Politique

Maroc – Aâtimad Zahidi : « Le PJD est resté recroquevillé sur lui-même »

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 19 mai 2021 à 10h32
L’ancienne députée Aâtimad Zahidi.

L'ancienne députée Aâtimad Zahidi. © Maroc Hebdo

Le 19 mars, le président du RNI, Aziz Akhannouch, accueillait une nouvelle recrue : Aâtimad Zahidi. L’ancienne députée formée au PJD rejoint le parti de la colombe et lance les hostilités entre les deux formations, à quelques mois des législatives.

Sa démission a fait l’effet d’une bombe au sein du Parti de la Justice et du développement (PJD). En octobre dernier, Aâtimad Zahidi, 37 ans, ex-parlementaire (2011-2016) et élue locale, a démissionné du Conseil national du parti de la lampe en raison de la « mauvaise gestion du PJD de ses crises politiques et internes ».

Dans une lettre au vitriol adressée au président du Conseil national du parti, Driss El Azami El Idrissi, la jeune politique regrette que la formation ait « dévié de ses objectifs initiaux », en prenant des décisions qui « ne vont pas de pair avec les intérêts des citoyens ».

Face aux réactions, Aâtimad Zahidi décide, le mois suivant, de claquer définitivement la porte du parti dirigé par le chef du gouvernement Saâdeddine El Othmani. Pas de chômage en vue pour l’élue qui porte son choix, quelques mois plus tard, sur le Rassemblement national des indépendants (RNI), allié du PJD dans l’actuelle coalition gouvernementale et son principal concurrent lors des prochaines échéances législatives, fixées au 8 septembre prochain.

Le 19 mars, Aâtimad Zahidi a ainsi été accueillie par le président du RNI, Aziz Akhannouch, lui-même accompagné de leaders du parti. Une réception qui n’a pas été du goût de son parti formateur. « Nous sommes un peu déçus de voir notre allié, le RNI, faire la fête lorsque l’un des nôtres rejoint ses rangs, regrette le secrétaire général adjoint du PJD, Slimane El Amrani, lors de son passage dans l’émission « Confidences de presse », sur la chaîne 2M. Les gens sont libres d’aller où ils veulent, mais c’est un mauvais signal qu’envoie le RNI. »

Contactée par Jeune Afrique, l’ex-députée se défend en arguant que la nouvelle Constitution de 2011 lui octroie le droit de changer de parti politique, d’autant plus qu’elle a démissionné de tous les postes – vice-présidente du Conseil communal de Témara, membre du Conseil de la région Rabat-Salé-Kénitra – où elle a été élue sous les couleurs du PJD. Le divorce est désormais acté entre le parti de la lampe et sa jeune étoile montante, après une vingtaine d’années d’idylle.

Engagement précoce

La politique, Aâtimad Zahidi est tombée dedans très jeune, notamment grâce au livre Hassan II – La mémoire d’un Roi, une série d’entretiens entre Hassan II et le journaliste français Éric Laurent. Depuis, elle voue une passion à la chose publique, suit religieusement les émissions politiques, notamment les interviews du journaliste marocain Mustapha Alaoui. « Je me suis intéressée très jeune à la situation politique au Maroc, aux questions relatives à l’État et la gestion publique », raconte-t-elle au bout du fil. Nous sommes alors à la fin des années 1990 et le parti de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) s’apprête à diriger le premier gouvernement d’alternance.

« J’étais très influencée par l’USFP de l’époque, son discours politique et le charisme de son premier secrétaire général, alors Premier ministre, Abderrahmane Youssoufi », se souvient Aâtimad Zahidi. Pourtant, c’est au sein du PJD qu’elle fera ses premières armes. « Je cherchais activement à rejoindre un parti politique et entamer ma première expérience politique, raconte-t-elle. Les premières personnes encartées que j’ai pu rencontrer étaient alors membres du PJD. »

« Ce n’était pas un choix idéologique », jure-t-elle quand elle évoque son adhésion passée au PJD

Une occasion qui pousse la jeune ingénieure en informatique à s’initier à la vie politique aux côtés des islamistes. « Ce n’était pas un choix idéologique, assure-t-elle. Je voulais seulement passer du statut d’observatrice à actrice de la vie politique nationale, pour mettre en œuvre mes compétences. » Issue d’une famille modeste, d’un père professeur au lycée et d’une mère au foyer, cette titulaire d’un master en relations internationales et diplomatie entend prouver que tous les Marocains, notamment les jeunes, peuvent faire de la politique.

Son adhésion au PJD intervient à un moment crucial pour le parti, qui s’apprête à participer à ses premières élections en 1997. « Même si j’étais jeune et que je venais à peine de rejoindre le parti, je me suis retrouvée sur le même pied que les autres dans cette expérience électorale », se rappelle l’ancienne élue.

De la lampe à la colombe

Alors qu’elle est élue en 2009 au Conseil communal de Témara, Aâtimad Zahidi se souvient encore de l’euphorie survenue, deux années plus tard, au lendemain des élections anticipées de 2011 : le PJD remporte le scrutin législatif, son secrétaire général Abdellilah Benkirane est nommé chef du gouvernement. Aâtimad Zahidi marque à son tour l’histoire, en devenant, à 27 ans seulement, la plus jeune députée élue dans une circonscription législative [la majorité des jeunes se faisant élire à travers la liste nationale des jeunes, ou la liste nationale des femmes]. « Nous avions rendez-vous avec l’histoire », se remémore-t-elle.

Le RNI est le seul parti qui bénéficie d’une attractivité à l’échelle nationale

Ce rendez-vous, Aâtimad Zahidi considère que le PJD l’a manqué, compte tenu de ses deux mandats consécutifs à la tête du gouvernement. « Depuis 2011, le parti a démontré ses manques cruels dans la gestion publique, analyse la nouvelle recrue du RNI. Le PJD est resté recroquevillé sur lui-même, en déplorant à chaque occasion que ses actions sont interrompues, voire bloquées, par des parties qu’il ne nomme jamais. » Cet échec s’est accentué, d’après elle, à partir de 2015 – date des dernières élections communales et régionales, – avec la gestion locale « catastrophique » du PJD. Un constat qui a poussé Aâtimad Zahidi à changer de cap, envisageant désormais un avenir au sein du RNI.

Le parti de la colombe, qui table sur la première place lors des prochaines échéances électorales, l’a séduite par sa dynamique, son programme socio-économique et son ouverture sur les compétences. « Sur la scène politique actuelle, le RNI est le seul parti qui bénéficie d’une attractivité à l’échelle nationale, soutient-elle. Cela est essentiellement dû à ses efforts de structuration, d’organisation et de proximité avec les citoyens. »

À quelques mois seulement des élections, la nouvelle membre du RNI compte-t-elle se présenter avec ses nouvelles couleurs ? Aâtimad Zahidi esquive la question, en avançant que sa priorité, à l’heure actuelle, est de former une équipe jeune, homogène et compétente pour servir sa commune et sa province. Une équipe qui pourrait aider le RNI dans sa prochaine bataille électorale face au PJD.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer