Société

Cameroun – Affaire Shakiro et Patricia : le débat sur la pénalisation de l’homosexualité relancé

| Par - à Yaoundé
Yaoundé : un vidéo-club accueille chaque semaine des homosexuels pour leur prodiguer des conseils en matière d’hygiène sexuelle afin de lutter contre le VIH.

Yaoundé : un vidéo-club accueille chaque semaine des homosexuels pour leur prodiguer des conseils en matière d'hygiène sexuelle afin de lutter contre le VIH. © AFP

Deux célèbres personnes transgenres camerounaises ont été condamnées à cinq ans de prison ferme pour « tentative d’homosexualité ». Le verdict divise les organisations de défense des droits de l’homme et les milieux conservateurs.

Rarement la justice camerounaise aura été aussi rapide. Après seulement trois mois de détention provisoire à la section masculine de la prison centrale de New-Bell, Njeukam Loïc – alias Shakiro – et Mouthe Roland – dit Patricia – , deux personnes transgenres populaires dans la capitale économique camerounaise, ont été condamnées à cinq ans de prison ferme et 200 000 francs CFA d’amende. Interpellés le 5 février dernier dans un restaurant de Douala, alors qu’ils étaient vêtus de vêtements typiquement féminins, les deux hommes – qui n’ont pas changé de sexe – ont été reconnus coupable de « tentative d’homosexualité ».

Au tribunal, le collège d’avocats assurant leur défense a dénoncé leur arrestation arbitraire « alors « qu’elles » se rendaient dans un restaurant », ainsi que l’absence de preuve. « Dans notre code pénal, ce n’est pas l’homosexualité qui est condamnée, mais la relation sexuelle entre personnes de même sexe, et uniquement prises en flagrant délit », a commenté maître Alice Nkom.

En face, les autorités judiciaires ont insisté sur le caractère illégal de cette pratique dans le pays, conformément à l’article 347-1 du code pénal camerounais, promulgué par la loi n° 2016-007 du 12 juillet 2016.

Coming-out retentissant

Populaire sur les réseaux sociaux, Shakiro s’était faite remarquer sur la toile après un retentissant coming-out sur son orientation sexuelle. Sur Facebook, sa page enregistre une communauté de près de 50 000 fans qu’elle a baptisé ses « lolettes ». Elle s’entretient régulièrement avec eux à travers des tutoriels de maquillage.

Lynchée à plusieurs reprises dans les rues de Douala et face aux pressions croissantes, cette figure de la communauté LGBTQ au Cameroun a été contrainte de renier ses déclarations. Fin 2020, elle publie notamment un message sur son compte dans lequel elle affirme être « un homme malgré son visage féminin ».

Depuis la proclamation de la sentence, l’opinion camerounaise est divisée sur le sort réservé à ces jeunes transgenres. Si la décision est fortement saluée au sein des milieux conservateurs, les organisations de défense des droits de l’homme s’opposent à « une condamnation politique ».

Agressions

L’ONG Human Rights Watch a notamment affirmé que, depuis février dernier, « les forces de sécurité camerounaises ont arbitrairement arrêté, battu ou menacé au moins 24 personnes (…) pour des prétendus rapports sexuels consensuels entre personnes de même sexe ou pour non-conformité de genre ». L’ONG – qui considère que « la loi qui criminalise les comportements homosexuels fait courir aux personnes LGBT un risque accru d’être maltraitées, torturées et agressées sans aucune conséquence pour les auteurs » – , a saisi le 25 mars dernier le ministre de la Justice, Laurent Esso, le secrétaire d’État au ministère de la Défense en charge de la gendarmerie nationale, Yves Landry Etoga, et le délégué général à la Sécurité nationale, Martin Mbarga Nguele, par un courrier et affirme n’avoir pour l’heure pas obtenu de réponse.

Cette offensive des défenseurs des droits des LGBTQ est, pour le moins, diversement appréciée. « Les adeptes de la dépénalisation invoquent la déclaration universelle des droits de l’homme et le pacte international sur les droits civiques et politique. Or, il n’existe aucune disposition formelle dans ces deux textes qui consacre ou dépénalise l’homosexualité », assure l’opposant Cabral Libii.

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