Économie

« Covidgate » au Cameroun : le FMI réclame un audit indépendant sur la gestion des fonds Covid

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Mis à jour le 23 mai 2021 à 17h11
Paul Biya, en octobre 2018.

Paul Biya, en octobre 2018. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Si le rapport de la Chambre des comptes de la Cour suprême révèle des irrégularités, il ne satisfait pas encore le Fonds monétaire international, en discussion avec Yaoundé pour la conclusion d’un nouveau programme d’assistance économique. 

Le brûlot circule depuis le 19 mai sur les réseaux sociaux camerounais. Produite en mars, la synthèse du rapport de Chambre des comptes de la Cour suprême sur l’utilisation des fonds affectés à la gestion de la crise sanitaire rend compte des irrégularités constatées au sein du ministère de la Santé publique et dans celui de la Recherche scientifique.

« Il ne s’agit pas d’un audit, mais d’un aperçu ne portant que sur 30 % des 180 milliards de F CFA (274,4 millions d’euros) affectés à ce fonds spécial. Par ailleurs, tous les ministères impliqués n’ont pas retenu l’attention de cette juridiction », regrette un auditeur local.

C’est la cupidité de certains qui est à l’origine de ce déparage

« Il aurait été indiqué pour la Chambre d’aller plus loin, en soulignant à chaque fois les procédures qui ont été violées, ignorées ou tout simplement contournées, dans un souci d’éducation et de prévention, afin de limiter la survenance de ce genre de dérives à l’avenir. Ce n’est pas l’ignorance des règles et procédures de la commande publique qui est à l’origine de ce dérapage, mais plutôt la cupidité de certains…. », renchérit un analyste.

Point de friction

La transparence dans la gestion des fonds du Covid constitue un point de friction entre Yaoundé et le FMI, actuellement en discussion pour la conclusion d’un nouveau programme. « Le souci du FMI ne porte pas sur les soupçons de distraction des fonds, mais sur la production d’un audit externe qui était une condition préalable », rappelle une source au fait du dossier.

Nous nous engageons à publier un rapport semestriel sur les dépenses liées au Covid-19

Une exigence qui retient également l’attention de la société civile devant l’empressement des autorités camerounaises à donner une suite judiciaire au scandale, sur la base du document produit par la Chambre des comptes, afin de conclure rapidement les négociations avec le FMI. « Mais si les audits et les enquêtes ne sont ni indépendants ni crédibles, le FMI risque de se laisser prendre au jeu qui consiste à simplement cocher des cases », pointait Human Rights Watch en avril.

Dans sa lettre d’intention du 28 avril 2020 adressée à Kristalina Georgieva, le ministre des Finances prenait un engagement en matière de transparence.

« (…) Nous nous engageons à publier un rapport semestriel sur les dépenses liées au Covid-19, à commander un audit indépendant de ces dépenses à la fin de l’exercice 2020 et publier les résultats. Nous nous engageons également à publier des documents relatifs aux résultats des marchés publics attribués par le gouvernement et la propriété effective des entreprises bénéficiaires des marchés sur les dépenses liées au Covid-19 », écrivait Louis-Paul Motaze.

Présélection des cabinets

Même la Chambre des comptes reconnaît dans son rapport qu’un « audit indépendant » doit être produit, en rappelant les textes rédigés dans ce sens par le président Paul Biya, le Premier ministre Joseph Dion Ngute et Louis-Paul Motaze.

Pour faire suite, Gilbert Didier Edoa, le secrétaire général du ministère des Finances, a lancé le 16 février un avis de manifestation d’intérêt pour la présélection des cabinets. « Nous sommes toujours en attente », glisse l’un des postulants. Compte tenu de l’ampleur de la tâche à accomplir, au regard du nombre de ministères à auditer, l’option d’un recrutement de plus d’un cabinet et d’une répartition du travail par lots serait privilégiée.

Il reste à savoir si les conclusions de cette expertise indépendante, qui promet d’autres mauvaises surprises, seront disponibles avant la conclusion du programme avec le FMI. « La sélection définitive des cabinets sera déjà suffisante pour accélérer les choses avec le FMI », conclut notre source.

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