Économie

Ecobank : par où la sortie de crise ?

Mis à jour le 9 mars 2014 à 09:38

Au terme d’une assemblée générale extraordinaire houleuse, Ecobank, le groupe bancaire, n’a toujours pas résolu la question de sa gouvernance.

Lundi 3 mars, Lomé. C’est l’effervescence au siège d’Ecobank. Situé à Ablogamé, dans un quartier populaire de la capitale togolaise, ce grand immeuble sorti de nulle part accueille une assemblée générale extraordinaire censée sortir le groupe bancaire panafricain d’une crise qui le secoue à son plus haut niveau. L’atmosphère est pesante.

Cette réunion est le dernier rebondissement en date d’une saga qui a débuté en juillet 2013, dont les tenants et les aboutissants restent difficiles à saisir : tensions entre un nouveau patron, Thierry Tanoh, et une ancienne garde ; bataille d’actionnaires pour préparer une prise de contrôle ; mauvaises pratiques en termes de gouvernance ? La messe est loin d’être dite, mais à Lomé certains ont déjà un avis bien arrêté.

« Thierry Tanoh et la Société financière internationale doivent partir pour la croissance d’Ecobank », peut-on lire sur les tee-shirts et les pancartes d’une trentaine d’actionnaires nigérians

Dès 11 heures, alors que les discussions, en présence de quelque 500 actionnaires, sont à peine entamées, une trentaine de Nigérians manifestent bruyamment leur opinion. Le tapage durera près d’une heure. « TT and IFC must go for growth in ETI » (« Thierry Tanoh et la Société financière internationale doivent partir pour la croissance d’Ecobank »), peut-on lire sur les tee-shirts et les pancartes de ces actionnaires individuels. Aux mots écrits se joint la parole : les mêmes perturbateurs s’en prennent ouvertement au Camerounais André Siaka, président du conseil d’administration, tentant de l’empêcher de diriger l’assemblée générale. Mission réussie : les insultes fusent, la séance est suspendue.

Pacificateurs

Il faudra tout l’art d’Oba Otudeko, l’un des principaux actionnaires privés et l’un des hommes les plus riches du Nigeria, et de Gervais Koffi Djondo, président honoraire, pour faire revenir le calme une fois l’assemblée reprise. Ce dernier, cofondateur d’Ecobank, est aussi à l’aise avec les anglophones qu’avec les francophones. C’est lui qui, ce jour-là, évite à la réunion de se terminer en bérézina.

La crise à Ecobank :

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Thierry Tanoh, directeur général contesté, s’explique une quinzaine de minutes sur la crise que traverse le groupe. Avec retenue, malgré les attaques frontales dont il est l’objet depuis plusieurs mois. Aucune mention n’est faite du rapport d’audit d’Ernst & Young. Livré en janvier, il contiendrait pourtant, d’après ceux qui l’ont parcouru, des éléments lourds sur la gestion passée du groupe. Alors que tous les administrateurs l’ont en tête, ce document sera le grand absent de la journée du 3 mars.

Au tour d’Edward Okolo, directeur de la Securities & Exchange Commission (SEC), régulateur du marché financier nigérian, de détailler longuement ses 51 propositions visant à améliorer la gouvernance. Le plan d’action est adopté à main levée. L’un des points validés concerne Laurence do Rego. L’ex-directrice finance et risques, suspendue en août 2013 et sortie de l’entreprise en janvier dernier, avait alerté par courrier la SEC sur de prétendus manquements du directeur général et du président de l’époque, Kolapo Lawson, en matière de gouvernance. Elle devrait être réintégrée. Quand ? Comment ? Un conseil d’administration devrait le dévoiler prochainement.

Rescapé

Contre toute attente, Thierry Tanoh, promis à un départ presque certain quelques jours plus tôt, parvient à sauver sa place. La recomposition du conseil d’administration est suspendue. « La salle s’est déchaînée à la mention de la possibilité d’un conseil intérimaire réduit à cinq ou six personnes jusqu’à l’assemblée générale de juin. Elle a soutenu le conseil actuel », souligne un actionnaire présent sur les lieux.

« Rien n’a vraiment changé, les tensions sont toujours aussi fortes », rapporte un proche du dossier

Face au tollé, les principaux actionnaires du groupe, le sud-africain Public Investment Corporation (PIC), Asset Management Corporation of Nigeria (Amcon) et l’IFC, ont retiré cette proposition. Avant tout remaniement du conseil, il faudra attendre les conclusions de l’ensemble des audits en cours, mais aussi prendre le temps de trouver des administrateurs de qualité. Une commission d’une dizaine de membres, dont Gervais Koffi Djondo, s’en chargera, ainsi que de nommer le prochain président.

Pour l’heure, seul un plafond de quinze administrateurs a été fixé. Plus étonnant, la proposition permettant au groupe de lever des fonds a été rejetée alors que plusieurs filiales, notamment en Afrique de l’Est et en Afrique australe, doivent rapidement être renflouées pour se développer.

À 18 heures, la séance est clôturée. Le pire a été évité. Les actionnaires individuels quittent le siège. Les administrateurs, taiseux toute la journée, se retrouvent quelques étages plus haut pour un cocktail VIP. Que se sont-ils dit ? Que se diront-ils au cours du nouveau conseil d’administration, prévu dans quelques jours ? « Rien n’a vraiment changé, les tensions sont toujours aussi fortes », rapporte un proche du dossier. En attendant l’assemblée générale ordinaire, en juin, c’est le statu quo à la tête du principal groupe bancaire panafricain.