Économie

Investissements : Aliko Dangote met le cap sur le Soudan

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Mis à jour le 24 mai 2021 à 12:52

Aliko Dangote, en 2018 à Singapour. © Wei Leng Tay/Bloomberg via Getty Images

Le « coming out » économique du Soudan à la conférence de Paris a suscité l’intérêt de grands investisseurs africains. Le Nigérian Aliko Dangote se dit intéressé par un investissement dans l’agroalimentaire, afin de répondre à la demande régionale de farine.

L’intérêt manifesté par le principal investisseur nigérian dans l’agroalimentaire et le ciment au Soudan apporte de l’eau au moulin des apôtres de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), qui souhaitent développer le niveau du commerce intra-africain qui plafonne aujourd’hui à 12 %.

Vera Songwe, secrétaire générale de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), fait partie des champions de la Zlecaf. Depuis la scène de la conférence, elle a repéré le président de Dangote Industries Limited au premier rang et a lancé à la salle : « Vous savez que lorsque Dangote est ici, il y a des affaires sérieuses à faire. »

Nous sommes très doués pour faire tourner des usines

Le sucre et le blé, avenir du pays

« Nous allons investir. C’est définitif, oui », nous a déclaré Aliko Dangote. « Ce que j’ai trouvé le plus intéressant, ce sont les opportunités dans l’agriculture ».

« J’ai eu une discussion avec le Premier ministre Abdella Hamdok, notamment au sujet des progrès dans le domaine du blé », explique Aliko Dangote. « Ils possèdent une variété hybride résistante à la chaleur et, en deux ans, ils ont pu atteindre jusqu’à 50 % d’autosuffisance. »

La douleur est immédiate, les bénéfices demandent du temps

Le sucre et le blé seront l’avenir de l’agriculture au Soudan, selon Dangote. « Nous sommes très doués pour faire tourner des usines. Cela pourrait donc être un domaine clé dans lequel nous investissons. »

Transformations structurelles

Le Soudan a dû faire face à d’énormes factures d’importation de produits de base. Grâce aux semences spécialisées fournies par la Banque africaine de développement (BAD), le programme de culture du blé a permis à l’administration de supprimer les subventions sur le pain.

Selon Hafez Ghanem, vice-président pour l’Afrique orientale et australe à la Banque mondiale, ces transformations structurelles dans l’ensemble de l’économie peuvent aider le Soudan à atténuer une partie de la douleur que les réformes peuvent entraîner. « La douleur est immédiate, les bénéfices demandent du temps ».

Le Soudan peut être le grenier à blé de la région

Dangote se dit impressionné par la trajectoire réformatrice du pays. « Ils ont très bien fait, et nous voulons participer à l’économie. En particulier l’agriculture, l’agroalimentaire et la transformation, peut-être la farine. »

« Une tout autre histoire »

Le groupe n’est plus présent dans le secteur de la minoterie au Nigeria. « En fait, nous avons vendu cette activité à Olam, et il ne serait pas bon de vendre quelque chose et de revenir en arrière pour recommencer », explique Dangote. La division farine a été vendue en 2019 pour 120 milliards de dollars nigérians (environ 240 millions d’euros).

Mais l’inclinaison du Soudan à consommer massivement les produits de base d’Égypte et du Moyen-Orient en fait « une tout autre histoire », estime Dangote. « Le Soudan peut être le grenier à blé de cette région. Il dispose d’immenses étendues de terres irriguées, plus de 800 000 hectares, rien que dans cette zone particulière [de culture du blé] ». Un véritable contraste avec l’agriculture en Arabie saoudite « essentiellement désertique ».