Politique

En Tunisie, la cause palestinienne fait toujours consensus

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Par - à Tunis
Mis à jour le 19 mai 2021 à 16:22

Le chef du gouvernement Hichem Mechichi à l’établissement scolaire de Hammam Chott, le 17 mai 2021. © TAP

Des incidents à la mosquée Al-Aqsa aux bombardements sur la bande de Gaza, les derniers événements au Proche-Orient ont suscité un élan de solidarité pour les Palestiniens en Tunisie.

L’embrasement du conflit israélo-palestinien met d’accord tous les partis politiques en Tunisie. À l’unanimité, ils s’élèvent contre les attaques qui visent la bande de Gaza et dénoncent le sionisme. Il leur serait difficile d’adopter une autre position. Au lendemain des indépendances, le discours de Jéricho prononcé par Bourguiba en 1965 proposait une vision pour la paix au Moyen-Orient en soutenant la création de deux États voisins.

Depuis, la politique tunisienne n’a jamais perdu de vue la Palestine. En 1982, les Palestiniens chassés du Liban par l’armée israélienne ainsi que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) trouvaient ainsi refuge en Tunisie. Et si leur exil dura 12 ans, les liens entre Tunisiens et Palestiniens sont devenus indéfectibles.

« Épuration ethnique »

Lors de la campagne présidentielle de 2019, le président Kaïs Saïed avait fait de la cause palestinienne l’un des éléments centraux de ses discours. Au point que certains Tunisiens ont craint que le nouveau locataire de Carthage, tout à son indignation pour le drame palestinien, n’occulte les difficultés du pays.

Avant de se rendre au Sommet sur le financement des économies africaines à Paris, le 17 mai, Kaïs Saïed a eu divers entretiens, notamment avec le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le président du bureau politique du mouvement Hamas, Ismail Haniyeh. Le sujet a également été abordé avec le président français, Emmanuel Macron lors d’un entretien en marge du sommet, où Kaïs Saïed a annoncé la couleur en arborant un drapeau palestinien au revers de sa veste.

Au Conseil de sécurité, la Tunisie a dénoncé les exactions israéliennes et l’offensive contre la bande de Gaza et les territoires occupés

Le président tunisien a fait jouer les leviers dont il dispose, notamment le statut de membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU de la Tunisie jusqu’en décembre 2022. En coordination avec la partie palestinienne, la présidence du Conseil de sécurité et un certain nombre d’États-membres, il a été à l’initiative de deux séances d’urgence et d’une réunion publique le 16 mai. Une crise qui permet à la diplomatie tunisienne de retrouver un certaine dynamisme. Au Conseil de sécurité, la Tunisie  a dénoncé les exactions israéliennes et l’offensive contre la bande de Gaza et les territoires occupés.

Lors d’une réunion extraordinaire de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), le ministre tunisien des Affaires étrangères Othman Jerandi a également accusé Israël de « crimes de guerre, d’extermination collective et d’épuration ethnique » et exigé sa traduction devant la Cour pénale internationale (CPI). Il ne sera sans doute pas suivi par les grandes puissances mais il confirme la position de la Tunisie, qui n’avait pas fait preuve de tant de fermeté depuis longtemps.

Pour une fois, les initiatives de Carthage ne sont pas décriées et sont même soutenues par les partis et l’opinion publique. Depuis le 17 mai et la reprise des travaux parlementaires après la trêve de l’aïd, le drapeau palestinien côtoie les couleurs de la Tunisie dans l’Hémicycle du Bardo. Les députés, comme les citoyens, portent le châle palestinien en signe de solidarité.

Rassemblements

Le mouvement dépasse ainsi les partis politiques, qui ont décidé de réinscrire à leur agenda l’examen d’une loi criminalisant la normalisation avec Israël. Le député du bloc Démocrate Hichem Ajbouni dénonce de fait « l’hypocrisie des États occidentaux qui prônent les droits de l’homme et les règles du droit international tout en soutenant les atrocités commises par les sionistes ». Il appelle ses pairs à appuyer l’ouverture d’une enquête pour crime de guerre.

Les autres partis, qui suivent le mouvement, ont été largement devancés par des rassemblements de rue spontanés

Les échanges de vœux de l’aïd sont aussi une occasion pour différents dirigeants d’aborder la situation palestinienne. C’est le cas du président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) Rached Ghannouchi qui a été convié, lors d’un entretien téléphonique, par son homologue le président du Conseil iranien de la Choura islamique et président de l’Assemblée iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf, a une réunion d’urgence du Comité palestinien de la Fédération des conseils des États membres de l’OCI.

Dérapages

Les autres partis, qui suivent le mouvement, ont été largement devancés par des rassemblements de rue spontanés dans les principales villes tunisiennes. Le phénomène a également concerné les écoles, où le drapeau palestinien a été hissé et salué à la reprise des cours. Le chef du gouvernement Hichem Mechichi a choisi un établissement scolaire de Hammam Chott le 17 mai, où le quartier général de l’OLP avait été bombardé en 1985 par l’aviation israélienne, pour assister au salut aux deux drapeaux.

Slogans antisionistes et prises de parole enflammées ont par ailleurs accompagné le déploiement du drapeau palestinien, il y a quelques jours, devant l’ambassade de France à Tunis, tandis que l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) appelait à la manifestation et qu’un sit-in de soutien réunissait, le 15 mai, les militants devant l’ambassade de Palestine. Les manifestants ont appelé Kaïs Saïed à fournir de l’aide médicale d’urgence à Gaza et de s’accorder avec l’Égypte pour ouvrir le passage de Rafah.

Des dérapages ont également eu lieu. Citant le cas de la synagogue de la Ghriba à Djerba, le comédien M’hadheb Remili a suggéré dans un post sur Facebook d’utiliser les lieux de culte juifs pour faire pression sur l’État hébreu. Très critiqué pour cet amalgame entre judaïsme et Israël, il a reçu l’appui du député du Courant démocrate, Mohamed Ammar.