Politique

Togo : malgré l’exil d’Agbéyomé Kodjo, la DMK repart à l’offensive

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Mis à jour le 19 mai 2021 à 18:11

Agbéyomé Kodjo, à Lomé le 22 février 2020. © Luc Gnago/REUTERS

Ce regroupement de l’opposition, qui continue de réclamer la victoire de son candidat à la présidentielle, a sollicité par courrier l’intervention des chancelleries étrangères pour espérer sortir de la crise politique. 

Dans le mémorandum déposé le 17 mai auprès des ambassades de France, d’Allemagne, et des États-Unis, mais aussi de la Coordination du système des Nations unies au Togo et de la délégation de l’Union européenne (UE), la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) sollicite l’implication de la communauté internationale dans la levée des poursuites judiciaires contre ses cadres.

Agbéyomé Kodjo, que ce regroupement a soutenu lors de la présidentielle de 2020, a depuis « pris le maquis » et vraisemblablement quitté le pays, mais continue de réclamer sa victoire. La justice togolaise a délivré à son encontre un mandat d’arrêt international. Son ex-directeur de campagne, Fulbert Atisso, et celle qui fut sa porte-parole, Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson sont, tout comme lui, poursuivis pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’État », « diffusion de fausses informations » et « troubles aggravés à l’ordre public ».

Dialogue direct avec le pouvoir

Qualifiant la situation politique actuelle de « vivement préoccupante », la DMK sollicite par ailleurs l’aide des chancelleries occidentales pour le « rétablissement de la vérité des urnes », suivi d’un « transfert pacifique du pouvoir. » Bien qu’ils continuent de contester la victoire de Faure Essozimna Gnassingbé, ils demandent également à dialoguer directement avec le pouvoir, sans passer par la Concertation nationale entre acteurs politiques (CNAP), initiée depuis décembre par le gouvernement pour débattre, entre autres, de l’organisation des prochaines élections.

Les membres de la DMK veulent, entre autres, débattre de la crise politique, de la réforme des institutions (Cour constitutionnelle, Commission électorale, Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication…), de la gestion des industries extractives, des privatisations des banques et sociétés d’État (Togocom, Nouvelle société cotonnière du Togo…) ou encore des mesures de relance de l’économie post-Covid-19. À l’issue de ce dialogue, ils espèrent encore faire annuler l’élection de février 2020 : en cas de transition, ils promettent d’amnistier et de garantir la sécurité aux anciens dignitaires, militaires et civils, du régime.

Tourner la page du contentieux

Le 4 mai, les représentants de la France, de l’Allemagne, des États-Unis, de l’UE et de l’ONU avaient reçu une délégation de la DMK. Les discussions avaient, entre autres, porté sur les concertations en cours entre le pouvoir et certains partis d’opposition, au sein du CNAP et sur un courrier adressé par le parrain de la DMK, Philippe Fanoko Kpodzro, au président français Emmanuel Macron. L’ancien archevêque de Lomé a été évacué en Suède le 28 avril par le HCR, après son exil à Accra.

Selon nos informations, les ambassadeurs avaient « reconnu que le Togo traverse une crise politique grave », mais avaient estimé que la DMK devait tourner la page du contentieux électoral, en pointant l’absence de preuves de la victoire de Kodjo à la présidentielle. Il avaient alors demandé aux membres de ce regroupement de leur transmettre des propositions pour une sortie de crise pacifique.

À l’issue de cette réunion, ces mêmes chancelleries avaient officiellement demandé par communiqué daté du 11 mai à la DMK de rejoindre la Concertation nationale entre acteurs politiques tout en exhortant ses membres à ne plus publier de communiqués [leur] attribuant des déclarations non vérifiées. » Une déclaration qui avait fortement déplu dans les rangs du regroupement.