta Siby, qui conserve son poste au ministre de la Solidarité et du Développement social. De même que Harouna Niang (Industrie, du Commerce et de la Promotion des Investissements), Mohamed Salia Touré (Formation professionnelle et Construction citoyenne), Mossa Ag Attaher (Jeunesse et Sports), Mahamadou Koné (Affaires religieuses et du Culte) et Kadiatou Konaré (Culture, Artisanat et Tourisme).

Certains restent au sein du gouvernement, mais changent de poste. C’est le cas de Me Harouna Toureh, qui quitte le ministère du Travail pour prendre celui de la Promotion de la bonne Gouvernance, chargé des Relations avec les institutions, tandis que Dionkè Diarra, qui était auparavant à l’Urbanisme, monte en grade pour prendre le ministère de l’Économie et des Finances. Hamdou Ag Ilyène, ex-ministre des Maliens de l’étranger devient ministre de la Communication et de l’Économie numérique.

En revanche, le ministère de la Refondation ne figure pas dans le nouvel attelage. « C’est un ministère qui n’a plus son sens depuis la création du Comité d’orientation stratégique sur les réformes politiques et institutionnelles », estime Mohamed Ag Assory, analyse politique.

Contexte tendu

Au rang des nouveaux entrants, on notera la nomination Boubacar Sidiki Samake, l’ancien procureur du pôle antiterroriste, à la tête du ministère de la Justice. De son côté, Assian Sima est nommée au ministère des Transports et des Infrastructures.

L’Union pour la République et la démocratie (URD) – qui fait partie du Front pour la sauvegarde de la démocratie dirigée par Choguel Maïga, affilié au Mouvement du 5 juin – Rassemblement du front patriotique (M5-RFP) – compte deux ministres : Hamza Ahmadou Cissé, nommé au ministère des Affaires foncières, de l’Urbanisme et de l’Habitat, et Diawara Aoua Paul Diallo, nommée ministre de l’Éducation nationale.

Toujours du côté des représentants de partis politiques, Abdel Kader Sidibé, de la Codem, devient pour sa part ministre de la Fonction publique, Djibril Tall (PDES) prend le ministère des Mines et de l’Énergie, Youba Ba (ADP-Maliba) est le nouveau ministre des Maliens de l’extérieur.

Doulaye Konaté (Adema-PASJ) a été nommé à l’Enseignement supérieur, Togo Marie Yagalé Togo (Ensemble pour le Mali, dont le RPM de l’ancien président IBK est la figure de proue) à la Promotion de la femme et, enfin, Mohamed Ag Akeratane (SADI) est désormais ministre de l’Environnement.

La composition de ce nouveau gouvernement était très attendue. Dans un contexte sociopolitique tendu, et alors que les crispations autour du calendrier de la transition sont nombreuses, l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), principal syndicat du pays, a annoncé la reprise d’un nouveau mouvement de grève dans le public et le privé après l’échec de négociations salariales avec le gouvernement.

Déception du M5-RFP

De nombreux acteurs politiques réclamaient une transition plus inclusive, et plaidaient pour un gouvernement plus ouvert. Les représentants du M5-RFP – qui n’avaient pas été entendus lorsqu’ils ont réclamé au président de transition Bah N’Daw le limogeage du Premier ministre Moctar Ouane – ont été consultés pour la formation de ce nouveau gouvernement.

Mais le M5-RFP n’a pas infléchi sa position, affirmant le 22 mai, à l’issue d’une rencontre avec le directeur de cabinet du président, que « les propositions de base mise a disposition par le directeur de cabinet, tirées du programme d’action du gouvernement de transition, ne constituent pas les réponses appropriées a l’ensemble des […] mesures contenues dans les 10 points soumis au président de transition. »