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Cet article est issu du dossier «Québec-Afrique : de la parole aux actes»

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Diplomatie

Nadine Girault : « L’Afrique apprécie l’expertise québécoise et son pragmatisme nord-américain »

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Mis à jour le 16 juin 2021 à 10h40
Nadine Girault est ministre des Relations internationales et de la Francophonie du Québec

Nadine Girault est ministre des Relations internationales et de la Francophonie du Québec © Studio Henri Inc

À quelques mois du XVIIIe Sommet de la Francophonie, la cheffe de la diplomatie québécoise revient sur les priorités de la province sur la scène internationale.

Après un agenda 2020 grippé par le coronavirus, Nadine Girault espère reprendre la main sur le calendrier. Elle prévoit toujours de dévoiler cette année la « Vision Afrique » de son gouvernement et attend déjà de retrouver – avec un an de retard – ses partenaires francophones lors du prochain sommet de l’OIF.

Rencontre avec une Haïtienne née aux États-Unis qui a longtemps exercé dans le secteur privé avant de prendre en charge la diplomatie québécoise en 2018.

Jeune Afrique : Vous avez annoncé en 2019, la définition d’une « Vision Afrique » du Québec. Quand en dévoilerez-vous les principales composantes ?

Nadine Girault : Le Covid-19 a entraîné son lot de perturbations et affecté la planification de certaines activités du gouvernement, notamment concernant le lancement de notre stratégie de positionnement en Afrique. Nous souhaitons en dévoiler les principales composantes, ainsi que les moyens qui y seront associés, à l’occasion d’un événement qui nous permettra de nous réunir en présentiel. En fonction de l’évolution de la pandémie, le dernier trimestre de 2021 pourrait être le bon moment pour lancer officiellement cette stratégie. Même si les actions que nous menons sur le continent suivent déjà les priorités que nous nous sommes fixées dans cette vision.

Comment la résumez-vous ?

Cette vision consiste à structurer l’action du Québec en Afrique, pour créer de la valeur ajoutée et des emplois des deux côtés de l’Atlantique, suivant une approche de co-développement. Elle a été définie après de vastes consultations menées auprès des différents acteurs qui contribuent à la mise en place de partenariats entre le Québec et l’Afrique, de nos entreprises à nos universités, en passant bien sûr par nos organismes de coopération internationale.

D’ici à 2050, le continent devrait compter jusqu’à 700 millions de francophones

Cinq piliers ont été identifiés : l’économie, l’éducation, la culture, la solidarité internationale et le renforcement des capacités institutionnelles. Chacun correspond à un domaine d’expertise que le Québec peut partager pour le plus grand bénéfice de ses partenaires africains. D’ici à 2050, le continent devrait compter jusqu’à 700 millions de francophones. Je reste donc convaincue que la langue française peut solidifier nos liens commerciaux et économiques. Notre Vision Afrique doit renforcer cette consolidation et nous permettre de contribuer à l’essor du continent.

La création, à terme, d’un sommet Afrique-Québec est-elle toujours d’actualité ?

Nous poursuivons notre réflexion. Le Québec est fier des relations diplomatiques qu’il entretient avec plusieurs pays du continent : elles nous permettent de développer une compréhension fine des différents territoires et d’en ouvrir les portes à nos entreprises. Nous souhaitons donc accroître notre participation à des événements d’envergure, comme le forum Afrique Expansion, organisé chaque année au Québec, qui contribuent à renforcer nos liens avec le continent.

Avez-vous réussi à impliquer les diasporas africaines dans la définition de cette vision ?

Elles sont au cœur des initiatives qui favorisent la création de passerelles multisectorielles avec le continent. Les liens structurants entretenus entre les diasporas et leur pays d’origine contribuent aux échanges et aux partages d’expertises qui enrichissent les relations du Québec avec l’Afrique.

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) tiendra son sommet à la fin de cette année à Djerba. Avec quel agenda pour le Québec ?

Le Québec se mobilisera durant ce sommet autour de trois dossiers prioritaires : le développement économique, le numérique et, bien sûr, la langue française, en tant que vecteur d’innovation et de modernité. C’est elle qui cimente notre communauté et elle doit constituer un levier formidable de développement économique et de création de liens d’affaires à l’intérieur de la Francophonie.

Quel rôle tient l’OIF dans la politique extérieure québécoise ?

C’est une tribune sans équivalent pour le Québec qui, depuis cinquante ans, peut y faire entendre sa propre voix pour défendre son identité, ses valeurs, sa culture et ses priorités auprès des 87 autres États et gouvernements de la Francophonie – avec lesquels nous renforçons nos liens politiques, diplomatiques et économiques.

Il faut d’ailleurs rappeler que notre appartenance à ce réseau est l’un des fondements de nos relations bilatérales avec de nombreux pays du continent.

Que pense le Québec de l’orientation souhaitée par l’actuelle secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, qui veut voir l’OIF s’engager davantage, en matière de gouvernance électorale par exemple ? 

Cette initiative destinée à accroître la visibilité de l’OIF a été favorablement accueillie par les États et gouvernements membres, dont le Québec. Nous soutenons donc les réformes entreprises pour moderniser l’action diplomatique et de coopération de l’OIF. Nous souhaitons aussi qu’une attention soit apportée à la gouvernance administrative, à la transparence et à la bonne gestion de l’organisation. Nous voulons également que la majorité des ressources soit consacrée aux programmes bénéficiant aux populations de l’espace francophone.

L’Afrique fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt remarqué de la part de nombreux pays à travers le monde. Quels sont les avantages comparatifs du Québec ?

Nous jouissons d’une très bonne réputation sur le continent et nous y maintenons des amitiés de longue date pour avoir formé des générations de responsables, du Maghreb à l’Afrique australe. Le continent apprécie l’expertise québécoise et son pragmatisme nord-américain, qui permet au Québec de se distinguer par rapport aux autres partenaires des pays africains.

 

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